Entre l’Armée et Macron…

… la mésentente


Les militaires sont inquiets pour leur budget.
Ils craignent de voir réduire la livraison de blindés et de Rafale modernisés censés faire peur à Poutine.


Les airs jazzy du Big Band de l’armée de l’air n’y ont rien fait : cette année, pour la fête nationale, les militaires avaient le moral dans les rangers… Un défilé délocalisé, en format réduit, à pied et à cheval… Jeux olympiques obligent, la troupe a dû descendre l’avenue Foch sans chars ni blindés. Même pas un petit camion — tout juste une vieille jeep de juin 1944 pour le 80ᵉ anniversaire du débarquement. Pour la guerre de haute intensité, il faudra repasser.

La veille, dans son discours aux armées (expédié en dix-huit minutes), le chef de l’État, tout juste rentré du sommet de l’Otan à Washington, avait déjà plombé l’ambiance. « Je vous demande de préparer un ajustement de notre programmation militaire pour 2025 », avait-il averti, flanqué d’un Gabriel Attal à la mine renfrognée et d’un Sébastien Lecornu — encore ministre de la Défense résigné. Généraux et amiraux n’ont pas manqué de s’interroger sur le sens de la formule présidentielle. « Un ajustement vers le haut ou vers le bas ? » raillait un galonné. Dans les jardins de l’hôtel de Brienne, on a entendu les balles siffler aussi fort qu’il y a sept ans…

Un budget perforé

Le 13 juillet 2017, dans la même enceinte bucolique du ministère de la Défense, le Président — tout juste élu — avait humilié, devant ses subordonnés, le chef d’état-major Pierre de Villiers, le poussant à claquer la porte six jours plus tard. Par la suite, Macron s’était rabiboché avec les hauts gradés en leur mettant de l’oseille dans les poches.

Votée en juillet 2018, la loi de programmation militaire prévoyait une cassette de 295 milliards d’euros pour « réparer et moderniser » les armées. La suivante, adoptée le 1er août 2023 après le déclenchement de l’invasion en Ukraine, affichait la somme record, sous la Vᵉ République, de 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030. Un pactole qui a permis au Président et à son ministre des Armées de rouler les mécaniques.

Sauf que, selon les militaires, le compte, aujourd’hui, n’y est plus : la fameuse « guerre de haute intensité » nécessite davantage de biftons. L’actuel chef d’état-major, Thierry Burckhard, a sonné l’alerte. « Avec un budget de 450 milliards, on est bien ; à 425 milliards, on sait faire ; mais, au-dessous, on n’y arrive pas. »

Diantre ! c’est donc pour cela que la troupe doit défiler à pied, et bientôt peut-être en chaussettes ?

Les galonnés l’ont d’autant plus mauvaise que, sur les 413 milliards promis, 13 sont de la monnaie de singe : des crédits extra-budgétaires qui dépendent en grande partie de la vente de biens immobiliers appartenant au ministère de la Défense et de jeux comptables pour différer les paiements de matériels. Ne restent plus, en réalité, que 400 milliards d’euros — une misère —, déjà grignotés par l’inflation et les surcoûts de l’aide militaire à l’Ukraine. « Une fois tout retranché, il faut se débrouiller avec 380 milliards, se lamente un militaire. Manquent donc 45 milliards pour que l’armée soit correctement entraînée et équipée face aux Russes. »

Poutine peut se réjouir !

Le ministère en est déjà à sabrer dans le matos… Dans la ligne de mire : le programme « Scorpion », censé doter l’armée de terre de blindés et de transports de troupes high-tech.

Comme le regrettait un rapport du Sénat du 23 novembre 2023, une partie des commandes de chars légers Jaguar et Serval et des véhicules « multirôles » Griffon, destinés à remplacer un parc vieux de 40 ans, ont déjà été « décalées de cinq ans ».

Ce qui fait craindre une annulation pure et simple de la commande. C’est d’autant plus embêtant que l’armée a refilé des centaines de VAB et des AMX-10 RC aux Ukrainiens. Sans oublier les 30 Caesar prélevés sur son stock de 76 canons. Voilà ce que c’est, d’être prodigue…

Des Rafale bigleux

Du côté des avions, l’armée de l’air va devoir, à la demande du Président, se délester d’au moins six Mirage 2000-5 sur une flotte de 26 appareils. Cette perte ne sera pas entièrement compensée par l’acquisition de Rafale car, contrairement à ce que la loi de programmation militaire leur avait fait miroiter, nos aviateurs seront loin de disposer des 185 exemplaires qui leur étaient promis pour 2030.

Problème, les 108 Rafale aujourd’hui en service ne sont pas au top pour affronter les Soukhoï russes. « Le Canard » a découvert que 60 % de la flotte était dotée de radars d’ancienne génération, dont les performances ne dépassent pas celles des vieux Mirage 2000-5 fourgués aux Ukrainiens.

Les militaires devront donc attendre un radar ultra-performant pour y voir plus clair dans l’épais brouillard budgétaire…


Odile Benyahia Kouider et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 17/07/2024


Note : bien évidemment nous n’avons pas accès directement à cette information aussi serons-nous prudent faute de pouvoir recouper d’information. MC


2 réflexions sur “Entre l’Armée et Macron…

  1. bernarddominik 24/07/2024 / 8h35

    Comme d’habitude Macron à promis sans se poser la question des ressources. Un pays aux limites de la faillite ne peut pas faire un tel effort financier sans augmenter les impôts et taxes (passer de 55 à 75% du revenus national pompé par l’état)

  2. tatchou92 24/07/2024 / 14h28

    Merci… Faudra-t-il demain faire appel à l’Oncle SAM ? réouvrir ses bases fermées ?

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