L’École au pas.

Examens à tous les étages et retour à une transmission purement verticale des savoirs : le RN veut remettre la pression sur les élèves et « libérer » définitivement l’école du « pédagogisme »

La perspective de l’arrivée au pouvoir aurait-elle rallié le Rassemblement national à la cause des syndicats enseignants ? La rentrée 2024 devait être celle du « choc des savoirs » de Gabriel Attal, avec, notamment, ses groupes de niveau en maths et en français pour les élèves de sixième-cinquième, très contestés par le terrain.

En cas de victoire du RN, Roger Chudeau, député sortant du Loir-et-Cher et Monsieur Éducation du parti, assure qu’il redonnera la main aux professeurs : « Les éternelles réformes imposées par le haut ne marchent pas. Il faut respecter l’autonomie des établissements. A fortiori dans l’éducation prioritaire où les équipes doivent disposer d’une grande liberté pour répondre aux besoins de leur public. »

Retour au roman national

Etrange. Le même Roger Chudeau n’avait-il pas applaudi l’annonce du « choc » cet automne, accusant même le Premier ministre de plagiat ? Et le parti lepéniste n’a-t-il pas prôné avec constance l’orientation professionnelle précoce des élèves (dès la quatrième) et la fin du collège unique ?

Roger Chudeau lève toute ambiguïté : l’école n’étant pas un « supermarché », les « billevesées pédagogistes » n’y auront plus cours et elle se concentrera sur la « transmission verticale des savoirs » le maître parle, l’enfant écoute.

Bien que la recherche scientifique s’accorde de manière unanime sur le fait que ces « bonnes vieilles méthodes » sont à la fois peu efficaces et totalement inégalitaires… Mais l’objectif est-il vraiment d’armer intellectuellement les enfants ?

Si les programmes doivent être renforcés en éducation prioritaire, c’est surtout « en histoire » afin que « nos petites têtes blondes, ou plutôt têtes brunes (sic) comprennent qu’on est en république et qu’ils sont des citoyens français, avant d’être des citoyens du monde ». Le retour du roman national en somme.

En bon connaisseur de la maison, l’ancien haut fonctionnaire — il fut inspecteur d’académie, inspecteur général et conseiller des anciens ministres de l’Education Gilles de Robien ou François Fillon sait néanmoins que rien ne s’y fait contre les enseignants.

Comment résoudre alors la quadrature du cercle ? Par une transformation de la formation initiale, retirée aux universitaires et confiée à des maîtres chevronnés, acquis aux « bonnes pratiques ». Mais surtout par une sélection accrue des élèves.

Les résultats du brevet et du bac — dont le niveau sera fortement relevé — décideront seuls de l’affectation au lycée (général) et dans le supérieur. Et un nouvel examen sera institué à la fin du CM2 pour l’entrée au collège. « Cela poussera les enseignants à ajuster leurs méthodes et on pourra enfin s’assurer que la culture minimale attendue d’un jeune citoyen soit acquise. »

Questions de genre

Quid des « perturbateurs récidivistes » qui résisteraient à cette mise au pas ?

Ils seront « affectés à titre définitif » dans des « centres de réinsertion et d’orientation professionnelle », dotés d’internats où ils retrouveront, toujours selon les termes de Roger Chudeau, « les jeunes radicalisés qui terrorisent les jeunes filles et mettent un bazar noir dans les cours pendant le ramadan ».

Pour le reste, les « associations de drag-queens » n’interviendront plus sur les questions de genre.

Même chose pour le Planning familial, qui prend en charge des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle afin de prévenir les violences et conduites à risque.

Son tort : expliquer par égard pour les transidentités que le « pénis est juste un pénis, pas un organe sexuel mâle ». Il se verra couper les fonds.


Gurvan Le Guellec. Le Nouvel Obs. N° 3116. 20/06/2024


2 réflexions sur “L’École au pas.

  1. bernarddominik 29/06/2024 / 8h34

    D’un extrême à l’autre. Avec le RN c’est la fin du raisonnable

  2. tatchou92 29/06/2024 / 21h46

    il ne va pas faire bon d’être enseignant, ni délégué Parent d’élève… si..

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