Mercosur…

Éviter ce traité autant que possible !

Les députés expriment leur opposition au traité entre l’UE et le Mercosur

« L’agriculture française ne doit pas être la variable d’ajustement de la politique européenne ! ». Répétée à l’envi par la majorité gouvernementale et les oppositions, cette phrase résume à elle seule la position de l’ensemble des députés. Pendant que les agriculteurs poursuivaient leurs mobilisations un peu partout en France, les représentants de la nation étaient invités mardi à débattre puis à voter sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Les sénateurs feront de même ce mercredi.

Les députés ont approuvé à une large majorité (484 voix contre 70) la position du gouvernement sur le traité, à savoir un refus « en l’état » de cet accord. Face à un hémicycle quasiment vide, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a plaidé pour : « Délivrer à la Commission européenne un message d’unité dans notre diversité politique ».

Plus tôt dans la journée, l’agriculteur Jérôme Bayle, figure de proue de la mobilisation de l’hiver dernier, invité par deux députés, avait mis en garde : « Cet accord sera la goutte d’eau qui fera exploser la colère des électeurs français si le chef de l’État ne prend pas des dispositions fortes avec l’appui des députés français. »

La France, le 6ᵉ pays exportateur au monde

Si toutes les formations politiques se sont opposées à ce traité, elles ne suivent pas pour autant la même ligne. Le projet d’accord n’est pas acceptable « dans les conditions actuelles », a précisé la ministre. Cependant, il serait « irresponsable pour la France de s’opposer par anticipation et par principe à tout accord de libre-échange », a-t-elle ajouté, rappelant que la France est le sixième pays exportateur du monde, avec « près de 85 milliards d’€ de chiffres d’affaires en 2023 et près de 6 milliards d’euros d’excédent ». Elle était appuyée par Sophie Primas, ministre déléguée en charge du Commerce extérieur et par des parlementaires de la majorité, comme Daniel Labaronne (Ensemble pour la République) ou Marc Fesneau (Les Démocrates).

Renégocier tous les traités commerciaux ?

Sous cette forme, en l’état, cela signifie que vous soutenez le fond de cet accord », leur a ré­pondu Arnaud Le Gall (Nouveau Front populaire). Une bonne partie de la gauche et du RN a en effet appelé à rejeter le traité dans son ensemble, et pas seulement en appelant à y intégrer des clauses miroirs et les dispositions de l’Accord de Paris, comme le veut le gouvernement. « Soyons sérieux, qui peut croire que ces pays respecteront des clauses miroirs ? Ce géant de la volaille qu’est le Brésil est incapable d’assurer un respect minimal des normes. Les Français ne sont pas dupes, vous ne pourrez pas assurer les contrôles », a assuré Vincent Trébuchet (Union des droites pour la République).

L’élu socialiste Dominique Potier en a profité pour rappeler sa proposition de « renverser la charge de la preuve » en obligeant les pays du Mercosur à faire certifier leurs produits par un organisme reconnu par l’Union européenne, tandis qu’Hélène Laporte (RN) a appelé à « renégocier tous les traités commerciaux défavorables à notre agriculture ».

« Votre responsabilité est immense. Vous avez soutenu cet accord, comme tous les accords de libre-échange », a également accusé Arnaud Le Gall à l’adresse du gouvernement. « Aucune force politique n’a exprimé pendant vingt ans une opposition à ce traité », lui a rétorqué Marc Fesneau, ancien ministre de l’Agriculture (2022-2024).

Malgré leurs désaccords les députés ont envoyé un message clair à la Commission européenne : le traité de libre-échange avec le Mercosur, la France n’en veut pas. En l’état.


Charlotte Murat. Le Dauphiné Libéré. 27/11/2024


2 réflexions sur “Mercosur…

  1. bernarddominik 29/11/2024 / 17h57

    Cet excédent est uniquement agricole, le déficit de la France est de près de 90 milliards supérieur au CA agricole. On ne pourra rétablir les comptes de notre pays que par des exportations industrielles plus importantes, car nous ne pouvons pas accroître notre production agricole faute de terres arables. La France n’a que deux solutions: accroître sa production industrielle ou baisser son niveau de consommation, donc son niveau de vie. Donc le marché du mercosur est indispensable à notre pays, à condition de remettre les français au travail. On ne peut éternellement être le pays où on travaille le moins et reçoit le plus pour ne pas travailler.

  2. RBLAPLUME 29/11/2024 / 19h37

    Seule alternative crédible :
    Retirer le mandat de négociation donné à la Commission européenne pour parler et négocier en notre nom !

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