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En devenant porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye , celle qui avant d’être nommé n’a pas hésité à diffuser des contrevérités « pour préserver le président de la république », a bien évidemment délégué ses activités antérieures à d’autres personnages restés dans l’ombre de la république, ce que démontrent l’enquête de Médiapart confirmant ainsi que l’Élysée poursuit sur les réseaux sociaux une information dirigiste en faveur du gouvernement, des futures élections, et notamment celles concernant les élections européennes. MC

[…] Sur les réseaux sociaux, le parti d’Emmanuel Macron est peuplé de « Mireille » et de « Sophie ». Des comptes anonymes à l’activité débordante, mais dont les titulaires ne sont pas identifiables. C’est ce que montre une enquête de Médiapart, qui s’est associé au chercheur indépendant Baptiste Robert pour analyser l’activité des bataillons de cybermilitants du parti au pouvoir.

Les données ont été recueillies du vendredi 29 mars jusqu’au matin du 1er avril, week-end très politique durant lequel le mouvement des gilets jaunes a connu son acte XX, la campagne LREM pour les européennes a été lancée, et un mini-remaniement a été enfin annoncé le dimanche soir. Elles montrent que la communauté LREM, très active sur Twitter, repose sur la suractivité de quelques centaines de comptes. En grande majorité anonymes.

Une fois les données collectées, Baptiste Robert a calculé le coefficient de manipulation de trafic développé à l’Oxford Internet Institute (université d’Oxford), dans le cadre des recherches du laboratoire sur la propagande informatique. Résultat : le coefficient de la communauté LREM est de 16, « au-dessus de la moyenne observée » dans le cas d’une activité normale.

À titre d’exemple, l’étude de l’activité autour de mots-clés banals, sans signification particulière, comme #vendredi ou #mercredi, génère un coefficient situé entre 8 et 10. Avec un chiffre deux fois plus important, « on peut en déduire une tentative de manipulation du trafic de la part de cette communauté », affirme Baptiste Robert. Une bulle artificielle.

Un comble quand on sait que le président de la République plaide, depuis son discours du mois de novembre consacré à Internet, pour la fin d’un « anonymat devenu problématique » sur les réseaux sociaux. Cette proposition, débattue jusque dans ses propres rangs, pourrait faire partie de la proposition de loi qui sera déposée « avant l’été » par la députée LREM de Paris Laetitia Avia. Le texte a pour objectif de lutter contre le cyberharcèlement.

[…] Comment LREM peut-elle imposer à la société une transparence dont elle se joue elle-même sur les réseaux ?

La question se pose quand Marlène Schiappa refuse de dire, le 4 avril, qui se cache derrière son compte de soutien @Avec Marlene. Elle revient avec plus d’insistance encore quand le conseiller présidentiel Ismaël Emelien est incapable de s’expliquer sur la diffusion anonyme d’images de vidéosurveillance de la préfecture de police de Paris et d’un montage grossier pour protéger Alexandre Benalla.

Quand les médias révèlent que cette contre-offensive était organisée en coordination avec la responsable des relations presse de l’Élysée et nouvelle porte-parole du gouvernement. Et quand on apprend que le compte anonyme utilisé est en réalité administré par le responsable de la « cellule riposte » de LREM.

Depuis la présidentielle, l’exemple vient du sommet de la Macronie. Les données du chercheur Baptiste Robert viennent confirmer que l’anonymat a infusé dans toutes les strates du mouvement.

Au petit jeu du qui retweete qui et qui répond à qui, la visualisation des interactions entre les comptes permet de dessiner des communautés, des « ensembles de personnes qui interagissent énormément entre elles », dont la plus active est, dans notre étude, la communauté formée autour de LREM. Cet ensemble se structure autour de @EnsembleEMacron, l’un des comptes les actifs de la sphère macroniste, vraisemblablement tenu par plusieurs personnes (ses données de connexion montrent que le compte est utilisé sept jours sur sept, de 7 heures du matin à minuit, depuis plusieurs sources), avec lequel viennent interagir des centaines d’autres internautes.

[…] « Aujourd’hui, il existe à la fois des faux comptes administrés par des personnes réelles et des vrais comptes alimentés par des robots, ce qui rend leur détection quasi impossible », constate Romain Badouard. Faute de toujours pouvoir détecter un robot, Baptiste Robert recense lui aussi les anomalies. Ses données recueillies auprès de la communauté LREM révèlent plusieurs statistiques hors du commun.

[…] Un compte impressionne par ses statistiques. @DEYCatherine1, alias « Catherine Dey #StopGiletsJaunes », passe ses journées sur Twitter : depuis la création de son compte, le 9 janvier 2019, en plein mouvement social, elle diffuse en moyenne 701 messages par jour. […] Pierre Le Texier, le responsable de la « cellule riposte » LREM et diffuseur des vidéos en soutien d’Alexandre Benalla sur un compte anonyme, ne souhaite faire « aucun commentaire ». Il est aussi suspecté d’être derrière un autre compte anonyme, « Alain Grand Bernard », lequel a encore récemment organisé une minutieuse contre-offensive quelques minutes seulement après de nouvelles révélations de Mediapart dans l’affaire Benalla.

Une poignée de militants nous ont répondu en assumant leur anonymat. « Je suis infirmière à domicile en milieu rural dans le sud de la France et je souhaite séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle », explique « PEPETTE STONE #jesoutienslesfdo ». Adhérente de LREM, elle ne milite pas dans un groupe local du mouvement mais a trouvé sur Twitter un lieu de « bataille politique » : « J’avais très envie de réagir au mouvement des gilets jaunes », explique-t-elle.

[…] Un autre macroniste actif sur les réseaux, « Snipe », juge lui « totalement inutile » de légiférer sur l’anonymat en ligne. « Les solutions techniques pour échapper à toute tentative de réglementation dans ce sens existent déjà (VPN, Proxy…) », rappelle-t-il. […]


Géraldine Delacroix, Médiapart. Titre original : « Comment une nébuleuse LREM instrumentalise les réseaux sociaux ». Source (extrait)