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Après que Valérie Pécresse est exprimée sa perception des banlieues dans une tribune diffusée par « Le Monde » dans lequel elle affirme, « nous ne devons plus avoir la main qui tremble », c’est Clémentine Autain qui lui répond dans le même média.

« Pécresse affiche un parti pris méprisant et menaçant à l’égard de territoires et de populations qu’elle a, en principe, la charge de défendre et de représenter. »

Assumant l’objectif de « détruire résolument nos grands ensembles », Pécresse la présidente de la région Ile-de-France défend la priorité du rétablissement de l’autorité, la fin du bracelet électronique ou la création de nouvelles places de prison. Après tant d’autres, elle propose un axe majeur pour répondre aux profondes difficultés rencontrées par les habitants de banlieues populaires : la répression.

[…]Face aux futures et prochaines échéances électoralistes, ce sont les termes du débat qui se trouvent dangereusement infléchis. Même les efforts conduits depuis vingt ans pour transformer les quartiers populaires sont rabaissés à du « ripolinage des murs et des façades ». Améliorer le bâti grâce à la rénovation urbaine ne change pas toute la vie, mais permet souvent de vivre dans un cadre plus agréable. Ce n’est pas rien. Et c’est précisément ce fil de progrès qu’il faut aujourd’hui tirer résolument.

L’ignorance à l’égard des quartiers populaires est trop souvent portée en bandoulière par une droite sûre d’elle-même, guidée par le mépris de classe et le rejet de l’altérité. Ces banlieues ne seraient que désespoir, solitude, ghetto, trac, violence et islamisme. Comme si les visites officielles ou le prisme des seules images vues à la télévision empêchaient de mesurer la richesse du tissu associatif, la créativité, l’énergie, la solidarité qui font aussi partie du quotidien de ces quartiers, cibles d’une stigmatisation aux effets désastreux. Il y a bien plus de finesse du regard dans le film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir qui triomphe sur nos écrans La Vie scolaire : nous immerge dans un collège de Saint-Denis où les élèves se débattent avec malice et ténacité, soutenus par l’humour, l’entraide et la compréhension.

Députée de Seine-Saint-Denis, je peux témoigner de l’engagement de ses habitants pour construire une vie digne dans un climat qui ne leur facilite vraiment pas la tâche. Le rapport des députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo remis l’an dernier sur ce département pointe le grave et constant défaut des moyens que l’Etat y consacre.

Un exemple : « Le moins bien doté des établissements scolaires parisiens reste mieux doté que le plus doté des établissements de la Seine-Saint-Denis » soulignait le sociologue Benjamin Moignard, interrogé pour ce rapport.

Deux visions clairement opposées Le cœur des difficultés dans les quartiers populaires porte un nom : c’est l’inégalité.

  • Moins de services publics,
  • moins d’emplois disponibles,
  • moins de lieux culturels,
  • moins de ressources pour les collectivités qu’ailleurs.
  • Plus de pauvreté,
  • plus de précarité,
  • plus de difficultés sociales,
  • plus de défiance,
  • sans compter les discriminations au faciès, au nom ou à l’adresse.
  • En matière de justice ou de santé, de budgets des communes, ces banlieues sont maltraitées par la République.
  • Des municipalités ont d’ailleurs porté plainte contre l’Etat pour rupture d’égalité.

Nous en sommes là. Dans le ressentiment qui s’exprime parfois avec virulence vis-à-vis de la République, j’entends au fond une demande de plus de République. La devise « Liberté, égalité, fraternité » ne doit pas seulement être inscrite sur le fronton des écoles, elle doit se traduire dans l’action publique. […]


Le Monde/ Titre original : « Clémentine Autain Valérie Pécresse affiche un parti pris méprisant et menaçant à l’égard des banlieues ». Source (Extrait)