Des entrées de ville rendues à la nature…

…aux quartiers revitalisés, les idées et les initiatives fusent pour rendre plus attrayant notre pays à l’horizon 2050.

Rêvons.

Nous sommes en 2050 et la France a beaucoup changé. Elle a lutté contre le dérèglement climatique, rééquilibré villes et campagnes, mais aussi résorbé la crise du logement. Tout a commencé trente ans plus tôt.

En 2021, la loi a fixé le cap : diminuer de moitié dès 2030 le bétonnage ou l’asphaltage des espaces agricoles, naturels et forestiers. Et l’arrêter totalement en 2050. C’est le fameux ZAN, « zéro artificialisation nette » : on ne pourra occuper la « pleine terre » que si l’on « renature » l’équivalent ailleurs. « L’urbanisme a toujours été associé à l’idée de conquête, de Far West. Désormais, pour la première fois, nous allons devoir penser la pénurie du sol. Ça va être passionnant », estime l’architecte et urbaniste François Leclercq. Il va falloir concilier cet objectif avec la nécessité de créer des logements. On ne sait trop quel se­ra le résultat. Mais on peut essayer de songer à quoi res­semblera ce pays si les bonnes décisions sont prises.

  • Entrées de ville : au bon accueil

Fini la France moche, ces marées de hangars qui sub­mergent les villes. En 2050, dans notre utopie, la moitié des mille cinq cents zones commerciales que compte l’Hexagone auraient disparu. Les autres, rattrapées par l’urbanisation, seraient profondément remaniées. Pour le coup, on ne rêve pas trop. « D’après les projections des spécialistes, 60 % des surfaces commerciales ne seront plus rentables en 2030, indique François Leclercq, qui a participé à la préparation de leur plan de transformation, lancé par le gouvernement en septembre 2023. Les entreprises de la grande distribution ont envie de bouger. Elles considèrent elles-mêmes leur modèle comme obsolète : la vente en ligne leur fait concurrence, et leurs salariés ne veulent plus prendre la voiture pour aller y travailler. »

Les zones qui subsisteront seront plus compactes, mieux intégrées au tissu urbain. « On en viendra forcément à la question de la beauté et de la qualité spatiale », espère Christine Leconte, présidente du Conseil de l’ordre des architectes. Une grande partie des immenses parkings peut être rendue à la nature, ou reconvertie en quartiers regroupant logements, commerces, services publics. Mais il faut des financements. Car aujourd’hui, ces hectares appartiennent au privé, et les communes n’ont pas les moyens de les racheter.

On risque donc d’assister à de banales opérations immobilières. À moins que… « Les pouvoirs publics pourraient appliquer le principe pollueur-payeur, avance l’urbaniste Patrick Henry, professeur à l’École d’architecture de Paris-Belle-ville. Ils pourraient s’adresser ainsi aux opérateurs : « En construisant ces boîtes en tôle, vous avez imperméabilisé le sol, détruit des zones humides, des forêts, des champs. Vous les abandonnez parce qu’elles ne marchent plus, et vous voulez vous redévelopper ailleurs. Nous vous donnons l’autorisation à condition que vous les rendiez à la nature ou que vous cédiez le foncier à la collectivité ».

Dans ces nouveaux quartiers, les bâtiments se répartiraient, par exemple, selon les préceptes de l’urbaniste David Mangin : « Une ville passante, poreuse et profonde, pensée en termes d’itinéraires confortables pour les piétons et les cyclistes. » Des immeubles collectifs hauts ou basseraient construits sur des parcelles réduites.

Ils auraient de grands appartements, HLM et privés, prolongés par des balcons et des terrasses, avec des fenêtres dans toutes les pièces pour l’aération. Des rues animées concentreraient activités et boutiques. Elles donneraient sur des cours où l’on trouverait ateliers d’artisans ou cabinets médicaux, et sur des « allées résidentielles » bordées de « maisons mitoyennes avec de vrais jardins à l’arrière » ou avec des patios. Des places seraient aménagées devant la mairie annexe, l’école, le théâtre… Car évidemment on n’oublierait pas la culture.

  • Des zones d’activités moins mornes

Lancées dans les années 1950 sous le nom de zones industrielles, les ZAE (zones d’activités économiques) accueillent bureaux, petites industries, entrepôts entourés de nappes de parkings. Elles forment ce que le média en ligne Zevillage, spécialisé dans l’étude des conditions de travail, appelle la « France morne ». Notre pays en compte entre vingt et trente mille. Elles aussi sont démesurées, mal fichues, vieillissantes, pléthoriques. S’y ajoutent les récentes et envahissantes « plates-formes logistiques ».

« Ce sont des opérations immobilières à rentabilisation rapide, explique Patrick Henry. Souvent, ces zones sont gérées comme des copropriétés. Personne ne se sent responsable de rien, et elles finissent par faire faillite parce que les entreprises s’en vont et que les équipements sont obsolètes. En fait, on fabrique de la ruine, de la friche ».

L’agence Syvil Architectures propose donc de les « intensifier » en ajoutant des étages, en urbanisant les parkings, et de les rendre plus avenantes en traçant des pistes cyclables, en prévoyant des jardins où les salariés puissent déjeuner. Un peu comme ce que Syvil a imaginé dans une étude pour le parc d’activités des Mureaux, dans les Yvelines.

On pourrait aussi en récupérer une partie pour construire des logements, comme entre Rungis et Thiais, au sud de Paris. Ou les res­tituer à la nature et ramener activités et entrepôts en ville, près des gares. Car dans la France de 2050, bien sûr, on aurait renoncé au tout-voiture et au tout-camion.

