Lithium : cet or blanc !

« La mine, non », « Stop mine » : à l’approche d’Échassières, dans l’Allier, les oppositions au nouveau projet de mine sont vives.

C’est ici qu’Imerys compte exploiter un gisement de lithium, sur son site d’extraction actuel de kaolin (argile), un minerai extrait ici depuis 1850. Un projet d’ampleur, qui se déploierait à des kilomètres à la ronde.

Car, outre les galeries d’extraction à plus de 400 mètres de profondeur et un site de concassage souterrain, une usine dite de concentration serait construite à la surface pour séparer les minéraux contenus dans le granit. Et deux autres sites seraient prévus dans le département : une plateforme de chargement, à Saint-Bonnet-de-Rochefort, et l’usine dite de conversion, pour le raffinage du minerai, à Montluçon.

Un minerai stratégique

Emili, pour Exploitation de MIca lithinifère, est le plus gros projet prévu en métropole depuis cinquante ans.

Les prévisions de l’industriel ont de quoi faire tourner la tête : vingt-cinq années d’exploitation à partir de 2028, 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium extraites par an, 500 à 600 emplois directs et 1 000 emplois indirects. Compte tenu des conséquences que ce projet pourrait avoir sur le territoire, la Commission nationale du débat public (CNDP) a décidé d’organiser un débat, du 11 mars au 7 juillet 2024.

Lors de la troisième réunion publique, organisée à Échassières le 26 mars 2024, l’ambiance était crispée. « Je ne veux pas de la mine, je suis contre les voitures individuelles. Mais ici, on galère à conserver les quelques trains qu’on a », confie Sam, un militant de Stop Mines 03.

Car le lithium, un métal alcalin léger et conducteur, est nécessaire à la fabrication des batteries de type lithium-ion – les plus performantes aujourd’hui –, destinées aux véhicules électriques. Ce nouvel « or blanc » est extrait principalement en Australie, au Chili et en Chine.

Mais la fièvre gagne : l’Union européenne a décidé d’interdire la vente de voitures thermiques à partir de 2035 pour atteindre son objectif de neutralité carbone. Imerys prévoit que le lithium d’Échassières pourrait alimenter près de 700 000 batteries par an. Un argument de poids pour le gouvernement, qui soutient le projet, le ministre de l’Économie mettant en avant la souveraineté et la sécurité de l’approvisionnement.

[…]

La pertinence du projet est cependant mise en cause par un certain nombre de citoyens et d’associations environnementales. La croissance de la demande de lithium n’est pas à encourager aveuglément, avertit Antoine Gatet, président de France Nature Environnement (FNE) : « On va remplacer les véhicules thermiques par des électriques. Mais des voitures très lourdes, qui vont nécessiter des batteries énormes. On va détruire des territoires pour satisfaire les besoins de personnes qui ont les moyens de s’acheter de grosses bagnoles ! »

Sauf que le lithium n’est pas uniquement destiné aux batteries des véhicules, objecte Jean-Paul Boyer, coordinateur du secteur mines à la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME)-CGT : « Les batteries sont également utilisées dans d’autres usages quotidiens, la transition informatique etc. »

Le président de FNE déplore néanmoins un processus à rebours des urgences : « On devrait réfléchir à des politiques de sobriété (…) et de mobilités qui font en sorte qu’on a besoin de moins de voitures. Et sur cette base-là, déterminer les besoins, puis les modes d’exploitation. » Une conception partagée par les associations locales présentes à la réunion publique du 26 mars : « Il faut une vraie transition, pas quelque chose qui favorisera les industriels », réfléchit Sam. « Pourquoi le lithium ? Dans quelle société a-t-on envie de vivre ? » interroge Ghislaine, militante de FNE.

Signe que le sujet intéresse localement, plus de 200 personnes ont participé à ce troisième débat public, dans une ambiance parfois électrique entre les représentants des associations et une partie des riverains, inquiets mais peu opposés au projet. […]

Cependant, des inquiétudes émergent de toutes parts sur l’accès à l’énergie ou les vibrations. Face au public, les représentants d’Imerys se veulent rassurants : des sismomètres « vont enregistrer la vibration. Nous avons des seuils à ne pas dépasser ». Pour eux, il s’agit d’un projet « responsable » : la mine souterraine évitera la majorité des poussières et des nuisances sonores, remblayée au fur et à mesure avec les roches issues de l’extraction. Et l’acheminement du minerai sera assuré jusqu’aux autres sites par canalisations souterraines, puis par voie ferroviaire.

Des impacts majeurs sur l’environnement

Ces arguments ne convainquent pas forcément. Le conseil municipal de Saint-Bonnet, labellisée « Station verte », a ainsi voté contre l’installation de la plateforme de chargement. L’implantation d’une mine n’est pas sans conséquences, rappelle Antoine Gatet : « Il faut concasser, traiter avec des produits chimiques pour sortir le minerai qui contient le lithium. » Et son impact sur l’environnement est majeur. Outre les stériles remblayés, des résidus resteront à stocker. […]


Jessica Stephan. L’Humanité. Source (Extraits)


5 réflexions sur “Lithium : cet or blanc !

  1. Carolyonne89 06/06/2024 / 7h10

    Oui j’avais lu qu’il en était question, mais l’extraction de lithium est extrêmement polluante et gourmande en eau je crois aussi, alors échanger un borgne contre un aveugle, je ne vois pas l’intérêt écologique, d’autant que ces fameuses batteries seront enduites des déchets envoyés dans des pays pauvres, qui tomberont malades, et pollueront pendant très longtemps..elle est où la notion d’environnement là ? D’autre part je lis deci delà que des forages pétroliers émergent tant en Afrique que même en île de France, tout près d’une nappe phréatique qui alimente Paris, euh! On se ficherait pas de notre goule là franchement ???

  2. Carolyonne89 06/06/2024 / 7h11

    Impossible d’accéder a l’article de l’humanité

  3. bernarddominik 06/06/2024 / 8h13

    Et le pire c’est que les technologies qui se préparent en demanderont encore plus, comme la fusion nucléaire, et le second métal qui va bientôt manquer est le tungstène.

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