On a bio dire, on a bio faire…

Le bio, nouvel or vert ? Pas vraiment.

La preuve avec l’exploitation (de taille moyenne — 120 ha) de Françoise et Paul, dans la région Centre. Le couple y cultive du blé, des lentilles, du lin, de la luzerne, des féveroles (pour nourrir les bêtes) et se demande s’il va continuer. Françoise et Paul sont passés au bio en 2004 pour « raison de santé », et sans regrets.

C’est davantage de travail, mais les résultats sont là : ils gardent les sols couverts de végétaux en permanence, tandis que les champs labourés des voisins se creusent sous la pluie, 40 cm au-dessous des leurs. Le cochon de la maison, qui, nourri en « chimie », pesait 120 kg, en atteint 250 avec la même quantité d’aliments bio, etc. Mais voilà : ils ont gagné en 2023 deux fois moins que l’année précédente.

Pourtant, Bruxelles, avec sa politique agricole commune (PAC), verse bien une prime à l’hectare (au tarif valable cinq ans). Passe encore que la note explicative pour la réclamer fasse 100 pages. Mais l’annonce de 110 euros par hectare bio est un rien trompeuse. Primo, toutes les surfaces ne comptent pas, et on raisonne non en surface mais en « droits à paiement de base » (DBP). De plus, au moment de payer, l’Etat n’a retenu que 85 euros par DBP, et la confiance en a pris un coup.

Car, en plus, les cultivateurs, bio ou pas, passent des heures, voire des dizaines d’heures, à trouver la meilleure stratégie pour optimiser les cultures avant de remplir la déclaration en ligne pour la PAC. Pas question de tricher ou de se tromper : un satellite photographie la ferme toutes les semaines. Dès que le robot croit déceler une erreur, vos DBP peuvent sauter. De quoi s’énerver quelque peu. Pour tout arranger, la retraite de Françoise fout le camp : elle a cotisé vingt ans comme « conjoint collaborateur », mais ce régime est désormais obsolète. A 50 ans, il lui faut trouver du travail et « opter pour un statut plus protecteur », comme l’a expliqué au « Canard » le ministère de l’Agriculture. Y a qu’à traverser la rue !

Là-dessus, le prix du blé bio a baissé de moitié depuis un an. Celui des lentilles et autres protéines, un peu moins.

Lâcher l’affaire ? Les repreneurs ne manquent pas. Quand Paul en a hérité, en 1985, sa propriété était la plus grosse du coin. Aujourd’hui, elle est entourée d’exploitations de 400 et 500 ha, aux mains d’investisseurs qui lorgnent les terres de Paul. Eux récoltent du colza pour les huiles de moteur et du blé pour l’éthanol en chimie, avec de hauts rendements. Mais impossible de vendre à de jeunes agriculteurs. Le couple a investi 1 million d’euros dans le matériel, et le prix de l’hectare reste haut. Place, donc, aux gros propriétaires. Avec cette question : si la terre ne nourrit plus ceux qui la cultivent, peut-elle nourrir les autres ?


Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 17/04/2024


Une réflexion sur “On a bio dire, on a bio faire…

  1. bernarddominik 25/04/2024 / 8h47

    Il faut rétablir la nourriture saine et qui protège l’environnement au cœur de notre vie. Pour cela il faut changer les mides de vie de consommation. Ramener les produits à leur vrai prix, ce qui signifie moins acheter de produits industriels de vêtements.

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