L’engagé, mais pas toujours engageant Vert macronien au Parlement européen ne compte pas que des amis, y compris dans son propre camp.

Il n’est pas si fréquent qu’un député européen se fasse crucifier sur les réseaux sociaux.
En général, il n’y a pas une personne sur cent pour connaître son nom. Mais Pascal Canfin, pourtant peu connu, a fait l’objet d’un traitement spécial quand la révolte des agriculteurs a éclaté.
Le très puissant président de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire a pris cher. Saloperie, petit écolo de merde, fais gaffe quand tu traverses la rue, on sait où vit ta famille, envie de te crever.
Qui étaient-ils, ces courageux maniant l’insulte et soufflant sur les braises peinards derrière leur écran ? « Difficile de le savoir, vraisemblablement des excités qui ne savaient même pas qui il était la veille, sans compter tous les faux comptes sortis d’on ne sait où pour l’occasion », lâche un fonctionnaire européen.
Ce qui est beaucoup plus étonnant, c’est qu’il ait fallu quatre jours à la délégation française de Renew Europe, son parti, pour lui poster un message de soutien.
Comme le disent les macroniens dans leur sabir inimitable, Canfin, c’est un gars qui est « compliqué dans le relationnel ».
Cet écologiste de 49 ans, qui a été ministre du Développement sous Hollande et a rejoint les rangs macronistes en 2019, est devenu la tête de Turc de toute la droite au Parlement européen, qui lui reproche son dogmatisme, son ton cassant — « un stal de l’écologie », expression couramment entendue — et son côté « hors sol ».
« Est-ce que vous croyez que Canfin irait passer quelques heures au Salon de l’agriculture, ne serait-ce que pour rencontrer des éleveurs, des céréaliers et discuter avec eux ? Bien sûr que non », assène un eurodéputé membre de sa commission.
Maître de raison
Canfin n’a nul besoin de se confronter à qui que ce soit : il a raison. Il connaît ses dossiers sur le bout des doigts et ne se gêne pas pour intervenir dans ceux des autres. Toujours avec ce petit ton sec et définitif qui lui vaut des ennemis partout : chez les écolos, qui ne lui pardonnent pas sa défection, chez les agriculteurs, qui lui reprochent de méconnaître leur quotidien, mais aussi dans son nouveau groupe, Renew, celui des centristes européens, lassés de le voir arriver dans les réunions avec des textes déjà ficelés, ce qui exclut a priori toute discussion. Il a une équipe de choc faite de jeunes technos très bosseurs, les « Canfin boys », qualifiés au Parlement de « petits dictateurs ».
Il s’était offert les services d’un conseiller corn’ de chez Havas, très pro, qui lui décrochait des invitations dans les matinales radio ou télé.
Sa connaissance de la matière, sa technicité et son brio à l’oral séduisent Macron, qui lui propose de succéder à Hulot quand ce dernier démissionne, en 2018. Il refuse, explique partout que le compte n’y est pas. Le compte ?
Canfin s’était montré tellement gourmand, souhaitant se voir flanqué de deux secrétaires d’Etat et exercer une tutelle sur Bercy et l’Industrie, que les négociations ont alors capoté, En novembre 2018, il refuse d’être tête de liste pour les européennes, mais, en mars 2019, il accepte finalement une place de numéro deux sur la liste.
Explication : le « contexte historique » et la « poussée des nationalismes » lui imposent de « prendre [s’es responsabilités ». « Tu parles, il a vu le temps passer, il s’est dit qu’il n’aurait pas de poste important à Bruxelles, alors il s’est rallié », rigole un socialiste.
Soulèvements de l’amer
Canfin a beau se présenter comme un pragmatique, il pratique peu le compromis. « Quand il était ministre du Développement, sous Hollande, il a refusé que la France apporte son soutien à la construction d’une centrale à charbon à Dakar. Il ne voulait entendre parler que d’énergies renouvelables, mais le Sénégal n’en voulait pas. Il a refusé de financer le projet et Dakar s’est tourné vers les Chinois », se souvient un chef d’entreprise franco-sénégalais.
Aujourd’hui, le brillant écolo est beaucoup moins apprécié à l’Élysée. Son équipe est à l’origine des cafouillages en chaîne autour de l’invitation du collectif Les Soulèvements de la Terre au Salon de l’agriculture, qui a fortement irrité les syndicats agricoles. Et Macron est partisan de freiner le Green Deal européen, ce qui tend leurs relations.
Le vent a tourné, et Canfin pourrait en faire les frais. « Au Parlement, on va lui rogner les ailes, c’est sûr Il ne récupérera pas sa présidence de commission et va mal vivre le fait de redevenir un parlementaire sans guère de pouvoir, lui qui a été ministre et président de WWF France, avant d’être le tout-puissant Monsieur Agriculture », prédit un « camarade » macroniste. C’est vrai que Canfin ne rencontre jamais d’électeurs, ils sont trop bas de plafond. A Renew, on dit qu’il « vit dans un espace déconnecté du ressenti ».
Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 06/03/2024
Le dogmatisme n’est pas une bonne méthode. Ce qui compte c’est en fin de compte ce qui se passe, pas les possibilités enterrées. Ne pas s’adapter au terrain est une erreur qui peut être lourde de conséquences.
En vérité, il y a toujours eu des dogmes: Cultuelle, sociétale, civilisationnelle reste à savoir quelle est la prégnance que l’on peut leur accorder dans un système de société quelconque.