Les revers de la technologies numériques.

En s’approchant des propriétaires de cartes bancaires, les malfrats siphonnent les comptes.

Une avancée technologique majeure, un geste barrière devenu indispensable depuis la pandémie : ainsi le GIE Carte bancaire vante-t-il le paiement sans contact.

En 2020, où le plafond a été rehaussé de 30 à 50 euros, 4,6 milliards de transactions ont été conclues. Quatre fois plus qu’il y a trois ans !

Aujourd’hui, 60 % des achats inférieurs à 50 euros s’effectuent sans contact, et même la baguette à 1,20 euro se passe de petite monnaie. Forcément, un tel succès devait attirer les malhonnêtes…

Des pickpockets high-tech ont trouvé la combine. Equipés de petits terminaux numériques, opérant dans des endroits fréquentés, tel le métro ou le tramway de Montpellier (« Midi libre », 16/5), ces escrocs modernes aspirent les comptes de leurs victimes à leur insu. Ni bousculade ni agression, cela ressemble à de la prestidigitation : il suffit de se coller aux porteurs de carte pour les dévaliser.

« Le sans-contact est un moyen de paiement sûr et sécurisé, dont le taux de fraude est faible, objecte le porte-parole de la Fédération bancaire française (FBF), interrogé par « Le Canard ». Aucun adhérent n’a rapporté une augmentation significative des fraudes sur le sans-contact depuis l’augmentation du plafond à 50 euros. »

Aspirants voleurs

Preuve, tout de même, que la profession suit de près cette « délinquance astucieuse ». Les banquiers, par ailleurs, n’ont aucune envie de revenir au peu rentable comptage des pièces et des billets. Faire payer des commissions sur les achats par carte bancaire rapporte davantage !

Etrangement, les forces de l’ordre n’ont pas la même appréciation du phénomène.

« Depuis trois ans, ces affaires sont de plus en plus fréquentes, note un gendarme enquêteur. Mais la plupart des gens ne portent pas plainte car les sommes volées atteignent rarement le plafond autorisé de 50 euros. Le plus souvent, 5, 10 ou 15 euros sont subtilisés dans le métro ou une queue de cinéma. Les victimes ne prêtent pas tout de suite attention à ces pertes et, lorsqu’elles s’en aperçoivent, elles se disent : « A quoi bon ? » »

Chiffrer avec précision cette criminalité RFID (« radio-identification », pour les criminologues distingués) demeure un exercice difficile. En 2020, près de 320.000 signalements de fraude bancaire ont été enregistrés sur Perce-val, le service en ligne destiné aux particuliers. Soit une augmentation de 89 % par rapport à l’année précédente, pour un montant total de 136,6 millions d’euros (+ 80 %). Mais la distinction n’est pas établie entre siphonnage des sans contact et achats frauduleux sur Internet.

Le gymkhana du plaignant

Si l’on n’a pas pris la précaution de protéger sa carte bancaire en la plaçant dans un étui antivol (certains banquiers en offrent) et qu’on est victime des ondes baladeuses, tout n’est pas perdu. « Les banques françaises remboursent près de 82 % des demandes adressées par les clients en cas d’opérations de paiement par carte contestées », souligne la FBF.

Petit hic : afin d’obtenir réparation du préjudice, il est nécessaire d’enregistrer une plainte. Ce qui n’est une partie de plaisir ni pour les victimes ni pour les policiers. Pas moins de 24 codifications sont disponibles pour décrire la nature des infractions liées à une utilisation frauduleuse du moyen de paiement.

En comparaison, aspirer un compte relève vraiment du jeu d’enfant…


Odile Benyahia-Kouider. Le Canard Enchainé. 29/05/2021