La proposition de loi sur l’audiovisuel public, portée par Rachida Dati, a été rejetée lundi 30 juin, après l’adoption d’une motion de censure déposée par les députés écologistes. Le texte repart donc en l’état vers le Sénat, signe d’une nouvelle défaite pour la ministre de la Culture, plus remise en cause que jamais.
Rachida Dati a beau avoir « pris acte » de ce rejet spectaculaire de son projet de réforme de l’audiovisuel public, par les députés présents à l’Assemblée National, sa défaite n’en reste pas moins symbolique. Les députés ont approuvé largement, lundi 30 juin 2025, une motion de rejet chapeautée par les Ecologistes, mettant fin prématurément aux débats sur ce projet qui n’atteindra, en l’état, le stade du vote. 94 députés ont approuvé la motion, contre 38. À la surprise générale, le Rassemblement national (RN) a joint ses voix à celles de la gauche, face aux rangs clairsemés de la coalition gouvernementale.
[…] « Le texte va revenir au Sénat au plus vite », a tenté d’évacuer la ministre de la Culture, au sortir de son échec à imposer la fusion de France Télévisions, Radio France et de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) au sein d’une holding exécutive.
Le texte pourrait être ajouté à l’agenda des sénateurs dès lundi 7 juillet. Sauf s’il fait de nouveau les frais d’un embouteillage et doit être repoussé de plusieurs mois.
Tom Demars-Granja. Source (extraits)
Doit-on suivre l’exemple de la BBC ?
La France fait partie des rares pays européens où l’audiovisuel public n’est pas réuni sous une entité commune. RTVE en Espagne, RAI en Italie, SSR en Suisse, RTBF en Belgique… Presque partout ailleurs, les chaînes publiques font partie d’un paysage unifié. C’est tout particulièrement le cas outre-Manche, où la BBC (British Broadcasting Corporation) règne sans partage depuis les années 1920.
Cette société de droit public, qui regroupe plusieurs chaînes de télévision et de radio, des médias en ligne ainsi qu’un service international, a souvent été invoquée lors des débats français sur la réforme de l’audiovisuel public. « La BBC a su prendre le virage de la distribution numérique et elle est un exemple en ce sens d’efficacité et de légitimité », souligne le rapport Bloch, remis mi juin aux députés.
Problème de financement
La « Beeb » a beau être une référence, elle n’en reste pas moins confrontée aux mêmes difficultés que les autres médias publics. Concurrence du streaming, inflation et gel de la redevance ont plombé ses finances, conduisant à un vaste plan d’économies et de restructuration avec, par exemple, une fusion des chaînes locales. Son budget a baissé de 30 % en dix ans et 2 000 postes ont été supprimés ces cinq dernières années.
En mars pourtant, la BBC a déclaré faire face à un « défi sans précédent ». « Sans intervention, il sera difficile de maintenir l’ambition et le volume actuels du contenu », a-t-elle prévenu dans son plan stratégique 2025-2026, demandant au gouvernement britannique de garantir « sa viabilité à long terme » avec « un financement suffisant et fiable ».
Des postes de direction très politiques
- Avant leur accession au pouvoir, le parti travailliste n’avait par ailleurs eu de cesse de dénoncer le contrôle exercé par les conservateurs sur la BBC, notamment sur les nominations à des postes de direction.
- L’herbe n’est pas plus verte en Italie, où l’opposition a carrément surnommé la RAI « Télé Meloni ». La coalition de la Première ministre d’extrême droite s’est réparti les postes clé des chaînes publiques.
- En Belgique, la RTBF a engagé dès 2018 un vaste plan de transformation, mettant fin à un fonctionnement en silos entre ses différentes entités. Un grand chambardement à marche forcée qui a provoqué le malaise chez les salariés.
Enfin une bonne nouvelle