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À vrai dire, peu importe le problème de l’un, de l’impossibilité à aller plus haut (RN ex FN), in-souhaitable de plus, ou de l’autre, de la possibilité de faire une nouvelle fois, grâce à l’influence de la mécanique des médias (Journaux divers et sondages), faire « tourner » en faveur du gouvernement et de son groupe (LR-EM) les élections (européennes, cette fois).

L’enjeu des élections européennes, restera « peanuts » vis-à-vis de l’électorat lambda puisqu’elle ne changera rien à son positionnement face a une politique sociétale consistant depuis de nombreuses décennies à faire croire que le travailleur n’a que la possibilité de dire merci à celui qui l’emploi. Merci « Mosieur le patron », que vous êtes trop bon de m’octroyer quelques menus piécettes à la fin de chaque mois.

Dire que pour autant les élections, leurs enjeux, sont écrits d’avances par la simple volonté des gouvernants et de quelques magnats appartenant à la haute finance (lorsqu’ils ne sont pas directement les banquiers des affaires), et dont le gouvernement ne peut évidemment pas se passer. MC


Voici des décennies que la puissance électorale de l’extrême droite sert de police d’assurance aux libéraux de gauche et de droite : n’importe quel bourricot modéré franchit sans peine la ligne d’arrivée une fois opposé à une formation politique irrecevable, infréquentable, irrespirable.

Lors de l’élection présidentielle française de 2002, le résultat de M. Jean-Marie Le Pen stagna entre les deux tours, passant de 16,8 % à 17,8 %. Dans le même temps, celui de son rival Jacques Chirac s’envola de 19,8 % à 82,2 % des suffrages exprimés. La même opération a permis à M. Emmanuel Macron de l’emporter en 2017, quoique avec une marge moins spectaculaire.

Ce qui a réussi contre l’extrême droite, les libéraux comptent le refaire contre la gauche. Ils cherchent donc à bâtir contre sa progression éventuelle un mur des valeurs qui la rendra suspecte à son tour. Et obliger ainsi ceux qui ne supportent plus les politiques du pouvoir à s’en accommoder malgré tout, tant seraient ignobles ses opposants les plus puissants.

Le hasard faisant bien les choses, la calomnie d’une gauche devenue antisémite bourgeonne en même temps en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Une fois la cible désignée, il suffit de trouver un jugement maladroit, outrancier ou abject sur la page Facebook ou sur le compte Twitter d’un des membres du courant politique qu’on veut déshonorer (le Parti travailliste britannique compte plus de 500 000 adhérents).

Ensuite, les médias prennent le relais. On peut aussi s’employer à détruire un adversaire en lui imputant un fantasme antisémite qui lui est étranger — du type : la démocratie, le journalisme et la finance sont au service des Juifs — sitôt que cet adversaire formule une critique de l’oligarchie, des médias ou de la banque.

Et c’est parti. « Si [Jeremy] Corbyn s’installait à Downing Street, on pourrait dire que, pour la première fois depuis Hitler, un antisémite gouverne un pays européen », prétend l’académicien Alain Finkielkraut (1).

Situation tout aussi menaçante aux États-Unis, puisque, selon le président Donald Trump, avec l’élection au Congrès de plusieurs parlementaires de gauche, « le Parti démocrate est devenu un parti anti-israélien, un parti antijuif ». « Les démocrates détestent le peuple juif », ajoute-t-il.

De son côté, Bernard-Henri Lévy vient d’assimiler le député et journaliste français François Ruffin à la fois à Lucien Rebatet, auteur du pamphlet antisémite Les Décombres, à Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives sous le régime de Vichy, et à Robert Brasillach, collaborateur fusillé à la Libération.

L’affabulateur préféré des médias aurait même décelé chez Ruffin une « filiation consciente ou sournoise avec la prose de Gringoire (2) », un hebdomadaire qui ruisselait de haine antisémite et dont une des campagnes de diffamation les plus fameuses poussa au suicide un ministre du Front populaire.

Des Juifs ont été assassinés en France et aux États-Unis par des antisémites. Un tel drame ne devrait pas servir d’arme idéologique à M. Trump, au gouvernement israélien et à des intellectuels faussaires. S’il faut construire un cordon sanitaire, qu’il nous protège plutôt de ceux qui imputent à leurs adversaires une infamie dont ils les savent innocents.


Serge Halimi – Le Monde Diplomatique N°781/avril 2019. Titre original : « le cordon sanitaire ». Source


  1. « Alain Finkielkraut : “Ich bin kein Opfer” », Die Zeit, Hambourg, 21 février 2019.
  2. Bernard-Henri Lévy, « Il faut franchir le “point Godwin” », Le Point, Paris, 7 mars 2019.