… Une nouvelle fois, nous signalons qu’il s’agit d’un sondage à l’instant T et comme tout ce genre d’analyse, il y a lieu d’attendre le contre sondage. Toutefois, nous observerons que 48 % de la population se déclare chrétienne, 37,5 % se déclare sans religion et seulement 7% musulmane.
L’institut de sondage Ifop publie les résultats d’une enquête sur un sujet difficile. Intitulée « État des lieux du rapport à l’islam et à l’islamisme des musulmans de France », elle expose sur 60 pages les réponses données à une batterie de questions par des Français de confession musulmane1. Voici quelques chiffres révélés par ce sondage :
- 7 % de la population française se déclare musulmane, 48 % se déclare chrétienne et 37,5 % se déclare sans religion ;
- 57 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans pensent que le respect des règles musulmanes est plus important que celui des lois françaises ;
- 24 % éprouvent de la sympathie pour la mouvance des Frères musulmans, alors que 52 % s’en déclarent éloignés ;
- 80 % des femmes voilées disent porter le voile par obligation religieuse ;
- 2 % des femmes voilées disent porter le voile sous la pression de proches ;
- 65 % des musulmans pensent que la religion a raison face à la science sur la question de la création du monde, contre 19 % en moyenne chez les adeptes des autres religions ;
- 21 % des Français musulmans veulent que l’islam se modernise, alors qu’ils étaient 48 % en 1998 ;
- 73 % des musulmans pensent qu’un musulman a le droit de rompre avec l’islam, alors qu’ils étaient 44 % à le penser en 1989 ;
- 46 % des Français musulmans estiment que la charia doit être appliquée dans les pays non musulmans, alors que 47 % des Français musulmans pensent qu’elle ne doit pas s’appliquer dans les pays non musulmans ;
- 38 % des Français musulmans approuvent tout ou partie des positions islamistes, alors qu’ils étaient 19 % en 1998.
Des jeunes plus traditionnalistes
Ce sondage montre que l’idéologie islamiste et la sympathie pour des mouvements radicaux comme les Frères musulmans sont ancrées chez une partie non négligeable des Français musulmans. En particulier chez les jeunes, puisque 32 % des moins de 25 ans ont de la sympathie pour les Frères musulmans, contre seulement 13 % chez les musulmans de 50 ans et plus. Et 42 % des jeunes de moins de 25 ans ont de la sympathie pour la mouvance islamiste, alors qu’ils sont 24 % chez les 50 ans et plus.
Dès qu’on s’aventure à commenter les moindres aspects de l’islam en France surgit immédiatement l’accusation d’islamophobie, et même de « musulmanophobie », dans le but d’interdire tout questionnement sur le sujet. Cette stratégie est malhonnête mais également stupide, car elle n’aide pas à identifier les problèmes internes à l’islam. C’est tout l’intérêt de cette enquête qui nous livre des éléments précis pour le faire. Elle confirme que l’islamisme n’est plus un phénomène marginal et qu’il est bien installé dans la pratique musulmane en France.
Comme le christianisme et le judaïsme, l’islam est confronté à la question de la modernité. Les tensions entre les tenants d’un islam réactionnaire et les partisans d’un islam modernisé fracturent depuis déjà longtemps le Proche-Orient et les pays du Maghreb.
Les musulmans de France n’y échappent pas, et il est troublant de constater que ce sont les plus jeunes qui sont les plus traditionalistes, alors que les plus âgés le sont moins.
Seule information un peu optimiste dans ce sondage : 73 % des musulmans pensent qu’un musulman a le droit de rompre avec l’islam, contre 44 % en 1989.
Rompre avec l’islam et ses dogmes les plus rétrogrades est peut-être la seule issue pour les musulmans modernistes qui ne s’y retrouvent plus. En attendant patiemment de voir cette religion intégrer davantage les valeurs démocratiques. Dans l’intérêt des musulmans comme des non-musulmans.
Éditorial de Riss. Charlie Hebdo. 19/11/2025
1. L’enquête a été réalisée « auprès d’un échantillon de 1 005 personnes de religion musulmane, extrait d’un national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France ».