Europe : Paradis fiscaux plus intéressants que la paix.

L’Union européenne, c’est le lieu des « quatre libertés »…

  1. Liberté de circulation des biens,
  2. Liberté de circulation des services,
  3. Liberté de circulation des personnes
  4. Liberté de circulation des capitaux.

Qui pourrait être contre le fait de pouvoir franchir les frontières sans aucune contrainte, sans même s’en apercevoir ?

Mais, depuis trente ans déjà, il est possible d’acheter un passeport de certains pays. Cette invention, née à Saint-Kitts-et-Nevis (un microscopique État des Caraïbes), est la spécialité de Malte, pays membre de l’UE, qui accorde ses « visas dorés » à des trafiquants russes et chinois en échange de 1,2 million d’euros (1).

Or leurs milliards proviennent du pillage systématique, violent – il y a eu plein de morts – des immenses richesses de ces immenses pays. Et grâce à ce pillage, on peut donc devenir citoyen européen sans que, jusque très récemment, cela ne pose de problème à personne.

Comme l’explique l’expert planétaire de la chose, Christian Chavagneux, la minuscule île de Chypre, membre elle aussi de l’UE, reçoit à elle seule la moitié des investissements effectués à l’étranger des Russes, ce qui permet de dissimuler la véritable destination des placements des oligarques : Monaco ? la Chine ? des États corrompus ? Impossible de le savoir (2).

Non seulement, au grand dam des ONG comme Oxfam qui s’époumonent, l’UE ne fait rien pour lutter contre les innombrables paradis fiscaux de la planète, mais elle se réjouit d’en être un elle-même. Certes, le départ du Royaume-Uni a réduit un peu la liste – la City étant le pire, au point d’être surnommée Londongrad. Mais Malte, donc, le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas et même la si rigolote Belgique sont fiers d’être des lieux qui rendent la vie si facile aux trafiquants de drogue, d’armes et d’êtres humains.

Ces dernières années, des journalistes courageux ont révélé l’ampleur des détournements d’argent. Ces affaires se nomment « Pandora Papers », « Panama Papers », « OpenLux ».

À Malte, la journaliste Daphné Caruana Galizia a payé de sa vie son intérêt pour les achats de passeports dorés de milliardaires corrompus du monde entier : le 16 octobre 2017, lorsqu’elle a mis la clé dans sa voiture, au lieu de faire « vroum vroum », cela a fait « boum ». Qui s’en souvient ?

Voir l’article après les références

La semaine dernière, Emmanuel Macron a réuni les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Versailles, ville symbole de la démocratie à la française. Personne n’a mis la pression sur Malte, l’Irlande ou les Pays-Bas, affreux pays qui se permettent de nous donner des leçons de rigueur budgétaire, alors qu’ils pillent notre État par leurs impôts sur les entreprises inexistants. Savez-vous où sont situés les sièges sociaux de Renault, d’Airbus et de Peugeot ? À La Haye (3).

Pendant la pandémie de Covid, l’épargne (des personnes aisées) a explosé :175 milliards mis de côté en deux ans, une somme folle(4).

Cet argent, le vôtre peut-être, est placé par votre agence bancaire dans ces paradis fiscaux. À partir du moment où vous épargnez dans autre chose qu’un PEL ou un Livret A, vous alimentez les rouages de la finance internationale qui ruinent notre industrie, nos services publics, et sont indispensables à la mafia, à Amazon ou à Vladimir Poutine.

Macron et les autres viennent de découvrir, un peu tard, la sobriété énergétique. Peut-être vont-ils aussi se rendre compte que les paradis fiscaux, même européens, sont les tombeaux de nos démocraties ?


