Il a été l’un des dirigeants occultes du beau parti de Mélenchon, qui oublie soigneusement de nous en parler. On va comprendre pourquoi. Le cas Alexandre Hébert serait presque drôle.
En 1948, il s’empare de la fédération de Loire-Atlantique de Force ouvrière (FO), qu’il conserve jusqu’en 1992, avant de la refiler en suzerain à son fils Patrick.
Au sein de FO, avec le soutien d’André Bergeron, Hébert prétend incarner une aile « anarcho-syndicaliste », qui par quelque miracle atteint souvent 10 % dans les votes de congrès.
Anarchiste, Hébert ?
La farce est hénaurme, car il est en fait lambertiste. Il assistera pendant des décennies aux réunions du bureau politique de l’OCI, sous les pseudonymes d’Ernest, puis d’Armand.
Mais ce n’est pas tout. Il était aussi d’extrême droite.
Un, aux élections municipales de Nantes, en 1965, il vote et fait voter pour un certain André Morice, qui sera élu. Or l’entreprise de travaux publics de Morice a travaillé pour la construction du mur de l’Atlantique nazi, ce qui lui vaudra de sérieux ennuis à la Libération. Il est ensuite ministre de la Défense en 1957, et sera l’un des plus durs de l’Algérie française.
Deux, dans le bulletin n° 29 de la très fictionnelle Union des anarcho-syndicalistes, on lit en 1996 une terrifiante saillie antisémite. Jean-Marie Lustiger vient d’être reçu à l’Académie française, et Alexandre Hébert s’en étouffe. Il ne cesse d’y appeler l’archevêque de Paris par son prénom d’origine, Aaron. Titre : « Aaron Lustiger entre à l’Académie française ». Citations : « Aaron Lustiger, devenu, par la grâce de Dieu, Monseigneur Jean-Marie Lustiger » ; « Comme on le voit, les choses ne sont pas simples dans l’itinéraire du jeune juif Aaron Lustiger ».
Trois, à Nantes, le fief d’Hébert, un nouveau personnage apparaît, le journaliste Joël Bonnemaison. Dans les années 1970, il a été un cadre du Front national, et sera élu local de ce parti dans les années 1980. À son deuxième mariage, ses deux témoins seront Alexandre Hébert et… Jean-Marie Le Pen. Par un coup de baguette magique, il est devenu lambertiste, avant de se rapprocher d’un certain Philippe de Villiers.
Quatre, Hébert donne en octobre 1999 une interview au journal du Front national Français d’abord. Il y dénonce « les nouvelles structures totalitaires » que l’Union européenne serait en train de bâtir, et accuse froidement la CGT de corruption sur fonds européens. La direction nationale de FO rappelle alors « qu’aucun dirigeant de FO n’est habilité à entretenir des contacts avec le FN, dont elle dénonce régulièrement le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ».
Hébert s’en contrefout et déclare à Ouest-France dans la foulée : « Je n’ai jamais été dupe de ce que la diabolisation du Front national avait pour principale utilité de permettre à la gauche de se faire élire. »
L’OCI, quel beau parti.
Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 17/07/2024