Le malheur-bonheur d’Airbnb

La plateforme américaine de location de meublés touristiques entre particuliers, sponsor des Jeux de Paris 2024, suscite la bronca d’un nombre croissant d’hôteliers, de riverains et d’élus français, qui réclament une régulation plus stricte.
« Assistez gratuitement aux épreuves des Jeux olympiques de basket aux côtés du champion Tony Parker ! » Ce genre de proposition, Airbnb en a distribué 1 600 fin juin en quelques heures, concernant des épreuves avec 24 sportifs célèbres.

Sponsor officiel des JO (pour neuf ans), la plateforme américaine avait, auparavant, accueilli un public choisi dans sa « maison du sport » itinérante sur le relais de la flamme. Mais son impressionnante opération de communication événementielle atteindra son point d’orgue le 26 juillet : une trentaine de voyageurs sont invités à suivre la cérémonie d’ouverture depuis la terrasse du Musée d’Orsay, « transformée en jardin secret, avec une vue imprenable sur la Seine ».

Deux d’entre eux auront même le privilège de passer la nuit dans l’iconique salon de l’Horloge du musée, où une chambre a été conçue par le designer de la torche, Mathieu Lehanneur…
La société américaine, qui sponsorise aussi le déplacement de certains athlètes, surfe sur le moment JO pour faire briller sa marque et soigner sa réputation en France. Un enjeu devenu stratégique car, avec 75 % à 90 % de part de marché estimée sur la location de courte durée dans l’Hexagone (impossible d’avoir des chiffres précis), Airbnb a pris une telle place… qu’il est devenu la bête noire d’un nombre croissant de villes et de stations balnéaires qui souffrent du surtourisme.

Certes, Airbnb fait le bonheur de centaines de milliers d’usagers français. Grâce à sa plateforme numérique conviviale, les voyageurs disposent d’un choix abondant de lieux d’accueil, réservables en quelques clics.
Les propriétaires peuvent gagner gros en louant temporairement une chambre ou un logement entier, après avoir vérifié la réputation de leurs hôtes.
Et 24 500 communes, pour lesquelles Airbnb prélève les taxes de séjour, ont reçu un total de 187 millions d’euros l’an dernier.
Alors, merci Airbnb ?
Pas si vite.

Le problème est que la plateforme de location entre particuliers – cofondée en 2007 par Brian Chesky, un habitant de San Francisco qui monnayait un matelas pneumatique dans son salon pour payer son loyer – n’a plus grand-chose à voir avec le concept convivial de ses débuts.
Après avoir souffert de la crise du Covid, Airbnb (qui prélève 14 % de frais sur le locataire et entre 3 % et 16 % sur le propriétaire, selon son statut) est devenu une véritable machine à cash, affichant un bénéfice net mondial de 4,79 milliards de dollars, sur 9,92 milliards de chiffre d’affaires en 2023.
Soit une marge nette de 48 % !
Nos finances publiques, hélas, n’en profitent pas à plein : comme ses congénères multinationales américaines, Airbnb optimise ses impôts en faisant apparaître l’essentiel de ses revenus tricolores dans… le paradis fiscal irlandais.

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Airbnb serait-il devenu le paravent d’un business hôtelier qui ne dit pas son nom ? C’est la conviction de 26 hôteliers de 15 départements français qui, en juin, l’ont assigné en justice pour « concurrence déloyale » devant le tribunal de commerce de Lisieux (la première audience est prévue le 6 septembre).
Ils dénoncent, pêle-mêle, l’absence de numéro d’enregistrement, la non-suppression de certaines annonces au-delà de la limite légale de 120 jours, la non-collecte de la taxe de séjour, la tolérance pour la sous-location illicite… La société Airbnb, elle, assure « se conformer à toutes ses obligations ». Et prévient : « S’il s’avère que cette nouvelle action en justice nuit à l’activité d’Airbnb ou à la capacité des hôtes de louer leur bien, nous envisageons toutes les options, y compris judiciaires… »

« Au-delà des 9 millions d’euros de préjudice réclamés, il s’agit surtout d’une action pour marquer les esprits », explique Véronique Siegel, hôtelière à Kaysersberg et à Strasbourg et présidente de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (Umih). Car « non seulement cette activité bénéficie d’une niche fiscale qui se justifie de moins en moins, mais elle n’est pas tenue aux mêmes normes et règles de sécurité que la profession hôtelière ».
Les propriétaires de meublés touristiques (non classés) bénéficient jusqu’ici d’une déduction de 50 % des loyers perçus, dans la limite de 77 700 euros par an.

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Dominique Nora. Le Nouvel Obs n° 3120. 18/07/2024 Source (Extraits)


Une réflexion sur “Le malheur-bonheur d’Airbnb

  1. bernarddominik 24/07/2024 / 10h46

    L’état avantage outrageusement les libations touristiques meublées 77700€ avec abattement de 50% contre 15000€ avec abattement à 30 % pour le microimmobilier. On voit bien qu’il y a des énarques du ministère des finances qui sont marqués avec Airbnb .

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