Esclavagisme moderne existe, madame, monsieur, et il est totalement inutile de se voiler la face, face à cette réalité alarmante. Les victimes de cette exploitation sont souvent des étrangers, des individus vulnérables en quête d’une vie meilleure. Honte à celles ou ceux qui stigmatisent ces personnes sans même condamner ces patrons impitoyables qui profitent de leur situation désespérée. Il est crucial de reconnaître que derrière chaque acte de maltraitance, il y a des responsables qui doivent être tenus pour compte, et nous avons tous un rôle à jouer dans la lutte contre cette injustice pour qu’enfin, la dignité humaine soit respectée et protégée. MC
Les cadences infernales, des conditions d’hébergement indignes et un salaire inexistant. Le parcours de Kimo (*) est à la fois singulier et tristement banal. En 2022, ce jeune homme originaire d’Afrique du Nord rejoint la France avec l’espoir d’un « meilleur confort de vie ». Une connaissance qui travaillait dans une société de livraison l’informe que son patron est à la recherche d’employés. Le voilà embauché sans contrat et sans avoir dû fournir aucuns papiers.
« Au début je partais prendre un bus à 4 heures pour débuter le chargement du camion à 6 heures », se souvient Kimo. Comptez ensuite 1 h 30 de manutention et autant de bouchons. « On commençait notre tournée à 9 h 30 avec comme objectif de livrer entre 18 et 27 clients d’ici 17 heures sans temps de pause. »
À l’époque, Kimo n’a ni papiers, ni permis de conduire. « Je pense que le patron cherchait des travailleurs sans-papiers. Ils savent qu’on va toujours travailler parce qu’on n’a pas le choix », assure-t-il aujourd’hui dans un français certes encore hésitant – mais qu’il ne maîtrisait pas du tout au moment des faits.
Amputé, après un accident de travail
Kimo supporte tant bien que mal ce rythme d’enfer pendant trois mois. Le tout sans la moindre rétribution. « Lorsque je demandais mon salaire, il me disait tout le temps « ça arrive bientôt ». En attendant, je n’avais pas d’argent. Je travaillais sans manger. Parfois certains clients nous donnaient un pourboire, ça me permettait de manger un peu », témoigne-t-il.
Kimo passe ses nuits chez des connaissances, dans des cages d’escalier ou – comme le lui a « gracieusement » proposé son patron – dans un poids lourd inutilisé. Comment s’en sortir ? En fuyant ? Cela reviendrait à faire une croix sur des mois de salaire. Ne reste plus qu’à espérer que la situation s’arrange et que son patron daigne le payer.
Cette routine s’arrête brutalement lors d’une tournée matinale. Ni Kimo ni son collègue n’ont la formation nécessaire pour manipuler le hayon, la partie mobile et articulée située à l’arrière du camion. Lorsque son collègue actionne la plateforme, Kimo, épuisé et le ventre vide, n’a pas le temps de retirer son pied, qui se trouve alors entre le hayon et le châssis du véhicule et subit un écrasement violent.
« Les clients chez qui nous étions ont voulu appeler le Samu, mais mon collègue a appelé mon patron qui lui a dit de m’emmener à l’hôpital en disant qu’il me retrouvait là-bas », se remémore le jeune homme qui n’avait ni carte vitale, ni aide médicale d’État (AME). « Lors de ma première évaluation, mon patron a dit à l’infirmière que je m’étais fait ça en me coinçant le pied dans une porte. Il m’avait aussi dit de ne pas parler d’accident du travail, mais lorsqu’il s’est absenté, j’ai dit la vérité. »
Acculé, l’employeur tente de se couvrir en rédigeant à la hâte un contrat de travail faussement signé par son employé à la date du jour. Kimo subit quant à lui une amputation de deux orteils et n’a jamais revu son ancien patron depuis ce jour de janvier 2023.
Une procédure civile est en cours avec les prud’hommes. Une plainte formelle a été déposée, lui permettant d’obtenir un titre de séjour, Enfin, un inspecteur du travail a rédigé un procès-verbal dans lequel il considère que l’infraction de traite est caractérisée. Celle-ci se définit par le fait de « recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l’héberger ou de l’accueillir à des fins d’exploitation » avec l’emploi de menace, par un ascendant légitime, par l’abus d’une situation de vulnérabilité ou par la promesse d’une rémunération ou d’avantage.
Et son avenir ? « Pour le moment, je suis toujours en arrêt de travail, pour la suite, je ne sais pas », peine à se projeter le jeune homme de 27 ans après ce « choc » qui nécessite un important suivi psychologique via le CCEM.
La situation de Kimo est loin d’être isolée. Des peines de prison ferme ou avec sursis ont d’ailleurs été récemment prononcées à Libourne (Gironde) ou à Dijon (Côte-d’Or) pour des faits de traite d’êtres humains et de soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes dans des exploitations viticoles.
En 2023, le Comité contre l’esclavage — qui lutte contre ce fléau depuis trente ans — a épaulé 343 victimes dont 71 nouvellement accompagnées.
Théo Meunier. Le Dauphiné 13 dec. 2024
* Son prénom a été modifié pour préserver l’anonymat
Il a tout de même la chance que son accident soit arrivé en France. Au Qatar, ux Emirats, il aurait été abandonné à son triste sort. Le patron indélicat va être condamné et Kimo va être pris en charge. Malheureusement il y a des gens qui ne respectent pas les lois, et qui profitent des naïfs qui ont cru au paradis.
Bernard, qu’ils soient émigrés dans la configuration expliquée dans cet article, met en exergue le rôle du patron ou de ses patrons voyous, dont l’attitude négligente et parfois malveillante envers leurs employés soulève de vives préoccupations éthiques.
Ces individus n’hésitent pas à « omettre » de déclarer leurs salariés, qu’ils soient émigrés ou non, ce qui les expose à un quasi-chemin sans issue. Si l’un de ces employés est victime d’un accident nécessitant des soins appropriés, ces patrons indélicats les laissent choir sans scrupules, évitant ainsi toute forme de responsabilité légale.
Occasionnellement, ils craignent tant les répercussions de leur propre illégalité qu’ils choisissent de recourir à des pratiques aussi odieuses que le chantage, menaçant les travailleurs de dénonciation auprès des autorités s’ils osent se plaindre ou demander de l’aide.
Ce comportement inacceptable vise à contraindre les employés accidentés ou malades au silence, les incitant à rester dans l’ombre, de peur de perdre non seulement leur emploi précaire (comme ceux à venir), mais également de subir des conséquences graves, telles que l’expulsion et le retour forcé dans leur pays d’origine, tout cela pour éviter les sanctions qui pourraient découler de l’emploi illégal de travailleurs « clandestins » sans déclaration officielle et légale.
Une bien triste, terrible illustration de l’exploitation des malheureux migrants, contraints de quitter leur pays, qui arrivent sans papiers, sans logement, sans carte de séjour, contraints d’accepter de telles exploitations, infligées par ces « patrons » indignes, qui pensent d’abord à eux et leurs magouilles.
Il est grand temps que tout cela cesse, soit sanctionné, et que l’accueil de ces malheureux soit enfin régulé, organisé, en lien avec les pays d’origine.