Un candidat venu de Matignon…

…  très en train pour la SNCF

L’ex-premier ministre recasé patron de la RATP Jean Castex, rêve de prendre les commandes du train à Jean-Pierre Farandou, le patron de la SNCF. Ce dernier sera renvoyé après les Jeux olympiques pour avoir signé, le 22 avril, un accord avec les syndicats prévoyant des fins de carrière anticipées pour certains cheminots.

« La droite — et la droite de la Macronie — s’est déchaînée contre le méchant Farandou, accusé de détricoter la réforme des retraites aux frais du contribuable », déplore un observa­teur au sein de la maison.

A l’image d’Edouard Philippe ou du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui a fait mine de découvrir l’arrangement. Et l’ex-PDG de la SNCF, Loïk Le Floch-Prigent, s’en est donné à cœur joie, criant au « scandale » sur CNews.

Castex lui a savonné la planche plus discrètement, en « tentant d’embarquer dans une campagne anti-Farandou Valérie Pécresse, la présidente LR d’Ile-de-France Mobilités, une structure qui finance la RATP et la SNCF », assure un expert du rail. Pourtant, l’ancien Premier ministre le jure : il a encore beaucoup de choses à faire à la RATP et ne pense pas au train. « Le Jeannot joue à se faire désirer », s’amuse un ex-ministre.

Une certitude : en vrai ferrovipathe (passionné de tchouk-tchouk), « le Jeannot » a eu l’occasion, depuis Matignon, d’imposer à Farandou ses lignes de chemin de fer. On lui doit la paternité de plusieurs projets aussi symboliques que déficitaires : le train des primeurs entre Rungis et Perpignan, le projet d’autoroute ferroviaire pour trimballer quelques camions entre Cherbourg et l’Espagne, et le retour des trains de nuit, relookés en vitesse et tractés par de vieilles locos parfois en panne. Autant de cadeaux empoisonnés pour l’entreprise publique, qui y est allée à reculons.

L’avis duraille

Depuis le parachutage de Castex à la RATP, en 2022, son entreprise taille de féroces croupières à celle de Farandou. Cette année, elle a délogé Keolis, la filiale de la SNCF, du métro de Lyon et d’un marché au Pays basque. À l’inverse, l’ex-Premier ministre vitupère la SNCF, qui veut l’attaquer en Australie.

Reste à espérer que cette stratégie remettra d’équerre les comptes des filiales de la RATP : 127 millions d’euros de pertes en 2023, malgré les 50 millions de subventions filés par le gouvernement Borne (« Le Canard », 20/12/23). De son côté, la SNCF a affiché, l’an passé, 1,3 milliard d’euros de bénéfices. Cette pugnacité de Castex — et ses dépenses — a amélioré le moral des troupes. En renonçant, par exemple, au projet de sa prédécesseuse d’embarquer la RATP dans l’aventure des taxis volants. Idem avec les rallonges et les gratifications telle la prime JO (jusqu’à 1700 suros), pardi !

« Jusqu’à présent, Castex a eu le beau rôle, mais, pour arriver à faire tourner correctement les bus, les métros et le RER, il faudra mener un travail ingrat, d’autant que toutes les activités de la Régie vont être mises en concurrence », analyse un administrateur. Bref, c’est le moment d’emprunter la correspondance RATP-SNCF. Un scénario semble ficelé : président de Réseau de transport d’électricité, Xavier Piechaczyk, un ex-conseiller de Hollande que « Le Monde » (7/5) a annoncé à la SNCF, prendrait plutôt la place de Jeannot à la RATP.

Mais peut-on, déontologiquement, sauter d’une boîte publique concurrente à une autre ? Un précédent existe avec Anne-Marie Idrac, passée en 2006 de la RATP à la SNCF. Sauf qu’à l’époque les deux boîtes ne se disputaient pas des contrats de TER auprès des régions. « On en reparlera après les JO, car, si jamais la RATP se vautre pendant, les chances de Castex vont forcément fondre », augure un député Renaissance.

Pas grave : l’Élysée a justement plusieurs candidats en réserve…


Article signé des initiales J. C. Le Canard enchaîné. 29/05/2024


2 réflexions sur “Un candidat venu de Matignon…

  1. bernarddominik 06/06/2024 / 8h20

    Les batailles d’enarques finissent toujours par s’arranger par un autre gâteau qui tombe à point. Castex aura la SNCF et n’y résoudra rien, et Farandou autre chose, pourquoi pas la RATP, où il creusera, à défaut de tunnels, le déficit.

  2. tatchou92 06/06/2024 / 18h34

    C’est beau, la Fraternité, la Solidarité entre « camarades ».. Les JOP2024 = un buisson d’épines dans le pied de chacun avec les agents, qui vont certes percevoir des primes, mais qui ne pourront poser de congés pendant les 2 périodes…tant pis pour la famille, les mômes.. heureusement, un peu de manne bien méritée tombera du ciel.. logique.
    – si vous devez venir aux JOP achetez vos titres de transports maintenant.. après Madame Pecresse salera l’addition, nous sommes prévenus.. et ne cherchez pas un hôtel sur Paris ou petite couronne..

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