Payés à se tourner les pouces.

Le ministre de l’Intérieur a failli la faire défiler sur les Champs-Élysées le 14-juillet 2021…

la CRS 8, que Gérald Darmanin a mise en place le 1ᵉʳ juillet, est la nouvelle unité de choc censée mater les grosses poussées de fièvre au sein des quartiers sensibles. Dans les médias, Beauvau a fait de la retape, expliquant que 200 CRS super entraînés et super-équipés étaient désormais capables de débouler en quinze minutes n’importe où sur le territoire pour procéder à « du maintien de l’ordre à fort engagement ». Comprendre : karchériser les émeutiers.

Princier, le ministre a offert de nouvelles tenues d’intervention à ses poulets ainsi que des moyens de transmission high-tech, 24 camions tout neufs (50 000 euros pièce) et deux 44 capables de franchir les barricades. Le commando qui peut être opérationnel 24/24, sept jours sur sept, aura à sa tête un ancien béret vert des commandos marines !

Pas à Paris !

Commentaire d’un commissaire à la sécurité publique : « on a dépensé des millions d’euros pour une unité qui ne sert à rien ! »

Primo, toutes les compagnies lissent républicaines de sécurité sont déjà dotées d’une section de choc avec tireur d’élite pour traiter les « violences urbaines de haute intensité »

Deuzio: faute de moyennes et aéroportées, le rayon d’action de la CRS huit s’est rétréci à 300 km autour de son casernement, à Bièvres, dans l’Essonne ; qui plus est, elle ne pourra pas intervenir surParis ou la petite couronne. Le préfet de police a fait savoir que ces superCRS, rattachés au directeur général de la police nationale, étaient persona non grata sur « son » territoire.

Tertio ? Dans les autres départements, les patrons de la Sécurité publique n’ont aucune envie d’appeler à la rescousse une unité de cogneurs qui risque de mettre encore plus de bazar. Un comble !

« La 8 », déjà baptisée par ses collègues « les Invisibles », parce qu’on risque de ne jamais la voir sur le terrain, se tourne les pouces mais reste grassement payée. Explication : qu’ils partent en mission ou pas, ses hommes palpent une indemnité… (de déplacement, qui peut atteindre jusqu’à un tiers du salaire) à raison de 43 euros défiscalisés par jour de vadrouille.

Cette faveur a été octroyée à la CRS 8 afin d’attirer les recrues. Une prime de 600 euros par mois, que leurs collègues des autres compagnies empochent en crapahutant sur les routes en moyenne 180 jours par an. Popularité assurée dans les rangs !

Mais comme Darmanin a prévu de casquer…


Article signé des initiales C. L. – Le Canard Enchaîné. 14/07/2021