La voiture autonome fait plouf

Enfin une bonne nouvelle. L’opération « Titan » a échoué.

Elle a coûté quelques milliards de dollars à la multinationale Apple, qui l’a lancée voilà dix ans (et se refuse à en donner le montant exact). Il s’agissait de mettre au point la voiture électrique sans pédales ni volant : cette fameuse voiture autonome qui allait nous faire entrer dans un monde furieusement nouveau.

Au lieu de regarder bêtement la route et le paysage, les occupants du véhicule de demain allaient désormais avoir du temps de cerveau disponible pour surfer sur le Net, dévorer des séries et des messages publicitaires, et passer commande de tas de trucs.

Les géants Google, Apple et Uber triomphaient, qui étaient les premiers sur les rangs. Le marché promettait d’être formidablement juteux. Les chauffeurs de taxi et les routiers s’apprê­taient à pointer au chômage.

Au Mondial de l’automobile 2018, à Paris, Renault exhibait un prototype de voiture autonome futuriste genre Batmobile qui ébahissait le badaud : « Tu peux rentrer chez toi complètement bourré ! » (« Plouf », 17/10/18).

Cette année-là, Macron annonçait pour 2020 l’arrivée des voitures autonomes sur les routes françaises, et conseillait aux faibles d’esprit que nous sommes de ne surtout pas en « avoir peur ».

Il faut dire qu’en mars de cette même année une voiture autonome expérimentale avait écrasé une piétonne en Arizona. De grands débats éthiques désopilants s’étaient en suivis. Comment programmer une voiture autonome qui n’aurait pas d’autre choix que d’écraser des piétons et sauver ses passagers ou épargner les pié­tons et sacrifier ses passagers ? L’idée était que, commercialement, ce serait peut-être mieux d’envoyer les piétons ad patres. On s’amusait bien.

Cahin-caha, la voiture autonome continuait de tracer son chemin. Voilà un an, la Californie autorisait Cruise, une filiale de General Motors, à lâcher ses petits bijoux d’intelligence connectée dans les rues de San Francisco. Victoire ! Ce n’était qu’un début, les États-Unis tout entiers allaient bientôt y passer !

Ça n’a pas duré plus de huit mois. Le temps pour une Cruise de percuter un camion de pompiers qui s’approchait d’un carrefour toutes sirènes hurlantes, et pour une autre d’écrabouiller carrément une piétonne qui traversait au feu rouge. Dès novembre, les autorités californiennes interdisaient les voitures autonomes, et General Motors fermait sa chaîne de production.

Que reste-t-il de ce grand bluff technologique ?

A ce jour, beaucoup de vent. Quelques constructeurs automobiles qui s’acharnent, comme Honda, Mercedes-Benz et Tesla. Quelques start-up françaises comme EasyMile (sic), qui promet des minibus autonomes dans le centre de Châteauroux en 2026.

Des équipementiers comme Valeo, qui cherchent à imposer leurs lidars, des scanners à balayage infrarouge, et autres gadgets. « Mais beaucoup d’automobilistes désactivent les fonctions d’assistance lorsqu’ils se mettent au volant », se plaint un ponte de Valeo (« Le Figaro », 23/8/23).

Comme c’est bizarre : ils veulent être autonomes !


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 06/03/2024


4 réflexions sur “La voiture autonome fait plouf

  1. Anonyme 13/03/2024 / 11h38

    Bonjour Michel, c’est dommage car une voiture autonome pour nous « les Vieux à la campagne » aurait été utile , tant pis bonne journée Amicalement MTH

    • Libres jugements 13/03/2024 / 14h16

      Dans un temps — qui fut plus que lointain maintenant — passait une micheline dans les villages des alentours, pourquoi ne pas remettre ce moyen de déplacement à l’ordre du jour…
      Amitié. Michel

      • tatchou92 17/03/2024 / 19h07

        Oui, il serait très utile de remettre en fonction ces lignes qui rendaient de très nombreux services à la population : j’ai longtemps utilisé une telle micheline pour rentrer chez mes parents lorsque j’étais en pension au lycée, et y retourner le dimanche soir. Il y avait aussi des lignes de bus, qui emmenaient les personnes au marché voisin et avaient des correspondances entre elles..Les villageois ne sont pas tous motorisés, et ont aussi le droit de ne plus vouloir ou pouvoir conduire. Il semble qu’il existe heureusement encore un service de « ramassage »des élèves pour les emmener au collège et les ramener le soir. Cette réflexion est valable aussi pour les bureaux de poste ruraux, les brigades de gendarmerie, les services de l’équipement…

  2. bernarddominik 13/03/2024 / 13h39

    Cela montre bien les limites de l’IA. Et il y a la question de la responsabilité: un programme informatique peut-il être responsable? En réalité pas lui mais le constructeur automobile. Quant à la desactivation des automatisme, oui c’est plus prudent. Sur ma Honda j’ai un contrôle de trajectoire, je l’enlève systématiquement, car il ne sait pas appréhender les cas exceptionnels: un tracteur, une voiture qui est à gauche sur une route à 2 voies etc. Pour l’instant il manque à l’IA 2 caractéristiques du cerveau: le bon sens et l’examen critique du résultat. En effet si ses algorithmes donnent un résultat l’algorithme de contrôle possède la même base de connaissances et de logique il ne peut donc s’auto contrôler. Quant au bon sens on ne sait pas encore le programmer.

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