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 16 mars 2022


  1. Lire le remarquable article de la cellule investigation de Radio France : « « Projet Daphne »: quand Russes et Chinois se paient un passeport européen, à Malte, pour un million d’euros » ( francetvinfo.fr, 19 avril 2018). Voir l’article en dessous.
  2. «Comment Chypre et les Pays-Bas protègent la Russie des sanctions mondiales », de Christian Chavagneux (Alternatives économiques, 3 mars 2022).
  3. « Renault, Airbus et bientôt PSA-Fiat-Chrysler… Pourquoi leurs sièges sont aux Pays-Bas» (Le Dauphiné libéré, 31 octobre 2019).
  4. « L' »épargne Covid » estimée à 175 milliards d’euros sur deux ans» (Le Monde. 10 mars 2022).

« Il y a 15 ans, c’était une faute professionnelle de donner une info à un confrère »

Le journaliste Laurent Richard, fondateur de Forbidden Stories, une organisation qui vise à poursuivre les travaux de journalistes assassinés ou emprisonnés, était l’invité de franceinfo mercredi.

Il y a 6 mois la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia était assassinée à Malte, victime d’un attentat à la voiture piégée. Elle dénonçait la corruption qui fait rage dans son pays. 45 journalistes de 15 pays représentant 18 médias ont décidé de poursuivre son travail grâce au consortium Forbidden Stories. « C’est une forme d’assurance-vie de l’information », explique, sur FranceInfo, Laurent Richard, journaliste et fondateur de l’organisation Forbidden Stories.

franceinfo : C’est pour que ses assassins ne puissent pas faire taire Daphne Caruana Galizia que vous avez continué ses enquêtes ?

Laurent Richard : La première idée est de poursuivre les enquêtes et informer du mieux qu’on peut les Maltais et l’opinion publique internationale. Daphné Caruana Galizia a travaillé sur des affaires qui touchaient aussi au blanchiment d’argent international. C’est un enjeu d’intérêt général. On a exercé notre mission de journaliste de manière collaborative pour être plus précis et plus rigoureux. Pour avoir plus d’impact. Et aussi dire aux ennemis des journalistes : « Vous avez sans doute arrêté le messager, mais vous n’arrêterez pas le message ».

Malte fait partie des pays où les journalistes risquent leur vie ?

Ces 6 derniers mois, deux journalistes ont été assassinés au cœur de l’UE. Il y a un problème d’État de droit à Malte. À chaque fois qu’on s’attaque à un journaliste on s’attaque à un pilier fondamental, à la liberté de la presse, un pilier de nos démocraties. On devait répliquer et avoir une réponse journalistique. Dans cette collaboration il y a des partenaires maltais, notamment le Times of Malta. Ils effectuent un excellent travail. C’est essentiel de collaborer avec les journaux maltais. Montrer qu’ils ne sont pas tout seul dans cette affaire.

Forbidden Stories est une sorte de refuge pour les journalistes dans le monde ?

C’est une plateforme qui consiste à continuer les enquêtes des journalistes qui ont été violemment censurés, emprisonnés ou assassinés. Notre objectif est d’informer les populations sur des infos importantes. Sur la corruption, le blanchiment d’argent, les violations du droit humain. On propose également aux journalistes isolés ou en danger de mettre de côté les éléments de leurs enquêtes, car si un jour quelque chose leur arrive, on sera en mesure de continuer leur travail. C’est une forme d’assurance-vie de l’information, une collaboration au service de la protection des journalistes. 15 ans auparavant, c’était une faute professionnelle de donner une info à un confrère, on pouvait être licencié pour ça. Aujourd’hui, on a compris que la collaboration permet d’être plus précis et d’avoir un impact global.


franceinfo Radio France Publié le 18/04/2018 17:15 – Source


2 réflexions sur “Europe : Paradis fiscaux plus intéressants que la paix.

  1. bernarddominik 21/03/2022 / 07:26

    Il serait temps que l’UE se réveille et la justice se penche sur les biens mal acquis.

  2. jjbadeigtsorangefr 21/03/2022 / 08:22

    Les tréfonds boueux du système dénoncés valent condamnation à mort.

    Quelle pourriture, du courage, car il en faut pour la déblayer.
    Un bon bulletin de vote peut y contribuer…