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Lancé le 15 janvier par le président Emmanuel Macron pour répondre à la crise des gilets jaunes, le grand débat national s’est officiellement terminé le 15 mars, suivi d’un débat formel au Parlement. 1,5 million de contributions ont été recensées.

Le premier ministre s’est essayé à une synthèse, le 8 avril, devant les membres du gouvernement et les hauts fonctionnaires. Le président de la République, prudent, s’est donné jusqu’à la mi-avril pour commencer à dévoiler ses propositions.

L’empressement à borner le débat a pesé sur son contenu. Le contraste est grand entre les conclusions des initiatives officielles et le contenu, plus dérangeant, des débats initiés hors de ce cadre par les maires, les syndicats, les collectifs de citoyens… Et ce contraste est aussi source d’une frustration bien légitime. L’objectif de la « redéfinition du projet national et européen » qu’a fait miroiter en son temps le gouvernement est bien loin.

Question méthode, le grand débat nous laisse sur notre faim.

On cherche en vain l’esquisse de la démocratie participative annoncée. La circulation horizontale des propositions, qui aurait seule permis la structuration des idées et le début d’un nouveau dialogue politique, a été on ne peut plus limitée. Augurant mal de la capacité de l’exécutif à sortir de la posture de « surplomb » souvent dénoncée depuis 2017, Emmanuel Macron lui-même a préféré, jusqu’à la caricature, une confrontation avec les citoyens, privilégiant la « verticalité ».

Sur le fond, les contradictions majeures de la politique macronienne demeurent. Le président de la République reconnaît l’importance des injustices exprimées. Il prône le besoin de « mesures correctrices s’attaquant à la racine du problème ». Certaines seront annoncées « très vite ».

Mais comment répondre au sentiment de montée des inégalités, d’abandon de territoires, de délaissement de couches sociales et maintenir contre vents et marées une position fermée sur les finances publiques ? Pas d’augmentation des prélèvements fiscaux pour les plus fortunés, baisse des dépenses publiques, recul de 120.000 fonctionnaires.

Si lors de ce débat, les questions de l’augmentation des salaires et de la lutte contre le chômage sont systématiquement revenues dans les réunions sous forme d’interrogations ou de propositions, elles n’ont jamais été retenues en tant que telles, étant même repoussées comme des sujets « tabous ». Pourtant, l’assombrissement des perspectives économiques, le ralentissement de la croissance en Europe, rend plus urgent que jamais leur traitement.

  • Comment réduire les inégalités ?
  • Comment redonner sens à l’impôt ?
  • Comment financer les collectivités territoriales ?

Le risque est grand qu’une majorité de Français estime que cette longue phase de débat n’a servi à rien, ou pire qu’elle n’a été qu’un instrument de manipulation des opinions.

Frustrations et ressentiments devant le flou et la portée limitée des annonces à venir du président de la République viendront alors expliquer le retour des manifestants aux ronds-points et dans les entreprises.


Jean-Christophe Le Duigou Économiste. Titre original : « Et maintenant ». Source (extrait)