Le cinéma social

Dans une démarche singulière alliant art et politique, François Ruffin, député de la Somme et cinéaste engagé, utilise le cinéma pour donner vie à ses convictions.

Pour le parlementaire de la Somme, le cinéma n’est pas un loisir, mais le véritable prolongement de son action politique. Il le pousse à sortir du cadre institutionnel et à se coltiner le réel.

L’élu du groupe Écologiste et social de l’Assemblée nationale ne fait pas du cinéma de la distraction stérile. Cela lui permet d’aller au-delà de l’abstraction du discours politique. « J’ai besoin de revenir aux visages, aux histoires, » confie Ruffin, précisant qu’il veut donner la parole à ceux que l’on entend peu.

Sous sa double casquette de parlementaire et de réalisateur, il pratique la « réhumanisation » de la politique. « Le cinéma me permet de m’échapper de la grisaille politique et de retrouver un peu de joie au milieu de la dureté et de la saleté de l’univers politique » déclare Ruffin, soulignant à la fois l’exutoire personnel que lui procure le cinéma et le rôle qu’il lui assigne dans sa lutte pour la justice sociale. Avec le désir de mettre un peu de positif dans une époque marquée par le pessimisme.

Mettre en lumière les invisibles du quotidien

L’humour est essentiel, qui lui permet de concilier, graviter des sujets et approche bienveillante : « Dans mes films, j’arrive à faire ce que je ne parviens pas à faire dans ma vie ordinaire, c’est-à-dire transformer la colère en rire. » L’humour permet de » créer du lien » et de susciter l’émotion, là où le débat politique tend souvent à générer des tensions.

La technique de l’immersion, qu’il affectionne particulièrement, lui permet de capter « l’extraordinaire dans l’ordinaire ». À preuve son nouveau documentaire, Au boulot !, cosigné avec Gilles Perret, qui met en lumière les travailleurs modestes, ces invisibles du quotidien que l’on a trop souvent tendance à oublier. »

La gauche devrait héroïser le cariste, le manutentionnaire, l’auxiliaire de vie, la caissière » plaide-t-il, évoquant son désir de rassem­bler autour d’une fraternité renouvelée. « On remet au premier plan ceux dont Macron disait qu’ils ne sont rien, mais qu’ils font tout », souligne Ruffin, rappelant que ce sont ces travailleurs de la « deuxième ligne » qui continuent d’assurer le fonctionnement du pays, sans pour autant recevoir la reconnaissance qu’ils méritent.

Avec Au Boulot !, François Ruffin s’efforce de rendre hommage aux travailleurs tout en abordant la complexité de leurs conditions de travail.« Des gens aiment leur métier, mais n’aiment pas comment on leur fait faire leur métier », explique-t-il, désireux de faire comprendre la dualité entre la fierté et la souffrance inhérente à de nombreuses professions.


Nathalie Chifflet. Le Dauphiné Libéré. 04/11/2024


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