L’« audiovisuel » façon RN

La vengeance de Marine Le Pen

La patronne du groupe RN à l’Assemblée s’est toujours estimée maltraitée par les « médias étatiques ». Elle entend les privatiser, mais n’a jamais détaillé son plan

Où trouver des marges de manœuvre financières ? « La privatisation du service public de l’audiovisuel, c’est 3 milliards d’euros ! », a clamé Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national (RN), sur RMC-BFMTV. Sitôt au pouvoir, s’en prendre à l’audiovisuel public, c’est un indiscutable marqueur illibéral. Mais privatiser plutôt qu’installer des hommes liges, voilà qui est original.

Marine Le Pen pare sa mesure idéologique des atours du libéralisme économique, jugeant ce secteur « pléthorique, émietté, redondant et coûteux », sans jamais détailler la faisabilité d’une telle promesse. Elle a même théorisé sa position dans le magazine « Causeur » en 2021 : « Les médias étatiques sont la marque des régimes autoritaires, des médias libres et régulés, celle des démocraties confiantes et apaisées. »

En réalité, ce projet a le goût délicieux d’une vengeance macérée de longue date.

Se proclamer maltraitée sur les antennes publiques, même si elles respectent scrupuleusement les temps de parole du RN, est devenu une posture. En 2017, David Pujadas (France 2) confronte Marine Le Pen à la photo de l’un de ses proches, Axel Loustau, faisant le salut nazi. « Vous êtes le service public, réagit-elle, mais vous pouvez continuer à utiliser ces méthodes de voyou avec l’argent des contribuables ! »

DÉNONCIATION DU « SYSTÈME »

Deux ans plus tôt, sur France-Inter, quand Patrick Cohen diffuse ex abrupto une interview de Christiane Taubira dont Marine Le Pen a, dit-il, « manipulé les déclarations », elle s’offusque : « Donc, en fait, votre émission est un tribunal, on avait compris… notez. » Récemment, Jordan Bardella, sujet d’un « Complément d’enquête » sur France 2 en janvier, s’est indigné qu’un nouveau numéro sur le RN soit déjà en tournage : « Quel autre parti a droit à ce privilège ? L’acharnement se poursuit, et avec vos impôts. »

Sans relâche, Marine Le Pen daube sur « le système » dont l’audiovisuel public serait une pièce majeure, et sur Anne-Sophie Lapix, sa représentante emblématique. Présentatrice du 20-heures, celle-ci a la circonstance aggravante d’être « mariée avec le patron de Publicis, elle participe donc, disons par mariage, d’un système qui me combattra jusqu’au dernier moment parce que je le combats. »

Elle a récusé la journaliste comme arbitre du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle en 2022. Quant à la PDG Delphine Ernotte, elle incarne, selon elle, la sujétion au pouvoir, vu sa « relation amicale avec Monsieur Macron, ils se tutoient, ils s’embrassent, ils se disent tu reviens quand tu veux ».

DÉLIT D’ARROGANCE

Ultime argument : ces chaînes mépriseraient les Français. Dans « Quelle époque ! », en 2022, Jordan Bardella, exaspéré par « l’arrogance » de Christophe Dechavanne, l’avait exhorté à du « respect », le renvoyant à son statut passé d’animateur de « la Roue de la fortune » et de « la Ferme célébrités », si populaires parmi les électeurs du RN, lesquels lui ont « permis de gagner beaucoup d’argent ».

Mais comment pourrait se passer, concrètement, une privatisation de l’audiovisuel public ? Marine Le Pen le sait-elle elle-même ? En 2022, son programme promettait déjà cette mesure. « Vous avez une idée du coût de France 3 ?, l’avait cueillie, hors micro, une dirigeante de la chaîne, selon son récit à « l’Obs ».

C’est 440 millions d’euros pour le réseau régional, 300 pour le national ! Vous voyez un privé mettre cet argent ? » Instant de surprise, puis réaction sidérante : « Bah, s’était esclaffée Marine Le Pen, si personne n’en veut, on garde ! »


Véronique Groussard. Le Nouvel Obs. N° 3116. 20/06/2024


2 réflexions sur “L’« audiovisuel » façon RN

  1. bernarddominik 29/06/2024 / 11h42

    J’ai écouté sur France Info l’interview de Sébastien Chenu, la journaliste n’arrivait pas à masquer sa haine, sur la baisse de tva sur les carburants elle insistait que ça ne favorisait que les riches qui ont des grosses voitures, oubliant les millions d’habitants des zones rurales pour qui la voiture est indispensable. Elle a répété une dizaine de fois cet argument. En fin de compte elle a légitime l’idée que le RN était maltraité par les médias publics. Je constate de plus en plus que les journalistes des médias publics (tv radio) font la propagande de Macron, même sur ce que le monde entier condamne (comme l’intervention en Ukraine, je lis les journaux espagnols régulièrement Macron y est décrit comme un mégalomane manquant de bon sens)

  2. tatchou92 29/06/2024 / 21h19

    çà promet si…

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