  • Hissez le pavillon

Les quartiers pavillonnaires, principale cause de l’étalement urbain, en deviendraient-ils le remède ? Dans le Grand Paris, un groupe d’architectes, iudo, expérimente une solution originale : sans mordre sur les jardins, il invite les propriétaires à transformer leur pavillon pour qu’il abrite un ou deux logements de plus. En le divisant, en le rehaussant d’un étage, en construisant au-dessus du garage.

En moyenne, en Île-de-France, on pourrait obtenir « cent mètres carrés de plus par maison individuelle », affirme Benjamin Aubry, cofondateur de iudo. Soit un potentiel (très théorique) de deux millions de logements. Le tout par un travail « en dentelle », parcelle par parcelle, pendant des décennies. « Les villes grandissaient ainsi autrefois. » Benjamin Aubry habite lui-même une maison transformée en trois appartements aux Lilas, près de Paris « Ces petits ensembles font naître des liens de solidarité inattendus. Nous restons indépendants mais nous connaissons nos voisins, on s’entraide. La ville du futur, je l’imagine de cette manière, comme un faubourg. »

Elle ressemblerait au Japon, où les ar­chitectes rivalisent d’invention sur d’étroits terrains. Serait-ce le stade ultime de l’urbanisme libéral, comme le craint Patrick Henry ? Pour y parer, Benjamin Aubry plaide pour un statut de « promoteur civil », permettant aux particuliers de créer des logements locatifs avec l’accompagnement d’un architecte, garant de la législation. Et suggère de revoir la fiscalité pour que l’habitat ainsi conçu soit soumis à une taxe finançant les équipements collectifs.

  • Villes et villages : la balle au centre

La France morte ? Depuis les années 2010, les centres des villes moyennes, des bourgs et des villages se dépeuplent. Le journaliste Olivier Razemon l’a raconté en 2016 dans Comment la France a tué ses villes. Les magasins ont fermé, coulés par la prolifération des zones commerciales. Les habitants qui en avaient les moyens sont partis construire en périphérie une maison avec jardin : les bourgs ruraux et les communes à habitat dispersé abritent 30 % de la population, mais produisent 64 % de l’artificialisation. Dans les secteurs où la demande en logements est forte (île-de-France, métropoles, côtes atlantique et méditerranéenne), des marchands de sommeil récupèrent les logis insalubres.

Ailleurs, là où le marché est « détendu », une partie du bâti ancien tombe en ruine. Le gouvernement l’a compris et a lancé les programmes Action coeur de ville et Petites Villes de demain, auxquels s’ajoute le Plan national de lutte contre les logements vacants. Mais près d’un sur dix reste vide, et même un sur trois dans certaines communes du Grand Est ! Il est urgent de rééquilibrer les territoires. En limitant la part de marché de la grande distribution.

En revitalisant les anciennes régions industrielles, pour y implanter, par exemple, des usines de médicaments. Et en changeant de politique agricole : une généralisation du bio (certes coûteuse sur le moment mais plus économique à long terme) déclencherait des embauches dans l’agriculture, amènerait de nouveaux habitants dans les villages et les bourgs. On peut adapter leur tissu historique aux modes de vie modernes. « Il ne faut pas avoir peur de retravailler l’existant, assure Christine Leconte. Lorsque les logements anciens n’ont pas d’espace extérieur, rien n’empêche d’ajouter une terrasse, de soustraire une partie d’un bâtiment pour créer une cour. Et s’ils sont trop petits, on peut en réunir deux ».

D’autant que ce bâti a des qualités : ses murs épais protègent mieux des canicules que le parpaing. Et si l’on préfère le neuf, il est possible d’en construire en se glissant en centre-ville. C’est ainsi que, sur une parcelle de trente mètres carrés à Châlons-en-Champagne, l’architecte, sociologue et auteur de BD Romain Rousseaux-Perin a bâti sa première maison « Habio », Habitat individuel optimisé.

Pour rénover ces villages et ces vieux quartiers, rien de plus « décarboné » que les matériaux locaux et naturels. De même pour la construction neuve : paille, terre crue, chanvre, laine de bois… « J’ai abordé le sujet avec le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, confie Christine Leconte. Je lui ai dit : puisque vous voulez une loi « Industrie verte », vous devez travailler à des filières locales de matériaux.

Si l’État verse de l’argent pour rénover cinq millions de passoires thermiques, ce n’est pas pour aller chercher du polystyrène en Chine ! La transition écologique n’est pas une dépense, mais un investissement qui profitera ou territoire. Ils retrouveront des emplois non deslocalisables et une main-d’œuvre qualifiée, fiere d’exercer un métier gratifiant. Bruno Le Maire l’a fait noter par ses conseillers ». Depuis, on attend


Xavier de Jarcy. Télérama (Extraits) n° 3160. 03/01/2024


6 réflexions sur “Des entrées de ville rendues à la nature…

  1. christinenovalarue 06/01/2024 / 8h07

    Comme disait Alphonse Allais, mettons les villes à la campagne, l’air y sera plus respirable

    • Libres jugements 06/01/2024 / 10h20

      Merci Christine, Alphonse Allais, c’est ecolo avant l’heure…
      Amitiés Michel

  2. raannemari 06/01/2024 / 18h37

    A condition que les citadins ne soient pas dérangés par le chant des cloches, le cri du coq, le coassement des grenouilles, et les feuilles qui tombent sur leurs pelouses aseptisées !

    • Libres jugements 07/01/2024 / 11h58

      Ne faisons pas grand cas par certaines personnes, de la connerie humaine. Il y a quand même certains avantages à se retrouver en milieu rural plutôt que dans des tours de 20 étages à quatre par paliers, avec comme horizon d’autres cages à lapins ou les toitures alignées, encore faut-il admettre un certain nombre de contraintes… et de ne pas vieillir avec des problèmes de santé.
      Amitiés. Michel.

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