Les prix de l’électricité s’effondrent, mais pas pour l’abonné.
Le prix de l’électricité va baisser de 10 à 15 % d’ici à février 2025, a promis, il y a six semaines, Bruno Le Maire. C’est déjà le cas, annonce RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité.
Dans son rapport « Bilan du système électrique au premier semestre » paru le 29 juillet, RTE indique ainsi qu’au cours des six premiers mois de l’année le prix du courant sur le marché « spot » (au jour le jour) est carrément devenu négatif pendant l’équivalent de dix jours.
La raison ? Les producteurs sont obligés de payer une pénalité pour céder l’électricité aujourd’hui excédentaire qu’il leur est impossible de stocker.
Malheureusement, et contrairement aux taux d’intérêt négatifs pratiqués ces dernières années, ces prix au-dessous de zéro ne sont pas répercutés sur les factures des ménages et des entreprises. Ces prix négatifs ne concernent, en effet, que le marché professionnel au jour le jour alors que les clients des opérateurs restent soumis aux conditions de leurs contrats d’abonnement. Pire, le phénomène annonce sans doute une baisse des aides d’État aux énergies renouvelables.
Entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin, précise le rapport, 233 heures de prix négatifs ont été relevées, représentant environ 5 % de la production d’électricité enregistrée pendant cette période.
C’est plus de quatre fois plus qu’au premier semestre 2023, et ce n’est pas près de s’arrêter : RTE prévoit ainsi que, « dans un système électrique qui voit la part des énergies renouvelables croître, de telles situations se multiplient ». Notamment l’après-midi ou le week-end, quand la demande est faible et qu’il y a beaucoup de soleil ou de vent. Voire des journées entières, comme les samedis 6 avril et 15 juin.
De quoi disjoncter
Explication : alors que la consommation électrique est en baisse de plus de 5 % par rapport à son niveau de 2019, la production, elle, a augmenté de 12 %, grâce au retour à un fonctionnement normal des centrales nucléaires et au fort développement des énergies renouvelables, qui bénéficient d’une tarification alléchante.
La production d’électricité « verte » des particuliers et des producteurs — essentiellement par l’éolien et le solaire — est en effet achetée par EDF selon deux types de contrats à long terme (quinze ans), établis par l’État, qui se révèlent de véritables pousse-au-crime. Près des deux tiers sont ainsi cédés à un prix garanti de près de 120 euros le mégawattheure, alors que le coût de production d’EDF avoisine… 80 euros.
Pour le gros tiers restant, les producteurs bénéficient d’un contrat de « complément de rémunération », par lequel l’État leur verse la différence entre le prix du marché et celui prévu dans leur contrat. Quelle que soit l’évolution du marché, ils profitent donc d’un prix garanti.
Quant aux autres moyens de production — essentiellement le nucléaire —, « il est techniquement impossible de les arrêter ou de les ralentir pour quelques heures, lors des poussées de production d’électricité renouvelable », indique un technicien.
Conséquence : selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le montant de versement aux producteurs d’énergie renouvelable va augmenter en 2025 de 6 milliards d’euros. « On a construit un modèle complètement irréaliste où le prix ne correspond plus à rien », commente, lucide, un expert du secteur. Qui ajoute : « Il va falloir réformer le système. »
En coupant le robinet des aides aux renouvelables ?
Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 31/05/2024
C’est comme d’habitude on nous a annoncé que le libéralisme libérerait les prix vers le bas. Des mensonges. Les financiers capitalistes en veulent toujours plus. C’est comme pour les carburants: les baisses sont symboliques les hausses durables et fortes.
voudraient-ils nous « faire prendre des vessies pour des lanternes ? »..