« Bardella, l’irrésistible ascension ? »
Au-dessus du bandeau de LCI, Darius Rochebin vante le « talent de scène » du président du RN.
Le politologue Dominique Reynié juge « très impressionnante la mutation de la figure politique en une personnalité du monde du spectacle, de la communication ».
À la grande joie des éditorialistes. « Est-ce que ce phénomène peut aller jusqu’au pouvoir ? , s’enquiert le présentateur.
— La compétition Bardella-Le Pen va être de plus en plus engagée, prédit le politologue Jérôme Jaffré. Le jeu médiatique et politique construira une compétition entre eux ».
LCI s’y emploie déjà. « C’est inéluctable ? — Inéluctable.
L’Ifop a testé les intentions de vote pour 2027 dans un cas avec Marine Le Pen, dans l’autre avec Jordan Bardella. » Les sondages sont formels, il existe une rivalité Bardella-Le Pen dans les sondages.
« Nous avons une fantastique compétition qui s’ouvre ». Fantastique, en effet.
« Votre avis personnel sur Bardella?» Jérôme Jaffré loue sa « capacité à maîtriser les dossiers et l’argumentation », estime que, « pour le débusquer », il faut se demander « quelle politique il propose. Mais la question se posera pas pour les européennes, elle se posera pour 2027 ». Promis, on ne parle pas politique.
Une heure après, au-dessus du bandeau « Bardella/Le Pen : bientôt rivaux?», Darius Rochebin lance un reportage.
« Paul Larrouturou a demandé aux spectateurs d’un meeting RN leur préférence ».
« Pour qui vous allez voter à la prochaine présidentielle ?
— Jordan Bardella » Ah bon, il est candidat ?
« Jordan » « Jordan Bardella. » Ah oui, il est candidat. « Jordan Bardella.
— Pourquoi?
— Parce qu’il est beau »
« Jordan. Il est plus jeune et il a plus d’idées que Marine. »
En plateau, Luc Ferry plussoie : « J’ai regardé son débat avec Mme Hayer et je l’ai trouvé absolument excellent, vraiment très, très intelligent. Les jeunes se reconnaissent en lui, beaucoup de femmes aussi le trouvent très séduisant. Il est très talentueux. » Et très beau.
Le lendemain, Marine Le Pen contre-attaque lors d’une interview sur BFMTV. Maxime Switek en anime le débrief avec un quarteron d’éditorialistes.
« Elle a été assez claire, assez convaincante, admire Christophe Barbier.
— Elle a essayé de trouver un juste milieu, apprécie Amandine Atalaya.
— Une approche plus pragmatique, opine Matthieu Croissandeau.
— Le discours de quelqu’un qui se prépare à prendre le pouvoir», juge Neila Latrous.
Maxime Switek lance un extrait où Marine Le Pen vante « un duo performant qui [la] verrait candidate à la présidentielle et lui [Bardella, ndlr] Premier ministre si [elle est] élue ».
« La question, reprend l’animateur, c’est de savoir si Jordan Bardella peut faire de l’ombre à Marine Le Pen. » On y revient.
Matthieu Croissandeau estime que l’une promeut l’autre « pour montrer qu’elle n’est pas seule. C’est aussi le rôle des députés qu’on voit de plus en plus dans les médias ». Tout en soulignant la « fibre sociale » de Marine Le Pen, Neila Latrous approuve : « Certains députés sont envoyés au front pour montrer qu’elle n’est pas esseulée, qu’elle serait en mesure de composer un gouvernement ».
Le soir, Yves Calvi clame
– « Ce ticket Le Pen présidente-Bardella Premier ministre est devenu une évidence. Est-ce qu’il peut être un concurrent ?
— C’est très parisien et assez journalistique (sic) de penser que Bardella serait aussi présidentiable que Marine Le Pen, conteste Tugdual Denis, de Valeurs actuelles.
Regardez-la quand elle se rend sur un marché, elle a un professionnalisme, une empathie, un personnage plus abouti que celui de Bardella. » S’il est excellent, elle est encore meilleure.
Yves Calvi insiste : « Y a pas de danger Bardella pour Mme Le Pen ?
— II n’y a aucun risque, assure Guillaume Tabard, du Figaro. Notre sondage testait les deux hypothèses. Au second tour, quel que soit l’adversaire, Marine Le Pen gagne là où Bardella fait jeu égal »
Espérons un second tour Bardella-Le Pen pour le vérifier.
En attendant, Yves Calvi sollicite Sébastien Chenu, député RN. « On a l’impression que Marine Le Pen nous présente un ticket avec Jordan Bardella. » Non, pas possible ?
« Oui, c’est exactement ça. » Surprise.
« Donc vous nous présentez très clairement Marine Le Pen à l’Élysée et lui Premier ministre ». Non, pas possible ? « Oui. » Re-surprise.
« On a fait le procès à Marine Le Pen d’être seule, de ne pas savoir avec qui elle gouvernerait, poursuit le député. Eh bien elle est en train de faire monter des hommes et des femmes qui seront demain aux avant-postes. »
Coïncidence, de très zélés éditorialistes s’échinent à le répéter. « Il reste moins d’un mois de campagne, conclut Yves Calvi.
Les autres partis peuvent-ils espérer parler d’autre chose que de la vie politique française, ce qu’on vient de faire avec Sébastien Chenu ? »
C’est mal parti
Samuel Gontier. Télérama N°3879. 15/05/2024