Samuel Paty : derrière l’attentat terroriste, le procès d’une calomnie

Le procès de l’assassinat terro­riste de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie tué il y a quatre ans pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, s’ouvre ce lundi à Paris. L’autopsie judiciaire de cet attentat qui a bouleversé le monde enseignant se fera en l’absence de l’assaillant, abattu par la police.

Huit accusés, cinq magistrats, deux avocats généraux, vingt-quatre parties civiles, sept semaines d’audience et près de cent témoins. La justice française qui s’est ouvert lundi 04/11/2024, à Paris un nouveau chapitre de la réponse pénale au terrorisme islamiste, avec le début du procès de l’attentat du 16 octobre 2020 qui a coûté la vie à Samuel Paty, professeur de collège décapité par Abdoullakh Anzorov, un jeune demandeur d’asile tchétchène abattu par la police.

Comme dans tant d’autres audiences similaires (Toulouse, Magnanville, Saint-Etienne-du­ Rouvray, Trèbes- Carcassonne…), l’auteur de l’attentat en sera le grand absent. Une absence qu’il faudra s’efforcer de combler en tentant de cerner la personnalité du terroriste et sa radicalisation. Mais dans la salle « grands procès » du palais de justice de l’île de la Cité (inaugurée pour le procès du 13-Novembre et qui devrait vivre là sa dernière audience avant démontage), la cour d’assises spécialement composée va avant tout tenter de mettre en lumière les responsabilités de l’entourage plus ou moins éloigné de l’assaillant dans l’implacable processus qui semble avoir conduit au meurtre barbare de Samuel Paty, après avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours.

« Il est anéanti »

À ce titre, les deux hommes qui ont lancé la polémique contre le professeur du collège du Bois d’Aulne, Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina, seront les plus attendus. Ils ne sont pourtant pas ceux qui risquent le plus, puisque deux accusés, amis d’Abdoullakh Anzorov jugés pour complicité, encourent la perpétuité. « On a toujours peur qu’en l’absence du principal protagoniste, les autres supportent tout le poids de l’accusation », s’inquiète Me Hiba Rizkallah, qui va assurer la défense de l’un d’eux avec Me Adel Farés. « Mais la justice ne va pas fabriquer de nouvelles preuves contre eux. »

Son client, Naim Boudaoud, est celui qui a déposé Abdoullakh Anzorov devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Lourde responsabilité. « Il est anéanti par ça », assure son avocate, selon laquelle « il n’avait aucune conscience d’être impliqué dans la préparation d’un projet à caractère terroriste ».

Bien plus éloignés des faits, d’autres accusés seront jugés pour avoir soutenu le projet du terroriste, cachés sur les réseaux sociaux ou les messageries cryptées. Quelle connaissance avaient ces gens des ambitions sauvages d’Anzorov ?

Ce sera la question centrale de l’audience, alors qu’un premier procès à huis clos a établi la responsabilité des mineurs qui avaient identifié et désigné Samuel Paty à l’assaillant. Six ex-collégiens ont été condamnés à des peines allant de 14 mois de prison avec sursis à six mois de prison ferme.

Cette fois-ci, c’est au grand jour que l’attentat va être ausculté. « Ce sera un moment important pour les personnels de l’Éducation nationale et notamment la communauté enseignante si violemment ciblée ces dernières aimées », a anticipé le procureur antiterroriste Olivier Christen.

La figure de Dominique Bernard, lui aussi enseignant victime du terrorisme islamiste, ne sera jamais loin. Mais l’audition, dès la semaine prochaine, de deux collègues de Samuel Paty qui ne l’avaient pas soutenu dans son cours sur les caricatures, sera certainement un moment douloureux.

Une « fatwa » contre le professeur

Pour la famille Paty, « il y a un peu d’impatience », confie Me Virginie Le Roy, qui assiste notamment ses parents. « Ce procès sera la confrontation avec ceux qui sont responsables de sa mort. » La pénaliste pointe le rôle « majeur » de Sefrioui et Chnina, coupables à ses yeux d’avoir lancé une « fatwa » contre le professeur parvenue jusqu’à Anzorov, qu’ils ne connaissaient pourtant pas. « Le message a trouvé son destinataire », résume Me Le Roy, pour qui le dossier n’a « pas beaucoup de mystères ».

Cela est-il suffisant pour asseoir une implication dans une action terroriste ?

Le verdict est attendu le 20 décembre.


Aurélien Poivret. Le Dauphiné Libéré. 04/11/2024


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