C’est un secteur où les mobilisations se sont multipliées ces dernières années. De l’emblématique grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles à la lutte des salariés d’Onet, les revendications pour les salaires et les conditions de travail sont largement partagées.
Dans le secteur du nettoyage, gangrené par la précarité et le dumping social, ils font tache. Ce sont les salariés de Laser Propreté, une entreprise familiale et marseillaise de propreté qui vient, début septembre, d’être écartée du jour au lendemain pour « pratiques frauduleuses » sur les chantiers de la gare Saint-Charles (SNCF) et du métro de la Régie des transports métropolitains (RTM). Liée à la Sifer, un empire de promotion immobilière qui représente 10 % de la construction dans la capitale phocéenne, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire dans la foulée, le 8 octobre.
Ils sont une petite centaine, chargés jusqu’ici de la propreté de la gare et du métro marseillais. Certains travaillent là depuis vingt ou trente ans, voire quarante-deux ans pour la plus ancienne, et ils ont œuvré pour le compte de la SNCF et de la RTM sous divers contrats de sous-traitants comme Derichebourg, Onet, Nicollin et bien d’autres encore, avant Laser Propreté.
Des droits conquis et préservés
Au fil des ans, ils ont conquis, et préservé, des droits, avec les syndicats implantés dans l’entreprise, CAT Nettoyage – une petite organisation autonome – et SUD Solidaires. Intégration des primes dans leur salaire horaire ; maintien de la rémunération jusqu’à un an en cas d’enfant gravement malade ; garantie de pouvoir reprendre son emploi pendant trois ans après un accident de la vie ; embauche d’un remplaçant aux mêmes conditions en cas de départ de l’entreprise… « C’est vrai qu’on a une masse salariale non négligeable, concède Kamel Djeffel, le leader syndical de Laser Propreté et dirigeant de CAT Nettoyage. Mais on n’a rien volé à personne, on a tout obtenu en défendant nos emplois, nos salaires et nos conditions de travail. »
À l’été 2023, dans des déclarations retranscrites sur un procès-verbal d’huissier, une dizaine de membres du personnel avaient pourtant attesté que les listes transmises par le sous-traitant aux donneurs d’ordres étaient « fausses ». « Certaines personnes n’ont jamais été sur le site de la gare Saint-Charles, nous ne les connaissons pas », relève, par exemple, Houria Tahri, élue SUD Solidaires au CSE de Laser Propreté. « On a été des lanceurs d’alerte, mais la SNCF et la RTM n’ont pas moufté pendant un an », affirme aujourd’hui le syndicaliste Kamel Djeffel.
Lourdes menaces pour l’avenir de Laser Propreté
Un an plus tard, rien ne s’est arrangé, bien au contraire, chez Laser Propreté. Arrivé début 2024 pour redresser la société, un manager de transition a, au nom de « préoccupations éthiques et juridiques sérieuses », pris ses cliques et ses claques en mai. Avant l’été, un commissaire aux comptes sonnait l’alarme devant des « délits qui auraient été commis ».
Pointant, au passage, des « bizarreries constatées dans l’entreprise (disparition de matériel, intrusion dans le système informatique, etc.) », l’administrateur judiciaire, désigné il y a quelques semaines, paraît déjà résigné dans un mémoire envoyé fin octobre au tribunal : « Tout espoir de bâtir un plan de redressement apparaît vain tant le délitement de l’entreprise est profond, de sorte que seule la cession, ou la liquidation judiciaire, est sérieusement envisageable », écrit-il. « Ce qui a empoisonné Laser, ce ne sont vraiment pas ses salariés et ses syndicalistes qui ont obtenu des avantages, mais qui ne les ont pas extorqués, confie un ex-responsable au journaliste. On ne peut pas dire la même chose des autres acteurs de cette histoire. »
Extraits de sources diverses dont : LIEN