1er mai à Narbonne.

Le RN tente un braquage opportuniste sur les luttes sociales

Il faut manquer sérieusement de culture politique pour ne pas avoir le sentiment d’un odieux braquage, tandis que l’extrême droite cite Léon Blum et les conquêtes sociales, depuis une tribune de l’Arena de Narbonne. À l’occasion de son traditionnel meeting du 1er mai, cette année les deux patrons du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella, ont posé leur bagage dans cette commune de l’Aude, que le RN aimerait conquérir aux prochaines municipales.

Pendant une demi-heure, dans une tentative opportuniste de récupérer la Journée internationale des travailleurs, Marine Le Pen s’est livrée à une ode aux luttes sociales, en multipliant, avec Louis Aliot et Jordan Bardella, les références au Front populaire de Léon Blum, socialiste et ex-député de la circonscription de Narbonne, dont le siège est aujourd’hui occupé par le lepéniste Frédéric Falcon.

« C’est par la lutte et l’engagement que la Sécurité sociale, la journée de travail à 8 heures, les libertés syndicales ou encore les congés payés ont été obtenus et gravés dans le marbre de notre modèle social », a plastronné Jordan Bardella, comme si sa famille politique n’avait pas, à l’époque, tenter de renverser y compris par la force l’union de la gauche.

Ce qui n’empêche pas le président du RN de faire l’éloge, ensuite, de « la France qui se lève tôt et qui se couche tard, qui ne compte pas ses heures et ses efforts, qui œuvre sans jamais se plaindre ». Pour le parti d’extrême droite, le travail est au service de la puissance nationale et non de l’émancipation collective. « La justice sociale n’est pas une entrave au développement économique », a ajouté Marine Le Pen.

  • L’espoir d’un nouvel ancrage territorial

Espérant faire de Narbonne un nouveau maillon de son ancrage territorial, Marine Le Pen a enjoint à ses fidèles de lutter à l’échelon municipal : « Ces élections vous donneront l’occasion de vous lever. Redresser notre pays commence à l’échelle la plus proche des Français. » Le RN ne détient qu’une dizaine de villes dans tout l’Hexagone, mais en Occitanie espère s’appuyer sur l’aura de Perpignan (Pyrénées-Orientales), dirigée par Louis Aliot, et dans une moindre mesure de Béziers (Hérault), sous la houlette de Robert Ménard.

Pour ce faire, Marine Le Pen compte chauffer ses militants à blanc en agitant la peine d’inéligibilité prononcée contre elle, il y a un mois, pour détournements de fonds publics, et qui pourrait l’empêcher de se présenter en 2027. « Depuis bientôt trente ans, je lutte pour vous rendre justice. Aujourd’hui, je lutte pour mon honneur et mon innocence pour vous représenter en 2027. Nous sommes prêts », promet la fille de Jean-Marie Le Pen.
L’héritière de Montretout, qui craint que son parti ne lui échappe si une guerre de succession s’ouvrait, se garde bien d’évoquer l’hypothèse d’une autre candidature, comme celle de Jordan Bardella, si jamais elle venait à être condamnée à nouveau en appel, en 2026.

Dans la foule de ses partisans, la rhétorique du « complot politique » et d’une justice téléguidée contre le RN a en tout cas bien imprimé les esprits. « Tout ça ce sont des magouilles », expédie Jean-Philippe, policier de 52 ans, quand on évoque le jugement du tribunal judiciaire de Paris.
Avec sa compagne, Céline, salariée de la fonction publique hospitalière, ils ont suivi leur fille de 20 ans, Lisa, dans la fosse de l’Arena de Narbonne – le soutien au RN est aussi une affaire de famille.
Les sonos crachent des tubes de variété française, puis soudain des huées s’élèvent quand le DJ, visiblement mal briefé, joue une chanson d’Indochine. Le groupe avait refusé de jouer à Perpignan, en 2023, tant que la ville serait dirigée par l’extrême droite…

À Narbonne non plus, tout le monde n’est pas résolu à laisser la place à l’extrême droite. En marge du meeting de Le Pen, une quarantaine d’organisations syndicales, associatives, politiques, féministes, écologistes et antiracistes ont organisé un village antifasciste, en plus de la marche traditionnelle du 1er Mai. Débats, cantine solidaire, exposés et concerts se sont enchaînés entre la médiathèque et le palais du Travail de Narbonne.

Le meeting lui-même n’a pas échappé aux perturbations. Elles ne sont pas venues de la gauche mais du collectif pro-Israéliens Nous Vivrons, qui a réalisé un happening quelques minutes après le début du discours de Marine Le Pen : « Vous n’êtes pas le bouclier des juifs ! » ont brandi plusieurs militants, avant d’être évacués sous les sifflets des sympathisants RN.


Emma Meulenyser. L’Humanité. Source (article original intégral)