Plus c’est flou…

… plus c’est Bayrou

François Bayrou, ayant juré de ne jamais avoir eu connaissance des violences à l’école Notre-Dame de Bétharram, traverse une période de turbulence depuis son arrivée à Matignon. Son style ambigu et sa désinvolture rendent sa position fragile au sein du gouvernement de Macron, bien qu’il ait réussi à jongler avec des motions de censure et à faire adopter le budget en s’appuyant sur un Parti socialiste divisé. Jean-Louis Bourlanges le décrit comme un « honnête courtier », capable de créer des compromis et incarne un centriste authentique.

Un « vrai centriste » qui, en l’espace de deux mois, a tout de même multiplié les faux pas.

  • Sa venue en Falcon dans son fief de Pau, le 16 décembre, alors que Mayotte venait d’être ravagée par le cyclone Chido, pour présider le conseil municipal ? « Indigne » et « irrespectueux », ont aussitôt dénoncé ses opposants.
  • Ses déclarations du 27 janvier sur LCI évoquant un « sentiment de submersion » migratoire, expression empruntée à l’extrême droite ? Elles ont bien failli faire voler en éclats le fragile compromis qu’il tenait avec une partie de la gauche, qui a dénoncé, dans une motion de censure, un gouvernement « offrant des victoires culturelles inédites au Rassemblement national »
  • L’hommage de Bayrou à Jean-Marie Le Pen, qualifié à son décès de « combattant », comme son choix d’édulcorer son passé sulfureux en parlant de « polémiques », a d’ailleurs sidéré. Là aussi jusque dans ses propres rangs.

Fini le Matignon « hyper carré et hyper rangé » d’Elisabeth Borne. Désormais, les décisions sont plus flottantes. Bayrou s’appuie sur une garde rapprochée composée d’amis, souvent centristes : Nicolas Pernot, son directeur de cabinet ; Pierre-Emmanuel Portheret, son chef de cabinet ; Séverine de Compreignac, sa conseillère parlementaire ; Bruno Millienne, l’un de ses conseillers presse. Parfois, il convoque des réunions à l’aube, dès 7h30, d’autres fois sans véritable ordre du jour. Il observe, temporise. « Il ralentit le rythme, et ça fonctionne plutôt bien », estime un conseiller de l’exécutif.

Bayrou défend la liberté de parole pour ses ministres, même si cela va à l’encontre de la solidarité gouvernementale. Il interpelle sur les désaccords entre le Quai-d’Orsay et Beauvau concernant les relations franco-algériennes sans préciser la ligne du gouvernement. Alors que Retailleau et Darmanin soutiennent une réforme du droit du sol, d’autres ministres partagent des critiques, tandis que Bayrou élargit le débat sur l’identité française, laissant en suspens la question d’un éventuel débat à ce sujet.

Bayrou assume cette cacophonie qui désoriente ses ministres. « La méthode est déroutante mais politiquement habile », relève, en privé, la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas. Pour l’heure, cet art du flou lui réussit.


D’après Alexandre Le Drollec. Le Nl Obs N° 3153. 27/02/2025


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.