Phallocrate et anti phallocrate !

Est-il bien nécessaire d’identifier, classifier, orchestrer ?

2022 L’année du phallocrate

Si 2020 et 2021 auront été des années100 % Covid, 2022 s’annonce comme celle de la misogynie. Jusqu’à persuader les femmes de détester les femmes.

Poursuivie pour avoir accusé Johnny Depp de violences conjugales, Amber Heard est devenue ta victime de la haine globale. L’audience de la diffusion live du procès Depp-Heard a tutoyé celle d’une finale de Coupe du monde, le feuilleton a fait la fortune des youtubeurs et des facebookeurs. Ce fut l’événement médiatique de l’année. Le séisme de la révocation de la loi sur l’avortement aux États-Unis a suivi de peu. Et si l’« alt-right » a le vent en poupe, c’est plus par haine des femmes que par racisme.

Vous imaginez peut-être que, sur Internet, le voyage virtuel vers la radicalisation à droite commence par le racisme. Pourtant, de plus en plus d’études montrent que ce qui attire les hommes jeunes vers les espaces de l’« alt-right », c’est la misogynie. Les algorithmes des réseaux sociaux canalisent rapidement les schémas comportementaux des jeunes mâles vers les contenus les plus radicaux et intolérants.

Vous avez 14 ans, vous cliquez sur une vidéo qui reproche à Stars Wars ou aux films Marvel de montrer trop de femmes, et votre compte vous en suggère 20 de plus, rajoute des trucs sur Amber Heard qui est une salope, et Jeffrey Epstein, une victime, et, ni une ni deux, vous voilà devant Le viol n’est pas un crime ou Les Noirs sont génétiquement criminels (je n’invente rien). Faites le test.

Supprimez l’historique de votre navigateur, inscrivez-vous sur TikTok en tant que garçon de moins de 20 ans, et cliquez sur une vidéo qui dégomme Wonder Woman, et vous voilà parti (The Observer a tenté exactement la même expérience à plusieurs reprises au début du mois et, à chaque fois, s’est vu proposer du contenu suprémaciste blanc au bout de seulement cinq vidéos).

S’énerver contre les films d’action ou de super-héros qui montrent trop des super-héroïnes ne semble pas bien méchant. Mais la dissémination culturelle et informationnelle moderne fonctionne comme un système digestif dégénéré. Vous grignotez un petit bout de She-Hulk ou de Mrs. Thor, puis, très vite, c’est l’orgie de tutos pour apprendre à maltraiter une femme sans se faire arrêter ou à garder votre quartier blanc.

L’année 2022 a vu l’ascension météorique d’un certain Andrew Tate.

À 35 ans, Tate est le Shakespeare ou le Napoléon de la misogynie et du racisme tranquille en ligne. Ex kickboxeur anglo-américain, il fait les cent pas aux portes de la célébrité depuis bientôt dix ans. En 2016, il a participé à l’émission de télé-réalité anglaise Big Brother, avant de se faire éjecter, une vidéo de lui en train de battre une femme à coups de ceinture ayant refait surface. Dans les années qui ont suivi, sa présence sur les réseaux sociaux a acquis une certaine popularité, tandis que ses confessions suprémacistes mâles gagnaient du terrain. Il a avoué avoir fait l’objet de plusieurs enquêtes et arrestations pour agression sexuelle, il a même admis avoir déménagé en Roumanie pour échapper à des accusations de viol au Royaume-Uni. En avril dernier, des unités de la police roumaine en charge de la lutte contre le trafic sexuel ont fait une descente chez lui. Lors de cette perquisition, la police a libéré deux femmes. Tate fait toujours l’objet d’une enquête.

Vous diriez qu’après ça son statut en ligne s’est dissipé dans le brouillard et le discrédit. C’est tout l’inverse : 2022 est déjà une bonne et profitable année pour Tate. Il a mis en place une université de l’arnaque, qui offre une formation en boursicotage, e-commerce et cryptomonnaies, ou l’art de palper 100 000 dollars par mois. Il dirige aussi une chaîne de web-cams montrant des mannequins qui tentent d’extorquer de l’argent aux visiteurs en racontant leur triste sort (c’est la gêne qui fait rester en ligne). Après le redoublement d’intérêt manifesté par la police à son égard, sa popularité sur les réseaux n’a fait que grimper. Ses vidéos totalisent 13 Milliards de vues.

Rapidement, son nom a été plus tapé dans Google que ceux de Kim Kardashian et Donald Trump. Bien qu’il soit régulièrement banni de nombreux sites, les comptes clones et les pages de fans ont fait de lui une vraie célébrité.

Jusqu’en avril, maltraiter les femmes était un hobby, pas un métier, mais, en bon escroc, Tate a vite compris qu’il avait trouvé le bon filon. Il a encouragé ses followers à recycler toutes ses vieilles vidéos qui expliquent que le viol est la faute des femmes, comment garder sa petite amie à la maison ou comment établir la polygamie pour les hommes. Actuellement, sa fortune, majoritairement amassée sur les six derniers mois, est estimée entre 150 et 250 millions de dollars. Ces chiffres sont peut-être exagérés, mais pas de beaucoup. Tate est la preuve vivante que la misogynie en ligne n’est pas en déclin. C’est même une mine. Sur le point de connaître sa ruée vers l’or.


