Hausse de l’énergie. Matignon fait la gueule !

Pourvu que l’hiver soit clément !

Après la hausse de l’essence (plus 20 % en un an), après celle du gaz, qui a augmenté de 35 % depuis le début de l’année, c’est au tour de l’électricité de flamber.

Sur le marché de gros européen Powernext, le prix du mégawatt a doublé en neuf mois, atteignant, le 13 septembre, son plus haut niveau jamais enregistré : 104 euros !

Pour l’heure, cette envolée du prix du courant n’apparaît pas sur la facture des usagers. Selon Opéra Energie, un cabinet de conseil auprès des collectivités locales, elle devrait aboutir (au terme d’un calcul compliqué) à une facture en hausse de près de 10 %, à compter de février. Pour éviter un impact violent cet hiver, à quelques mois de la présidentielle, une partie du gouvernement se creuse la cervelle !

Angoissante inflation

La hausse du prix des électrons est évidemment due à la reprise économique mondiale, qui dope les besoins des professionnels, mais aussi à la flambée du prix du gaz (toujours en raison de la demande industrielle. En Europe, en effet, l’électricité est en grande partie produite par des centrales à gaz et à charbon coûteuses, qui, de surcroît, polluent et paient donc une lourde taxe sur le CO2. Pour que soit atteinte la neutralité carbone en 2050, cette ponction fiscale a été multipliée par plus de quatre en un an, dépassant aujourd’hui 60 euros la tonne) un niveau expliquant à lui seul plus du quart du prix du mégawatt électrique.

Quel rapport avec la France, dont 97 % de l’électricité provient de sources n’émettant pas de carbone (nucléaire ou énergies renouvelables), et qui ne devrait donc pas être pénalisée par la taxe ? Ceci : le prix de vente d’EDF, qui, pour les trois quarts de sa production, est partiellement indexé sur les prix européens, est frappé de plein fouet. Y a pas de justice !

La perspective de cette explosion du prix de l’énergie en plein hiver (quand les besoins des consommateurs sont au plus haut) « panique le gouvernement », assure un fin connaisseur du dossier. Matignon et la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) planchent donc sur divers scénarios.

Pas question de refaire le coup de Ségolène Royal, qui, en 2014, s’était posée en défenseuse du pouvoir d’achat et avait carrément refusé d’appliquer les augmentations de tarif décidées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Deux ans plus tard, le Conseil d’Etat avait ordonné le remboursement (par les abonnés) des sommes non payées.

Un triomphe… En 2019, Edouard Philippe, lui, avait tenté de la jouer plus fine. L’augmentation de 6 % prévue pendant l’hiver avait été reportée à l’été, à un moment où les températures sont en hausse et les factures en baisse. Là encore, la justice avait jugé la ficelle un peu grosse.

Stratégie des chèques

Autre piste : la CRE note que la hausse du prix de l’électricité réduit mécaniquement la subvention versée par l’Etat aux fournisseurs d’énergies renouvelables afin de leur permettre d’être au prix du marché. L’économie pour le budget, a-t-elle calculé, représentera 3 milliards en 2022. De quoi alimenter, par exemple, une augmentation du chèque énergie (150 euros en moyenne), versé à un nombre de bénéficiaires (6 millions) que l’on pourrait élargir lui aussi.

Le 13 septembre 2021, sur LCI, Bruno Le Maire a qualifié le chèque de « juste » et « efficace ». D’autant que cette aide devrait être distribuée… un mois avant la présidentielle ! Mais ce beau geste, même amplifié, ne suffira pas.

Reste la solution (que cajolent la CRE et EDF) d’augmenter de moitié la quantité d’électricité livrée par le groupe à ses concurrents (Total, Engie, etc.) à prix réduit : 42 euros le mégawatt, soit moins de la moitié du prix du marché : le rabais tirerait les factures des usagers vers le bas. Mais, comme EDF ne veut pas être le dindon de la farce en livrant à prix cassé une électricité qu’il pourrait vendre au prix fort sur le marché, il exige l’application d’une disposition du plan Hercule, retoqué en juillet pour cause d’opposition de Bruxelles, à savoir que ce prix réduit soit porté à 49 euros le mégawatt.

Un donnant-donnant qui permettrait peut-être d’éviter le court-circuit…


L’Allemagne a gagné une bataille

Le plan de relance européen de 750 milliards pourra financer des centrales à gaz, mais pas des « investissements dans le nucléaire », que la Commission ne considère pas comme une filière « verte ». Dommage pour les partisans de l’atome (dont la France), qui soulignent que celui-ci, contrairement au gaz, n’émet pratiquement pas de CO2.

Et une petite victoire pour l’Allemagne antinucléaire, qui, de son côté, veut faire reconnaître comme vert le gaz dont elle a besoin pour remplacer ses centrales atomiques. Prochain épisode du bras de fer franco-allemand : le débat sur la « taxonomie », qui va fixer, dans les textes de l’Union, ce qui est énergie verte et ce qui ne l’est pas. Ce sera sous la présidence européenne de la France.

Ambiance électrique garantie !


Hervé Martin – Le Canard Enchainé – 15/09/2021