L’ecologie a la trappe

Promesses du second quinquennat : l’écologie est sacrifiée pour cause de déficit budgétaire français trop important. En quelques mois, les priorités du gouvernement ont changé.

Bruno Le Maire commence à serrer la vis sur les déficits abyssaux du budget public : depuis le Covid, ils dépassent allègrement la barre des 3% que doivent respecter tous les membres de la zone euro, sans qu’aucun citoyen ait l’impression que les services publics se portent bien pour autant, mais ils vont encore se dégrader puisque le ministre de l’Économie coupe en urgence 10 milliards d’euros dans ses dépenses, avant une nouvelle coupe de 12 milliards l’an prochain.

Il pourrait agir autrement, en augmentant les recettes par exemple, mais Bruno Le Maire refuse de toucher à la fiscalité, des Français les plus riches ou les entreprises les plus profitables, avec toujours le même argument : ne les embêtons pas, ce sont eux qui créent les emplois.
Alors, il embête les autres.

Face à l’urgence budgétaire, à la peur que les agences de notation dégradent le classement de la dette française au printemps — et sa réputation par la même occasion —, Bruno Le Maire raille dans les dépenses de tous. Et d’abord dans la transition écologique, comme dans MaPrimeRénov qui sera rabotée de 1 milliard. Les ménages les plus fragiles comptent aussi parmi ses victimes puisque le chèque carburant de 100 euros qu’ils touchent quand le litre d’essence avoisine les 2 euros disparaît également.

D’un point de vue écologique, supprimer cette incitation à émettre du CO2 n’est pas une mauvaise chose. Du point de vue social, c’est une injustice parce que ce sont les Français les moins bien payés qui ont le plus besoin de leurs quatre roues : ceux qui habitent le plus loin de leur travail et ont le moins de transports en commun à leur disposition.

Or, ces Français paient le même impôt sur leur carburant que les autres : c’est l’injustice des mécanismes de taxation uniformes. Et c’est parce que le prix de l’essence est composé à 52 % de taxes que le sujet explose régulièrement : l’insurrection des « gilets jaunes » avait bloqué un doublement de la taxe carbone prévu en 2020, alors que ce petit prélèvement d’environ 10 centimes par litre d’essence est destiné à nous désintoxiquer de cette source d’énergie polluante.

Ainsi, le problème reste entier : comment financer la transition écologique ?

L’an dernier, un excellent rapport avait fixé un cadre : Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz ont chiffré les investissements nécessaires à 66 milliards d’euros par an jusqu’en 2030, dont la moitié devrait être des aides publiques. C’est le minimum indispensable pour électrifier les transports, isoler les immeubles et transformer l’industrie.

Les deux spécialistes conseillaient de demander une contribution exceptionnelle aux Français les plus riches, proposition rejetée par le gouvernement qui n’a donc le choix qu’entre deux solutions : ne pas en faire assez (voire en faire moins et couper dans les aides existantes, comme il vient de le décider) ; ou faire payer l’ensemble des Français, et par conséquent augmenter fortement la taxe carbone.

Mais serait-ce possible sans recréer un nouveau chaos sur les ronds-points ?

La Drees (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) vient de sonder les Français : globalement, six sur dix acceptent une hausse de la taxe carbone si elle s’accompagne de mesures de redistribution et d’aides à la transition. Ceux qui l’acceptent le mieux sont ceux qui gagnent le mieux leur vie et qui ont des transports en commun à leur disposition. Les ruraux, ceux qui sont obligés de rouler, sont le moins d’accord (ainsi qu’une partie des Français les plus privilégiés…).

Comment compenser leur désavantage ?

À l’heure actuelle, la petite taxe carbone est versée dans le budget global de l’État pour financer ce qu’il faut financer, écologique ou pas… et plutôt pas, en réalité, compte tenu des nombreuses urgences qui se présentent. Tant que les victimes du réchauffement ne manifesteront pas dans les rues, comme le font les agriculteurs et avant eux les transporteurs routiers ou les « gilets jaunes », il n’y aura nulle urgence à écouter leurs doléances. Et la redistribution écologique sera oubliée au passage.


Claude Soula. L’Obs. N° 3100. 29/02/2024


3 réflexions sur “L’ecologie a la trappe

  1. bernarddominik 02/03/2024 / 15h17

    Que suggère Mr Soula? Que l’ont achète l’essence en fonction de sa feuille d’impôts ? Le problème de l’état français? Son budget est taillé pour un pays resté au porte plume et au boulier. C’est la conception même de son fonctionnement qui est à revoir si tout en prenant la moitié de la richesse produite on veut continuer un projet social de redistribution. Vaut il mieux payer les courgettes 3€ le kg et recevoir 0,50€ d’aide ou le payer 2€ le kg sans aide? J’ai résumé là le paradoxe français.

    • Libres jugements 02/03/2024 / 15h52

      J’avoue Bernard, être interloqué par ton analyse de certains articles postés sur ce blog.
      Il ne me dérange pas de payer des courgettes 3 € le kilo à condition d’avoir un salaire qui me permet de les acheter ce prix-là. Le problème est avant tout fort bien signalé dans cet article : certains se gavent alors que la majorité de la population se sert la ceinture. Pour moi, voilà ce qui est dénoncé dans cet article et cette lecture me convie parfaitement.
      MC

  2. tatchou92 02/03/2024 / 17h45

    Ils prennent les citoyens, électeurs, contribuables..pour des »Américains… » et se fichent carrément de nous..
    Si on cumule le plein du carburant, avec l’augmentation des assurances, des transports publics, des péages, de l’électricité, du gaz, des mutuelles, avec les prix des denrées alimentaires de base,
    les déremboursements de médicaments et forfaits, dépassements d’honoraires,
    la hausse des loyers et charges, la rafle sur les APL, qui fait également souffrir les OPHLM qui la perçoivent très souvent directement.. par précaution et trésorerie,
    que restera-t-il pour vivre, aux smicards, aux retraités modestes, et à ceux qu’ils vont contraindre à bosser plus longtemps..
    Alors que les associations caritatives voient diminuer les aides financières et denrées cédées par les boutiques.,, combien d’enfants, de familles monoparentales, de retraités rejoindront demain celles et ceux qui dorment déjà dans la rue ??
    Mais la République sait et a su recevoir… j’ai encore au travers de la gorge, le faste organisé à Versailles, avec des centaines d’invités pour recevoir dignement LEURS GRACIEUSES MAJESTES BRITANNIQUES…

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