C’est toujours le même refrain…

… Un rapport très désherbant et pourtant…

Une chouette idée : dispenser une formation obligatoire à tous les agriculteurs pour qu’ils y aillent mollo sur les pesticides. C’est ce que prévoyait en 2021 la loi Egalim « pour une alimen­tation saine, sûre et durable ». Deux ans plus tard, cette initiative qui ambitionnait de réduire de 50 % l’usage des insecticides et autres herbicides d’ici à 2030 est… dans les choux.

Le 28 décembre, le ministère de l’Agriculture a discrètement sorti un décret qui repousse d’un an ladite obligation de formation. Motif : au 31 décembre 2023, 235 000 agriculteurs auraient dû être formés, or à peine 10 000 d’entre eux l’ont été.

Un fiasco prévisible, selon le tout récent rapport de la commission d’enquête parlementaire qui s’est penchée sur les raisons de l’incapacité de la France à diminuer l’utilisation des pesticides.

Dans ce document de 300 pages, publié le 21 décembre, le député rapporteur étrille une formation dispensée de façon collective alors qu’elle devait être taillée sur mesure, avec un diagnostic et un plan d’action adaptés à chaque exploitation.

Résultat : faute de formation, les agriculteurs continuent d’actionner à tout-va le pulvérisateur. Avec 43 000 tonnes aspergées chaque année, la France reste le premier utilisateur de pesticides en Europe.

Pourtant, il y a quinze ans, le premier plan Ecophyto annonçait une réduction de 50 % des quantités de pesticides pour 2018. Trois ans avant l’échéance, l’objectif a été repoussé à 2025. Rebelote en mars dernier, avec une troisième mouture du plan Ecophyto redonnant cinq ans de rab aux agriculteurs.

Un vrai bidon des Danaïdes, puisque peu ou prou 71 millions d’euros sont dépensés chaque année pour modérer l’aspersion de produits phytosanitaires dans les champs. De l’oseille semée « sans pilotage global » et « sans vision stratégique », dénonce le rapport parlementaire.

Cette incapacité des pouvoirs publics à moins « pesticider » plombe la ressource en eau potable. Sur les 35 000 captages que compte la France, 4 300 ont dû être Fermés du fait de teneurs excessives en nitrates et pesticides ».

Et le rapporteur de conclure à la sulfateuse : « La situation actuelle ne peut pas perdurer, car elle deviendra rapidement insoutenable : la pression chimique sur les masses d’eau ne faiblit pas et le changement climatique va inéluctablement aggraver cette problématique. »

Ce qui donne très moyennement envie de se bidonner.


Article non signé lu dans le Canard enchaîné. 10/01/2024


2 réflexions sur “C’est toujours le même refrain…

  1. bernarddominik 16/01/2024 / 12h14

    Très révélateur de l’amateurisme de l’équipe de Macron. Se fixer des objectifs ne suffit pas, il faut se donner les moyens de les atteindre et surtout suivre le projet .

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.