La question fondamentale quand on parle d’IA, c’est : à quoi ça sert ?
La réponse n’étonnera personne : augmenter, encore et toujours, la productivité, et par là même alimenter ce vieux mythe de la croissance infinie qui a encore de beaux jours devant lui.
Ah, quel beau coup de com que le lancement de ChatGPT… Fin 2022, OpenAl annonçait à grand fracas mettre à disposition de l’Humanité son robot conversationnel absolument formidable. Tous les curieux sont allés voir ce que la bête avait dans le ventre. Et là, même les sceptiques ont bien dû admettre que cette machine donnait l’illusion assez bluffante de maîtriser le langage. ChatGPT écrit avec moins de fautes d’orthographe que pas mal d’internautes qui squattent les forums de discussion de la presse populaire…
Les plus naïfs ont pu s’enthousiasmer pour ce premier contact avec une « intelligence » différente de la nôtre. Tout cela n’est que de la poudre aux yeux (pour le moment) : ChatGPT ne réfléchit pas et n’a aucune conscience. C’est juste un modèle mathématique couplé à une base de données gigantesque qui assemble des phrases selon des probabilités. À telle question posée, il apporte la réponse la plus probable en fonction de milliards d’occurrences qu’il a pu analyser. Il n’en reste pas moins que c’est une prouesse incroyable.
Les pékins complices des requins
Du point de vue de la recherche fondamentale, c’est un progrès indiscutable. Ce qui l’est moins, c’est d’avoir accordé l’accès à ce monstre à n’importe quel pékin. Certes, en multipliant les utilisateurs, on accélère la vitesse à laquelle le modèle s’améliore. On pourrait parler de science participative. Mais qu’on ne vienne pas nous faire croire que les dirigeants d’OpenAI n’avaient pas une autre idée derrière la tête.
Les patrons de cette entreprise, pas plus que ceux des autres géants de la Silicon Valley, ne sont pas des philanthropes. Sam Altman est un libertarien de la pire espèce : il croit fermement que le monde appartient aux entrepreneurs hardis à qui il convient de faciliter la tâche à travers une dérégulation totale. La solution à tous les problèmes universels se trouve dans un capitalisme effréné basé sur le mythe de la croissance infinie. Les plus malins méritent bien leur pognon et les autres peuvent crever.
En gros. Sam Altman et ses associés avaient forcément conscience qu’une fois libéré dans la nature, ChatGPT serait rapidement exploité par d’autres requins dans leur genre. L’usage du modèle de langage s’est effectivement répandu comme une traînée de poudre dans l’économie, avec la collaboration active d’une tripotée d’idiots utiles, accros à la technologie et autres théoriciens numériques à la recherche d’un nouveau filon, qui ont fait gratuitement la promotion de ChatGPT et vulgarisé son application au boulot.
Apprentis sorciers… au chômage
L’argument pour y avoir recours ? Toujours le même, bien entendu ! L’augmentation de la productivité ! Doublé d’une IA, un employé de bureau peut booster son rendement de 40% ! Promesse mirobolante pour les patrons, espoir d’échapper aux tâches répétitives et fastidieuses pour les grouillots. Quelle époque merveilleuse ! Oui mais… Augmenter la productivité, ça sert à quoi, au fond ?
La réponse ne s’est pas fait attendre longtemps. Quatre mois après l’arrivée de ChatGPT, près de 50% des entreprises qui l’avaient adopté ont commencé à licencier ! Produire davantage avec moins de monde, comme c’est original !
La différence avec, par exemple, l’avènement du travail à la chaîne au XXe siècle, c’est qu’ici la nouveauté n’a pas toujours été imposée par les patrons. Les employés ont parfois été les artisans de cette fuite en avant absurde. Pression pour rester compétitifs, désir d’être les premiers sur un segment en développement afin de peut-être tirer son épingle du jeu ou plus prosaïquement fainéantise ont motivé certains à se montrer pionniers de cette nouvelle pratique. Rarement les salariés auront scié la branche sur laquelle ils sont assis avec autant d’enthousiasme…
Le monstre est lâché
Un retour en arrière paraît hautement improbable. Le mot magique de « rendement » a été prononcé et on voit mal les patrons renoncer aux gains déjà acquis. Le monstre ChatGPT a été lâché avec une désinvolture coupable et il ne va pas s’arrêter de dévorer des emplois aussi facilement.
Cataclysme écologique
Si l’impact n’était qu’économique, il s’agirait déjà d’une catastrophe majeure, dont on ne fait par ailleurs qu’entrevoir les conséquences. Mais cela s’accompagne d’un cataclysme écologique annoncé. L’IA consomme de l’électricité comme un ogre. Un moteur de recherche sur le web dopé à l’IA quadruple la consommation énergétique de chaque requête. Et ce n’est rien à côté de ce que bouffe ChatGPT. On commence à mettre de l’IA partout, surtout là où c’est superflu, parce que c’est à la mode. Toutes les sociétés spécialisées investissent en ce moment des dizaines de milliards pour construire des fermes de serveurs destinées à assouvir les besoins du monde en IA artificiellement créés et qui n’existaient pas il y a une année et demie ! Avec également à la clé des besoins gigantesques en eau pour refroidir les processeurs. En Irlande, hub de la tech européenne et tête de pont de la Silicon Valley sur le Vieux Continent, 20% de l’électricité est déjà absorbée par les serveurs.
Mais bon, on ne va pas se plaindre, ou bien ? Puisqu’on vous dit que les rendements au travail augmentent ! C’est quand même tout ce qui compte !
Stéphane Babey. Vigousse – 31/05/2024
La fragilité de ces énormes algorithmes posera la question de la responsabilité et lorsque les entreprises commenceront à perdre des milliers de procès, l’homme reprendra sa place dans les processus de décision.
Puissiez vous avoir raison
Oui l’IA c’est terrible pour l’avenir et le pire c’est que si tout y est relié demain et qu’il y a une panne mondiale d’électricité et réseaux, via peut être une tempête solaire géomagnétique pourquoi pas, on se retrouvera dans des situations dramatiques aussi, comme dans » ravages » de Barjavel par exemple…voire pire encore
Ce serait beau comme un camion, si l’IA permettait de comprendre, d’aider à règler tous les dysfonctionnements, tous les trous dans la raquette de nos administrations.. 1)Je pense à l’école, qui manque de profs, dont on ferme des classes, en surchargeant les autres, à leur projet de réforme qui fait réagir parents, enseignants et jeunes, 2)à l’hôpital qui ferme de temps à autre ses urgences, qui pleure ses infirmières.. qui n’a plus de maternités dans plusieurs départements dont les Ardennes, l’Yonne.. 3)à la Poste côté distribution du courrier, aléatoire ici, 4)aux transports et au futur bazar pendant les JOP2024 pour circuler à Paris, prévoyez vos baskets.. 5)dans l’énergie…avec tous, les fournisseurs.. par exemple…c’est du quotidien, et çà parle à tous et à chacun..