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Les agités de la calotte lorgnent sur les urnes… et la cagnotte

Civitas, mouvement catholique intégriste (très) proche de l’extrême droite, accède au rang de parti. « L’institut », qui s’était illustré par ses outrances lors des discussions sur le mariage pour tous, accède aux subventions publiques et à la défiscalisation des dons.

Lors du débat sur le mariage pour tous, ils avaient écorché les oreilles des auditeurs, rayé les cornées des lecteurs. « L’institut » Civitas, un groupuscule catholique intégriste (1 800 adhérents revendiqués), considéré comme le bras armé (« idéologiquement » s’entend) en France de la Fraternité Saint-Pie X, héritiers du cardinal Lefèbvre, est-il en passe de pouvoir présenter un candidat à la prochaine élection présidentielle ? La question peut se poser, puisqu’il est depuis le 12 juin, c’est inscrit au Journal officiel, reconnu comme éligible au financement des partis politiques.

Civitas s’est fait connaître en 2012, en envahissant la scène du Théâtre de la Ville, à Paris, pour protester contre une pièce jugée « christianophobe », milite contre l’avortement, contre toute « destruction » de l’ordre familial (et « naturel », nous y reviendrons), désinforme sur les ABCD de l’égalité prônés par le ministère de l’Education nationale en présentant, début 2014, des photos d’une intervenante scolaire « française » en pleine démonstration de masturbation sur son site (en réalité une enseignante canadienne)… Mais c’est avant tout cette croisade contre « l’homofolie » menée entre fin 2012 et le 17 mai 2013, date de promulgation du décret de loi autorisant le mariage entre deux personnes de même sexe, qui l’a propulsée.

Plusieurs mois de présence médiatique, de manifestations où la parole s’est « libérée » : « Le mariage pour tous ? Avec des chats, des chiens, des singes ? Et puis quoi après ? », aboyait une militante de Civitas au micro du Petit Journal début 2013. Une autre y allait de son analyse psychologique : « Ils sont malades de la tête, ils ont besoin de toucher, de faire du mal à un petit enfant (…) Pour moi c’est une maladie, ils doivent être enfermés à perpétuité. » L’émergence du mouvement à ce moment précis ne doit rien au hasard.

D’abord parce qu’ils ont consciencieusement ciblé leur champ d’action. Ainsi, un compte-rendu de son conseil d’administration de juin 2012, révélé par le site de vigilance citoyenne Fafwatch détaillait sa stratégie : investir le sujet du « mariage des homos », de la « christianophobie », créneaux identifiés comme «porteurs», contrairement à l’euthanasie («créneau déjà occupé par d’autres») et à l’opposition au droit de vote des étrangers, «thème trop proche du FN, pas de quoi nous différencier des autres». Ensuite, parce qu’il s’agissait pour eux d’affirmer un point de leur doctrine, à savoir la primauté de « l’ordre naturel » sur la loi.

«La loi des hommes doit se plier à la loi de Dieu», professaient-ils lors de prières de rues, le 31 janvier 2013, premier jour de l’examen de la loi à l’Assemblée nationale. Leur président, Alain Escada, justifiait même : «En tant que catholiques, il est essentiel pour nous de recourir à des manifestations et encore plus à des moyens surnaturels, comme la prière, afin que Dieu nous préserve de cette loi inique.»

Un mouvement profondément réactionnaire « sorti par la porte, rentré par la fenêtre »

Si « l’institut » était enregistré comme parti politique depuis 1989, il ne bénéficiait (faute d’association de financement) que du statut « d’association relevant de l’intérêt général » (sic), lui permettant pourtant – déjà – de recevoir des dons jusqu’à 7 500 euros par personne, ouvrant une réduction d’impôt de 66% ! Une situation qu’avait dénoncé l’Union des Familles laïques, qui après trois ans de combat, et une pétition signée par 16 000 personnes, avait amené en janvier dernier l’administration fiscale à non seulement bloquer cette disposition (en lui refusant le droit de délivrer des reçus de dons) mais à infliger 55 000 euros de redressement à Civitas.

Un retour de l’ordre laïque malheureusement de courte durée. Car le « complot républico-maçonnique», agité par Civitas – ce qui au passage est une preuve, du moins sémantique, de leur proximité idéologique avec l’extrême droite – n’a pas tenu, la structure de gestion de Civitas ayant donc été « agréée en qualité d’association de financement » de parti politique. Une disposition qui a ému le député Olivier Falorni (apparenté PRG). Dans un courrier au ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, il dénonce le « scandale » d’un mouvement profondément réactionnaire « sorti par la porte, rentré par la fenêtre » : « Le contribuable n’a pas à financer le fonctionnement d’une association qui prône la discrimination, prêche la haine, conteste la démocratie.

Je ne peux accepter qu’on ait demain des bulletins de vote Civitas alors que cette organisation prône une théocratie totalitaire, ne s’intègre pas dans le champ d’une république laïque », a-t-il poursuivi. La réponse du gouvernement à propos de la création de l’association de financement est savoureusement technique : « Les préfectures enregistrent les demandes de création. A partir du moment où les éléments prévus par la loi sont réunis, l’association est automatiquement créée », précisait hier à l’AFP le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet.

Leur but rejoint le fonds idéologique de toutes les extrêmes droites

Alain Escada, le président de Civitas, a promis d’expliquer en septembre cette « entrée sur la scène politique, ainsi que la stratégie que nous comptons mettre en œuvre ». « Que le lobby LGBT et les organisations laïcistes se rassurent. Nous n’allons pas seulement utiliser notre avantage fiscal, nous allons les ennuyer beaucoup plus que cela ! », jubilait-il. En attendant septembre, il existe des éléments de réponse, qui font de ces « orphelins politiques », comme ils se dénomment, des membres à part entière du champ idéologique de l’extrême droite. Sur leur site internet, ils se disent engagés dans «l’instauration de la royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier».

Outre cet aspect catholique « traditionnaliste », leur but rejoint le fonds idéologique de toutes les extrêmes droites, analysait en marge des Manif pour tous le psychanaliste Michel Tort : « maintenir dans le marbre de la loi que les inégalités sont justes, naturelles et bonnes par nature pour structurer la société ». Dans ce cadre, « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort », comme l’écrivait Charles Maurras, que Civitas cite dans la dernière livraison de sa revue trimestrielle, qui s’attelle à « démasquer la démocratie elle-même et d’en montrer la nature congénitalement menteuse lorsqu’elle se veut représentative, seule source de légitimité, seul système rationnel »…

La grande alliance, sur ces bases, avec d’autres forces de la droite extrême, n’est pas exclue : dans un document que s’était procuré le site Fafwatch en 2012, ils expliquaient que «les socialistes ont été élus en raison de l’absence de conviction des partis dits de droite et de leur refus de s’allier avec le FN». Si depuis Civitas a pris ses distances avec le FN relooké, ce qui ne le porte pas « naturellement » à soutenir Marine Le Pen, il envisage « une troisième voie, celle du catholicisme social, entre le libéralisme capitaliste et le socialo-marxisme ». ça tombe bien, un candidat revendiqué de cette mouvance s’est déclaré, Henry de Lesquen, président de Radio Courtoisie et ami de Jean-Marie Le Pen (il était à son anniversaire fin juin). La calotte saura où investir sa cagnotte.

Grégory Marin – Source