La recette des vœux brouillés

C’est ma nouvelle résolution. Face aux situations difficiles, j’ai décidé de me mettre à l’unisson de nos gouvernants en utilisant les seules méthodes qu’il leur reste pour se sortir des situations diffi­ciles.

Voyez la tâche ingrate qui m’incombe dans un journal qui inaugure une année nouvelle. Il faut que je vous y présente mes bons vœux. Franchement ? Qui a envie de se lancer dans des souhaits de bonheur pour 2026 quand souffle encore, sur nos cous accablés, l’ouragan de 2025 ? Repensez, ne serait-ce qu’une fois, à cette tornade. En douze mois, elle aura réussi à jeter à terre et à chambouler tout ce à quoi nous nous accrochions depuis des lustres. Début janvier, le monde n’était déjà pas gai.

Nous autres Européens pouvions nous rassurer en misant sur le fidèle allié transatlantique qui était le nôtre depuis 1945. Dès le 20 janvier, on a compris que miser quoi que ce soit sur l’« agent orange » nommé Trump qui déboulait à la Maison-Blanche revenait à placer ses économies chez Bernard Madoff. M. Trump, c’est le gars qui veut mettre les juges en taule au nom de l’indépendance de la justice, qui veut museler les journaux au nom de la liberté d’expression, qui augmente les droits de douane pour faire baisser les prix et qui n’hésitera pas à déclarer la guerre à Oslo pour qu’ils lui donnent son foutu Nobel de la paix.
On a bien compris la considération qu’avaient Donald et sa bande pour notre vieux monde. Pour eux, l’Europe est le paillasson qui sert à s’essuyer les pieds quand on se rend chez l’ami Poutine pour y faire son business. Que dire de notre paysage national ? Il y a peu, la gauche avait retrouvé son front populaire. Explosée par ses divisions, elle a la tête dans le sac. La droite et l’extrême droite se présentaient comme les partis de l’ordre. Depuis que ce sont les leurs qui se font gauler par la justice, ils ne défendent plus que des multicondamnés.

Ça fait un moment que les intellectuels ne nous font plus rêver avec des lendemains qui chantent. M. de Villiers et consorts triomphent en librairie avec des hier qui radotent. C’était mieux avant, ululent leurs bouquins. On ne saurait leur donner tort sur un point. Avant, ils avaient le bon goût de Tweeter dans leur trou d’extrême droite. Grâce à un certain milliardaire breton et à son groupe de presse, ils ont à leur disposition toutes les tribunes et tous les plateaux pour y chouiner qu’on ne peut plus rien dire.

Depuis 1958, enfin, notre République était caractérisée par sa stabilité. Depuis l’an dernier, quand on ne sait plus dormir, on compte les Premiers ministres. Il me semble qu’il y en avait déjà un en janvier dernier, mais je suis infichu de retrouver son nom.

Après, il me semble qu’il y a eu un certain Bayrou. Citez son nom, on croira que vous parlez d’un président du Conseil de la République. Le dernier en date, c’est vrai, n’est pas le moins habile. Mais, de renoncements en compromis, en passant par des promesses aux uns qui font bouger les votes des autres, ce n’est plus un budget qu’il a à faire, c’est un Rubik’s Cube !

Après ce maelstrom, disais-je, comment imaginer présenter ses vœux ?

Il me semble qu’il est plus raisonnable de passer par la voie désormais la plus courante en France : demander un report. Pourquoi commencer 2026 alors que personne n’est d’accord pour s’y mettre ?

Soyons pragmatiques. Laissons du temps au temps. L’avenir viendra bien assez tôt comme ça.


François Reynaert. Le Nl Obs. N° 3198. 31/12/2025


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