Après le déclenchement d’un double 49.3 par le Premier ministre, les députés sont appelés à se prononcer sur la motion de censure déposée et portée par une partie du NFP.
Les accords obtenus lors de la création d’un Nouveau Front Populaire, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin dernier, étaient bâti autours de quelques fruits. Aux fils des jours certains fruits murissent bien, d’autres pourrissent…
« Nous pouvons éviter le piège qui nous est tendu, proclamait le texte de fondation du Nouveau Front populaire (NFP). Nous ne voulons plus de la politique de casse sociale et anti-écologique d’Emmanuel Macron qui porte la responsabilité d’avoir mené l’extrême droite aux portes du pouvoir. Un autre chemin est possible. »
Huit mois plus tard, le bloc de gauche, arrivé en tête des dernières élections législatives grâce à son unité, apparaît plus disloqué que jamais. […]
Pour éviter la censure, le mielleux Premier ministre — comme l’ensemble de ses troupes — a savamment choisi la carte à jouer, en « piochant » dans le peu d’élus PS, habitués que ce parti aux volte-face dans son mielleux rapport entre actions sociales et la finance. François Hollande étant le plus bel exemple de cette formation, qui, tout en se contorsionnant pour séduire les électeurs populaires, n’hésitait pas à sacrifier les idéaux de gauche au profit de la rigueur budgétaire. C’est ainsi qu’il a réussi à maintenir une apparence de cohésion au sein du parti, tout en naviguant habilement entre les attentes des citoyens et les exigences imposées par les marchés financiers. En accordant une attention à Faure, il semble que le Premier ministre cherche à renouveler cette dynamique, espérant ainsi créer un pont entre l’électorat traditionnel et les nouvelles réalités économiques qui ne cessent d’évoluer, tout en préservant son image de proche des préoccupations populaires.
« Pour la première fois depuis la fondation de la Vᵉ République, notre pays est toujours sans budget au mois de février et l’action publique en est victime, avertissait de son côté François Bayrou. Sans budget, nous serions incapables de faire face au besoin de recrutement de magistrats et la production serait paralysée dans de nombreux domaines. » L’apocalypse, en somme.
Ce refrain, déjà entonné par Michel Barnier, son prédécesseur, aurait pu s’éteindre de lui-même, contredit par la fermeté et les priorités fondatrices du NFP. Défense du pouvoir d’achat, des salaires, promotion des services publics « partout », égalité sociale et territoriale, défense du climat et du vivant… Il n’en a rien été.
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Un budget plus austéritaire que celui de Michel Barnier
« C’est le budget le plus austéritaire depuis 25 ans, se désole Éric Coquerel, président FI de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Par exemple, les socialistes se satisfont d’avoir réussi à préserver 4 000 emplois d’enseignants. Mais dans le même temps, l’Éducation nationale se voit imposer une baisse de son budget de 225 millions d’euros. Même chose pour les jours de carence des fonctionnaires qui sont conservés certes, mais au même moment, les plans de l’exécutif prévoient de baisser les indemnités maladies de 10 % pour un gain sur le dos de tous de 900 millions d’euros. »
Selon son chiffrage, en une seule année, les recettes de l’État baissent de 6,2 milliards tandis que les dépenses chutent de 6,4 milliards. Ce qui fait dire au député, Stéphane Peu, que « ce budget est pire que celui de son prédécesseur ». D’où son incompréhension : « Comment peut-on censurer le budget de Michel Barnier et pas celui de François Bayrou ? Qu’est-ce qui justifie un changement d’attitude ? »
D’autant que, selon lui, s’il faut bien un budget, il ne faut « surtout pas n’importe lequel ». « Le budget, c’est le texte le plus politique qui soit, poursuit-il. Il traduit la politique qui sera menée par des choix budgétaires. Dans le cas de ce texte, il creuse les injustices. Tout ce que les urnes ont rejeté le 7 juillet dernier. »
Mais quid des « attentes des Français » ? Selon un sondage Harris Interactive pour LCI paru le 31 janvier, et depuis très régulièrement brandi par les macronistes, 54 % de la population seraient opposés à une censure du gouvernement pour permettre l’adoption du projet de loi de finances (PLF).
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« Ne jamais renoncer à convaincre »
« Les gens veulent que l’école enseigne et que la santé soigne, c’est une évidence, et c’est le rôle de bons budgets que de le garantir, observe pour sa part Alexis Corbière, député de l’Après (Association pour une République écologique et sociale) et membre du groupe Écologiste et social. Mais il ne faut pas que nos camarades oublient qu’une personne qui s’inquiète aujourd’hui de l’absence de budget peut aussi, demain, subir les conséquences d’un budget austéritaire. C’est un message que la gauche doit porter sans rougir. On ne doit jamais renoncer à convaincre. »
Pour l’ancien insoumis, « la réalité du pays, c’est une situation catastrophique du point de vue des inégalités et de l’affaiblissement des services publics », et les projets gouvernementaux « ne corrigent rien de cela ». « Si on laisse passer un mauvais budget, les conséquences seront terribles, poursuit-il. La politique, ce n’est pas que répondre à l’instant présent, c’est aussi se projeter. »
L’ensemble du NFP, en dehors des socialistes, est donc convaincu qu’il n’y a qu’une seule réponse à apporter à ces deux textes : renverser l’exécutif. Autant pour contrer le projet de société qu’il porte que pour refuser un énième déni démocratique. […]
« Le gouvernement de Bayrou comme, précédemment, celui de Barnier, se retrouve sur cette même volonté de ne pas tenir compte de l’expression des urnes, complète Stéphane Peu. Une majorité d’électeurs se sont soulevés contre les cadeaux faits aux plus riches, aux aides aux entreprises sans condition, aux services publics affaiblis… Ces budgets nient ce vote qui devrait amener à une inflexion de la politique menée. Nous ne pouvons rester sans réaction. »
Et c’est justement le parachèvement ou non du déni démocratique en cours depuis les dernières législatives qui se joue ce mercredi. D’autant que, contrairement à ce que répète le camp gouvernemental, une censure du gouvernement ne condamnera pas le pays à vivre sans budget. « La loi spéciale en vigueur depuis le 1er janvier 2025 permet déjà au pays d’avoir un budget, relève Éric Coquerel. Par cette loi, qui nous permet de repartir avec le même budget qu’en 2024, l’État peut lever l’impôt, payer les fonctionnaires, investir sur le modèle de ce qui a été fait en 2024. On peut très bien passer l’année avec cette loi spéciale. Cela garantirait même un meilleur budget que celui de François Bayrou. »
Anthony Cortes. Source (extraits)