J’ai opéré 267 patients en France et je n’ai toujours pas de statut…
« On est médecins, on est conscients des risques physiques et psychologiques d’une grève de la faim, mais la situation n’est plus tenable », souffle Redha Kettache, à l’autre bout du fil.
Comme près de 300 praticiens diplômés hors de l’Union européenne (ou Padhue), le chirurgien urologue en poste à l’hôpital public de Fréjus a cessé de s’alimenter mercredi, à l’appel du collectif Ipadecc (Intégration praticiens à diplôme étranger engagés contre la crise) dont il fait partie, pour dénoncer la précarité de son statut.
Un concours ultra-sélectif
Mais pas question d’alléger son emploi du temps pendant son jeûne : l’Algérien arrivé en 2018 dans l’Hexagone est un rouage essentiel de son service à Fréjus. « J’ai déjà réalisé 2 000 consultations d’urologie et 267 interventions chirurgicales, je suis sur Doctolib, je porte le téléphone d’urgence, je fais des gardes et je travaillé près de 70 heures par semaine… », égrène Redha Kettache. Le tout pour une rémunération nette de « 1 600 euros par mois », sans les gardes, et des CDD de six mois renouvelables (ou pas). Selon la Fédération hospitalière de France, près de 7 000 praticiens non régularisés travaillent sous ce statut précaire en France en 2025.
Pour être reconnu par l’Ordre des médecins en France, et obtenir la rémunération et la stabilité qui l’accompagne, les « Padhue » doivent passer un concours appelé EVC (épreuve de vérification des connaissances) proposé une fois par an. C’est ce dispositif qui est au cœur de la colère de ces médecins, chirurgiens, dentistes et sages-femmes. « C’est un concours très sélectif où il y a entre 10 et 15 % de réussite, souligne le docteur Ayoub Mdhafar, anesthésiste à Marseille, qui a réussi l’examen en 1997 parmi les premières promotions et impliqué sur le sujet via la Fédération des praticiens de santé. En 2024, il y avait 20 000 inscrits, 10 500 personnes se sont présentées au concours et seulement 3 226 personnes ont été lauréates. Pourtant, .4 000 postes étaient ouverts. C’est la première fois qu’il y a un aussi gros décalage alors même que l’on manque cruellement de médecins notamment dans certaines spécialités et certains territoires. »
Le président de son collectif, Abdelhalim Bensaidi, n’hésite pas à pointer une situation purement « arbitraire », sur France inter.
« Ce qui m’attend, c’est le RSA »
Au-delà de cette sélectivité qu’ilvit mal àcause du travail effectif qu’il fait déjà, l’urologue de Fréjus dénonce le fait qu’il concourt « avec des personnes qui n’ont jamais pratiqué en France », le concours étant ouvert à des praticiens basés à l’étranger.
Les Padhue ont le droit à quatre tentatives, soit encore deux pour l’urologue. Manifestations, saisie du président de la République, lettres aux parlementaires… Cela fait des années que ces praticiens alertent sur cette situation ubuesque, sans être entendus. La grève de la faim, c’est la dernière chose qu’ils n’avaient pas tentée.
Maeëlle Le Dru. Le Dauphiné. 06/03/2025
Suis-je éveillée, ou dors-je ? on croit rêver, mais c’erst un cauchemar pour les médecins concernés.. et pour les patients…