… de fausses bonnes idées proposées ?
« Un enfant sur 250 meurt avant son premier anniversaire », alertait l’Insee au mois d’avril. L’institut dévoilait alors le taux de mortalité infantile de la France passé de 3,5 décès pour 1000 enfants nés vivants en 2011 à 4,1 pour 1000 en 2024. Ce chiffre en hausse classe la France au 23e rang sur 27e au sein de l’Union européenne.
Pour enrayer cette tendance « alarmante », le député de Corse-du-Sud, Paul-André Colombani, a défendu jeudi une proposition de loi lors de la niche parlementaire du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires).
La mesure phare du texte consiste en la création d’un moratoire de trois ans sur les fermetures de maternité. « Il n’est pas acceptable d’éloigner encore plus les femmes de leur lieu d’accouchement », s’est in-cligné le député corse, médecin de formation. En 1975, on dénombrait 1369 maternités en France, contre seulement 457 aujourd’hui.
La hausse de la mortalité infantile revêt « des réalités complexes et des facteurs multiples qu’il nous faut analyser avec recul », a tempéré le ministre de la Santé, Yannick Neuder, pointant notamment des « facteurs démographiques comme le recul de l’âge du premier enfant et l’accroissement des grossesses multiples, tout comme l’âge extrême des mères ».
« Une maternité qui réalise peu d’accouchements peut offrir une moindre sécurité, faute d’une pratique régulière des gestes obstétriques », a embrayé le député Renaissance Jean-François Rousset. Paul-André Colombani souhaite qu’on évalue au cas par cas l’opportunité de maintenir une maternité selon les spécificités du territoire. Un « état des lieux » sera réalisé sur les maternités pratiquant moins de mille accouchements par an.
Les services de soins néonatals au coeur du problème
Pourtant, certains professionnels y voient un écran de fumée. « Le problème n’est pas là. Concentrer l’attention sur les petites maternités, ça détourne le regard du vrai problème ; la chaîne de soins qui suit la naissance, c’est-à-dire les soins critiques néonatals », balaye Elsa Kermorvant, vice-présidente de la Société française de néonatalogie (SFN). « 75 % des nouveau-nés–qui décèdent sont des prématurés, expose la professeure qui exerce à l’hôpital Necker. Ils sont hospitalisés dans des services spécialisés, en réanimation néonatale et soins intensifs pour nouveau-nés ».
Selon la médecin, le décrochage français est donc davantage dû à l’état de ces services. « Le nombre de lits est insuffisant et leur répartition est inégale sur le territoire. Les services de soins critiques néonatals sont saturés, 23 % d’entre eux déclarent refuser régulièrement des admissions », avance Elsa Kermorvant.
« Le deuxième problème qu’on a démontré, c’est que les effectifs infirmiers sont très insuffisants », ajoute la spécialiste. « Pour les extrêmes prématurés et nouveau-nés les plus gravement malades, des pays comme la Suisse, le Royaume-Uni ou la Suède disposent d’une infirmière par malade. Or, en France, on peine à avoir une infirmière pour deux malades », pointe-t-elle.
Théo Meunier. Le Dauphiné Libéré. 17/05/2025
Comme pour tout les services publics il vaut mieux habiter près d’une grande ville. Mais 1 infirmière pour 2 malades c’est en réalité 1 pour 6 voire 7, car l’infirmière travaille 8 heures par jour sur 4 jours