Les dirigeants européens réunis lundi en sommet informel avaient prévu de parler de capacités militaires et d’industrie de défense, ils ont surtout parlé de commerce. Mais les deux sujets naissent cependant de la même cause, les débuts de la présidence de Donald Trump — pour qui la guerre commerciale n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, aurait pu dire Clausewitz.
À la veille du sommet, Donald Trump a déclaré qu’il allait « certainement » imposer des taxes sur les produits européens importés aux États-Unis. Il a également souligné « l’atrocité » des pratiques de l’Union européenne et le « déficit commercial » des États-Unis, estimé à environ 156 milliards de dollars (152 milliards d’euros). Ces commentaires ont suscité des inquiétudes concernant des tensions commerciales croissantes entre les États-Unis et l’Europe.
Les actions des entreprises automobiles européennes, telles que Stellantis, Volkswagen et Renault, ont chuté en raison des anticipations de taxes sur les constructeurs ciblés par Donald Trump. La crainte de nouvelles barrières commerciales pourrait avoir des répercussions considérables sur l’industrie automobile européenne, qui est déjà soumise à une pression exercée par les défis économiques mondiaux. Les analystes s’accordent à dire que les taxes douanières proposées pourraient non seulement frapper les grandes entreprises, mais aussi avoir un impact en cascade sur les fournisseurs et les emplois locaux.
Emmanuel Macron a affirmé que l’Europe doit se défendre en cas d’attaques commerciales, soulignant la nécessité d’une réponse collective et stratégique de la part des États membres pour protéger leurs intérêts. Il a insisté sur l’importance de maintenir le dialogue ouvert, tout en se préparant à agir si les discussions échouent. Dans le même registre, Donald Tusk a appelé à éviter des droits de douane et des guerres commerciales inutiles, notant que ces conflits pourraient nuire à la coopération économique entre les deux régions et, finalement, porter atteinte à la prospérité mondiale.
Alors que les discussions se poursuivent, le climat d’incertitude pourrait inciter les investisseurs à revoir leurs stratégies. Les secteurs les plus touchés surveillent de près l’évolution des politiques commerciales de l’administration Trump, qui pourrait remodeler le paysage commercial international dans les mois à venir. En dépit des menaces potentielles, certains experts plaident pour un engagement constructif visant à résoudre les différends commerciaux à travers la négociation plutôt que par la confrontation, espérant ainsi éviter une spirale infernale de représailles économiques.
Guerres inutiles et stupides
L’Europe est partagée entre accepter un conflit ou l’éviter, comme le souligne Jean-Christophe Caffet. Après l’annonce de taxes sur les exportations canadiennes, chinoises et mexicaines, la présidente mexicaine a annoncé une suspension de la taxe pour un mois tout en renforçant la sécurité à la frontière pour lutter contre le trafic de drogue, un sujet évoqué par Donald Trump. Le Premier ministre canadien a aussi annoncé une suspension similaire des taxes.
Ursula von der Leyen encourage l’Europe à accroître ses importations de gaz américain, soulignant l’importance de diversifier les sources d’énergie afin de réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs traditionnels, notamment ceux situés en Russie. Cette stratégie vise non seulement à assurer la sécurité énergétique de l’Europe, mais également à renforcer les relations transatlantiques dans un contexte mondial de concurrence accrue. Cependant, Marco Carias de la Coface met en garde contre les risques d’une telle dépendance, craignant que cela n’entraîne une dynamique de pouvoir asymétrique, où les États-Unis pourraient exercer une influence excessive sur les politiques européennes.
Dans ce climat incertain, Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, a exprimé un optimisme mesuré concernant les escarmouches commerciales qui émergent entre les grandes puissances. Il affirme que malgré les tensions, ces disputes n’affecteront pas la détermination de l’Otan à maintenir sa capacité de dissuasion. Cette capacité est soutenue non seulement par l’engagement des États-Unis, mais également par celui des nations européennes qui considèrent la sécurité collective comme un impératif supérieur. Rutte souligne l’importance d’une coopération étroite entre les membres de l’Otan pour naviguer à travers les défis économiques et sécuritaires contemporains, assurant ainsi une réponse cohérente et unie face aux menaces potentielles. Cette situation met en lumière la complexité des interrelations internationales et la nécessité de stratégies éclairées pour garantir la stabilité et la paix dans la région.
D’après un article signé Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 04/02/2025
L’Europe cèdera, comme d’habitude.