Absence-contournement de règles démocratique. Réformes à l’arrêt, budget en baisse et non validé par les deux chambres, nominations hors circuit habituel, appels aux grèves…
Et cerise sur le gâteau, une rentrée scolaire pleine d’incertitude – directives diverses à appliquée (ou non), manque d’enseignants, insécurité dans les établissement, etc.
Pour la première fois sous la Cinquième République, la rentrée scolaire du 2 septembre se fera sans ministre de plein exercice. Depuis le 16 juillet, le gouvernement démissionnaire ne gère plus que les affaires courantes dans l’attente de la nomination d’un nouveau Premier ministre,
Emmanuel Macron tentant de démêler l’imbroglio politique issu de la dissolution. Mais les atermoiements de la vie politique ne sauraient impacter le calendrier scolaire, alors que 12 millions d’élèves doivent retrouver leur salle de classe lundi prochain, sous la supervision de quelque 850 000 enseignants. « La temporalité de l’Éducation nationale est implacable. La rentrée doit avoir lieu au début du mois de septembre, elle aura donc lieu le 2 septembre », a déclaré la ministre sortante, Nicole Belloubet, ce mardi lors de la traditionnelle conférence de presse de la rentrée.
Une conférence « obligée » de l’ex-ministre qui se voulait avant tout rassurante pour le monde enseignant et les parents d’élèves, alors que le monde de l’éducation a vu défiler depuis 2022 quatre ministres de l’Éducation nationale, sans compter les nombreuses réformes annoncées ou votées, mais dont la mise en œuvre se voit pour l’essentielle gelée par la crise politique.
« 850 000 enseignants et 350 000 autres personnels veulent des réponses cohérentes à leurs problèmes, dans une atmosphère apaisée. […] Personne ne souhaite que la sonnerie des salles de classe se cale sur celle du Palais Bourbon », a relevé la ministre.
Ce qui change avec la rentrée 2024
À ce stade, l’une des seules réformes à échapper à la situation politique est celle des groupes de niveau ou « groupes de besoins », selon la terminologie que préfère utiliser la ministre – et qui assume sur ce point un différend avec son chef de gouvernement, pourtant à l’origine de cette idée. « Quelles que soient les modalités de mise en œuvre, ce qui m’importe c’est la prise en charge des besoins différenciés de chaque élève », a-t-elle souligné.
1 500 emplois ont été pourvus pour leur mise en place ; les enseignements de français et de mathématiques seront ainsi organisés en groupes pour les classes de 6ᵉ et de 5ᵉ, sur la base des mêmes programmes.
Ces mesures mises à l’arrêt par la démission du gouvernement
La réforme du nouveau brevet des collèges attendra la mise en place du prochain gouvernement pour aboutir. Le décret qui rend l’obtention de cet examen obligatoire pour un passage en seconde n’a pas pu être publié avant la démission de Gabriel Attal.
La réforme prévoit également de réduire la part du contrôle continu de 50 à 40 % dans la note finale. Cet ajournement pourrait solder l’avenir de la centaine de classes « prépa seconde », qui seront, quant à elles, bien ouvertes à la rentrée. Il s’agit d’une année complémentaire proposée aux élèves admis en seconde, mais qui n’ont pas obtenu leur brevet. L’objectif : prévenir le décrochage scolaire.
Dans le cadre de la réforme du « choc des savoirs », les programmes de français et de mathématiques ont été réécrits pour une partie des élèves du primaire, mais là aussi, leur publication devra attendre la fin de la période des affaires courantes. Il en va de même pour les programmes des cours « Vie affective et relationnelle » en primaire, et « Vie affective, relationnelle et sexuelle » au collège, encore en cours de finalisation.
La réforme de la formation initiale des enseignants, présentée comme un levier de revalorisation de la profession, a également été suspendue avec la démission du gouvernement. Les travaux entamés autour de la prise en charge des élèves radicalisés, une mesure proposée par Gabriel Attal après l’attentat dans un lycée d’Arras, sont, eux aussi, à l’arrêt.
En revanche, plusieurs expérimentations se poursuivent ou sont lancées avec cette rentrée 2024, comme
- l’interdiction du téléphone portable dans 200 collèges, avant une généralisation prévue en janvier 2025.
- Le port de l’uniforme, déjà testé dans 90 établissements,
- les cours d’empathie destinés à lutter contre le harcèlement, déployés dans 1 200 écoles, restent d’actualité.
Un risque de casse budgétaire
Mais le flou qui pèse sur la rue de Grenelle ne se limite pas seulement à l’avenir de ces différents dispositifs. L’inconnu budgétaire de l’automne est une source de préoccupation majeure pour Nicole Belloubet, à la tête d’un ministère qui absorbe près de 64 milliards d’euros, soit la plus lourde dépense de l’État en dehors des remboursements et des dégrèvements d’impôts.
Le 20 août, Gabriel Attal a adressé à ses ministres démissionnaires les fameuses « lettres plafonds », étape primordiale dans la constitution du prochain budget ; elles déterminent pour chaque ministère la limite maximale de crédits qui pourront être dépensés en 2025.
Le chef du gouvernement, tenu par le caractère désormais transitoire de sa position, propose de reconduire à l’identique le budget de l’État, soit 492 milliards d’euros, quand Bercy plaidait pour un coup de rabot de cinq milliards.
D’après Romain David. Public Sénat. Source (Lecture libre)