Pompompidou!

Sorti précipitamment de la scène politique les pieds devant, Georges Pompidou fait un retour triomphal à droite, au prétexte de l’anniversaire de sa mort, le 2 avril 1974.

Il y a cinquante ans, le natif de Montboudif roulait en Porsche sur les voies sur berge, fumait des Winston à l’Élysée et bronzait à Saint-Tropez.

Désormais, les Porsche sont électriques, les voies sur berge qui portent son nom sont fermées aux autos, Saint-Tropez est diorisé, il est interdit de fumer dans les lieux publics, et le Centre Pompidou ferme pour cinq ans. Tout a changé sauf le cancer et la banque Rothschild, qui s’enorgueillit toujours de former les meil­leurs chefs d’État français…

La droite, en mal de héros depuis une éternité, a trouvé en Pompidou son grand homme de demain. François-Xavier Bellamy se trimballe avec l’« Anthologie de la poésie française » de l’Auvergnat pour tenter d’acquérir un peu d’épaisseur. « Le Figaro magazine » l’érige en « modèle pour aujourd’hui ».

David Lisnard, le maire de Cannes, qui a de l’ambition, tire les leçons du pompidolisme dans un livre. Parmi lesquelles sa lutte contre la bureaucratie qui « pinaille ». Ah ! le bon sens paysan de l’agrégé de lettres qui conduit une politique industrielle à grands coups de nucléaire, d’Airbus, de TGV, d’Ariane, avec pour fil conducteur « la compétitivité internationale et la concentration des unités de production ». Ce que le dauphin Chirac ne cessera de piétiner en cédant au libéralisme le plus thatchérien dans les années 80.

L’ode d’aujourd’hui à Pompidou est surtout un réquisitoire contre les hommes de droite qui lui ont succédé, de Giscard à Sarkozy. Après les Trente Glorieuses, les cinquante piteuses ?

Sa « France heureuse, prospère et réconciliée avec elle-même », comme l’écrit Nicolas Baverez, est gangrenée par le chômage et la dette, rétrécie par la mondialisation, divisée par l’intolérance de l’extrême droite, et ses paysans sont dans la rue. La France des années 70 a bien disparu. Pompidou est mort, Romy Schneider s’est enfuie et Bellamy est tête de liste LR aux européennes, alors que Pompidou le connaissait héros de Maupassant.

En automobile comme en politique, un « modèle » de cinquante ans d’âge n’est pas un modèle d’avenir, au mieux une nostalgie, au pire un anachronisme. De l’Auvergnat, sans façon, il ne reste que le Cantal, dira-t-on.


Signé des initiales J.-M. Th. Le Canard enchaîné. 27/03/24


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