Hausser les impôts…

… bien sûr contre, sauf pour certains !

« Un choc fiscal pour les gens », qui « explique beaucoup de la rupture » entre l’exécutif et les Français. Voilà ce que disait Manuel Valls en octobre 2015, à propos des hausses d’impôts décidées par le percepteur en chef, François Hollande. À l’été 2013, Pierre Moscovici, alors ministre des Finances, évoquait, lui, un « ras-le-bol fiscal ».

Le choc a en effet été rude : hausse de l’impôt sur le revenu et de la fiscalité locale, suppression de la « demi-part fiscale » pour les veuves, etc. Les prélèvements obligatoires ont bondi sous le règne de l’énarque au scooter.

Résultat : une chute historique dans les sondages dès septembre 2012, à peine arrivé au pouvoir. En 2011, Nicolas Sarkozy, qui répétait qu’il n’avait « pas été élu pour augmenter les impôts », faisait la même expérience : hausses d’impôts, chute de popularité. Nicolas puis François paieront cash leur main lourde sur la fiscalité lors de l’échéance électorale suivante.

À l’inverse, au moment de la campagne présidentielle de 2017, la promesse d’Emmanuel Macron, en février, de supprimer la taxe d’habitation (pour un coût de 20 milliards d’euros) a été son premier pas décisif vers le pouvoir.

Début février 2017, Manu bénéficie de 21 % des intentions de vote, à mi-chemin entre François Fillon (19 %) et Marine Le Pen (24 %). Fin mars, le futur président se détache, avec 26 % des suffrages, devant Le Pen (25 %) et Fillon (18 %). Ce bond de 5 points en quelques semaines lui donnera une avance décisive.

Une suppression de taxe compensée par l’État auprès des collectivités locales, grandes perdantes de l’histoire, mais sans aucune hausse de la fiscalité, youpi ! Or la taxe d’habitation est très variable d’une commune à l’autre. Il est alors possible d’observer finement le lien entre les gains monétaires attendus par les électeurs-contribuables — différents d’une commune à l’autre — et les votes supplémentaires engrangés par Emmanuel Macron.

L’économiste français Antoine Levy, professeur à l’université de Berkeley, en Californie, estime ainsi, dans sa thèse intitulée « Essays in Spatial Economics », à 1,3 million de voix le nombre de nouveaux électeurs conquis par le candidat de l’extrême centre avec cette seule promesse. Un nombre considérable, puisque, lors du premier tour, Macron ne devancera Marine Le Pen que de 970 000 voix (et Jean-Luc Mélenchon de 1600 000).

La leçon est claire : augmenter les impôts vous rend impopulaire ; promettre de les baisser peut vous faire gagner une élection. C’est d’ailleurs sans doute aussi parce qu’il a vécu de l’intérieur le naufrage démocratique du président Hollande qu’Emmanuel Macron ne veut pas augmenter les impôts. Mais, bien sûr, il va être obligé de le faire, et il le fait déjà, par exemple en diminuant les remboursements de santé.

Le constat est net : les Français détestent les impôts. Une situation aggravée par la haine de sa personne qu’Emmanuel Macron aura pris plaisir à créer, qui a contaminé l’État et l’ensemble des élus. Ainsi, Libé a beau claironner, dans son édition du 24 mars, que l’idée de taxer davantage les plus fortunés et les grandes entreprises « revient en force », son propre sondage montre l’inverse.

Seule la « taxation temporaire des superprofits » est soutenue à 65 %. Un nouvel impôt sur la fortune (ISF) ? On tombe à 52 % de oui.

Augmenter les impôts sur les bénéfices des entreprises, accroître la fiscalité du capital ? Seulement un tiers des personnes le souhaitent !

Alors que les résultats record du CAC 40, les profits dingues des banques et de Total sont partout, que l’État a sauvé les fesses de toutes les boîtes au prix d’un endettement public colossal, et qu’il y a mille chantiers à financer — école, hôpital, écologie, défense — , une majorité de Français refuse une réelle justice fiscale.

Bref, les vraies hausses d’im­pôts, personne n’en veut, même lors d’un simple sondage. Alors, quand il s’agira d’aller mettre un bulletin dans l’urne…


Gilles Raveaud. Charlie Hebdo. 03/04/2004


2 réflexions sur “Hausser les impôts…

  1. bernarddominik 06/04/2024 / 7h48

    Le vrai problème c’est « qui paye » . Quand on voit que cma cgm ne paie que 2% d’impôts Arnault et Bolloré 12%, et qu’un petit cadre en plus de ses 10 à 18% de csg paie de 15 à 25% d’impôts il y a de quoi ruer dans les brancards.

  2. tatchou92 06/04/2024 / 16h00

    Un autre exemple, parmi d’autres : nous avions acquis un appartement de 4 pièces, tout électrique, à proximité des transports et des magasins, dans une ville sympa. Mon voisin, membre du conseil syndical, me faisait hier, part de son inquiétude, avec l’augmentation à venir de l’électricité, après celle de l’an dernier… Il règle aujourd’hui 260€ mensuellement, (famille de 4 personnes), soit autant que les charges mensuelles de la copro.. en percevant 2.000€ de salaire. Son épouse garde désormais des enfants.. il y a hélas des situations beaucoup plus graves…
    Cela m’amène à penser :
    qu’EDF et les autres distributeurs n’auront plus besoin de couper l’électricité chez ceux qui sont en retard de paiement… les abonnés le font déjà d’eux mêmes..
    – que de nombreuses voitures restent déjà en stationnement sur les parkings, (prix du carburant), que les bus seront un peu plus bondés, et moins à l’heure,
    – que les paniers des ménagères seront moins garnis, les repas moins variés, les gamins seront heureusement accueillis dans les restos scolaires municipaux,
    – une réflexion : comment les EHPAD, et autres établissements d’accueils de personnes âgées, de jeunes, d’enfants, d’handicapés, vont-ils s’en sortir, sans majorer les tarifs de manière excessive, pour garder leurs « pensionnaires » ou « personnes accueillies » et en réglant toutes les charges de personnel ?
    – comment les citoyens pourront-ils faire face à toutes leurs obligations, avec toutes les hausses des assurances, des mutuelles, la faiblesse des salaires et retraites, les déremboursements annoncés de médocs, de forfaits, et autres douceurs ?
    – une partie de la population risque la maltrution, sera mal soignée..perdra peut être son boulot, allons nous vers un serrage de ceinture général ? subir et « la fermer » ou réagir solidairement, en pensant aussi à nos enfants et aux enseignements de nos parents..

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