Robert McLian Wilson. Traduit de l’anglais par Myriam Anderson. Charlie Hebdo. 31/08/2022

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Dans « Cher connard », Virginie Despentes prend à contre-pied ses camarades féministes. Halte au feu

Chères sœurs, encore un effort, nous sommes déjà presque aussi connes que les mecs (…), chacune devant son stand à surveiller son métrage d’intersectionnalité avec les stands voisins. » Ce n’est pas un vieux mâle non déconstruit qui s’exprime mais Rebecca, féministe quinquagénaire, d’abord hostile puis compréhensive envers un dénommé Oscar, écrivain de renom, qui s’est fait « metooïser » sur Internet pour avoir agressé sexuellement une jeune attachée de presse. Bizarre, non ?

Au début du livre, l’odieux a droit à « cher connard », puis le ton s’adoucit et devient affectueux, le « crétin » a droit à « minou ». A mi-roman, l’accusatrice Rebecca doit constater : « Faut pas se mentir, on est en train de devenir salement copains. » Mais alors, mais alors, où se situe Virginie Despentes dans ce jeu de masques ? Quel personnage est son porte-parole ? Certainement pas Zoé, la victime d’Oscar, qui apparaît peu. De quoi ulcérer ces féministes pures et dures que Rebecca baptise « brigades de la bienpensance ». Gare à la contre-attaque, qui n’aura rien d’une guerre en dentelles, on le pressent !

Circonstance aggravante, l’Oscar en question n’est pas décrit comme un cruel prédateur. A Zoé, dont il était amoureux, il n’a rien fait d’autre qu’une cour assidue pendant trois mois, en vrai lourdaud qu’il était. D’ailleurs, il ne se souvient pas de grand-chose, tout alcoolisé qu’il était alors. Et qu’il est encore. Cette addiction à la picole n’est pas sans émouvoir Rebecca, shootée à l’héroïne et fière de l’être.

« Je suis faite pour les drogues », proclame-t-elle, expliquant que sa brillante carrière d’actrice n’en a jamais souffert. C’est alors que le livre pivote et qu’un deuxième sujet passe au premier plan : la défonce, revendiquée comme un art de vivre.

Longues pages documentées sur les séances de « rehab » (réhabilitation) organisées par les Narcotiques anonymes, une (vraie) association dont le fonctionnement est calqué sur celui des Alcooliques anonymes. Que choisir dans la pharmacie ? L’actrice a son idée : « N’importe quoi pourvu que ça bouge. » Car tout est bon dans le cochon : « alcool, sucre, clope, café ». Ce sont l’hygiénisme et le puritanisme qui tuent. « Plutôt crever que faire du yoga », résume Rebecca, affolée de ne plus entrer dans ses pantalons. On la comprend : c’est son métier d’être belle.

Désenchantée, elle raconte : « [Ma mère] était cette fille conçue au sortir de la guerre (…). Ses parents ont vécu trois guerres. » Maris, pères, fiancés morts pour la France ou revenus cassés du front… « Ma mère cherchait à combler un vide affolant, et bien sûr qu’à 13 ans je voulais l’alcool et l’héroïne, les amphétamines, l’eau écarlate, les acides et le shit. » Conclusion : « On se drogue pour des raisons politiques, c’est un dialogue avec les ancêtres. »

A ce point, le roman se disloque et tout y passe, le confinement, la SNCF, etc. Avec des pensées philosophiques de qualité moyenne : « Dans leur immense majorité, les gens sont complètement trépanés » « C’est déstabilisant de regarder un monde s’écrouler ». Despentes se lasse de son roman, et cela tombe bien car nous aussi.

Pour tenir la distance, la boxeuse tatouée doit taper dur : « Je m’en bats la chatte », « Ça me saoule », « Je leur pisse à la raie » « Elle veut me casser les couilles ». Un style viriliste de sortie de collège, qui ambitionne au passage de faire la peau à Céline, qui « singeait le langage prolétaire pour avoir le Goncourt ».

Mal ajusté ! Car l’auteure fut jurée Goncourt pendant quatre ans. L’auguste académie, qui n’a jamais craché sur de bonnes ventes en librairies, osera-t-elle donner son prix 2022 à une ex-collègue ?


Frédéric Pagés. Le Canard Enchainé. 24/08/2022

Le “croisé” qui a interdit “Love” ?

Étant pour la liberté de jugement, la liberté d’expression, je ne suis pas un apôtre de la censure. Il faut certes des limites et le CNC et l’avance sur recette à la vue d’un scripte doit être en mesure d’interdire un sujet « mettant en danger la morale ».

Dans le cas de « Love » comme dans celui antécédemment de « Baise-moi » et d’autres, je trouve qu’à partir du moment ou l’on a laissé le « tournage » se dérouler, c’est faire beaucoup de publicité pour un film d’autant que ce n’est pas -ce ne sont pas, a mon humble avis- une/des réussite(s) dans le genre. MC Lire la suite