Que révèle Shein de nos sociétés

L’ouverture d’un magasin Shein à Paris, on l’a vu et entendu, a suscité des réactions fortes et même créer des polémiques. Cette ouverture a été véhiculée comme une claque. Comme la fin d’un certain type de commerce très français à l’image du BHV aujourd’hui en grande difficulté.

La plateforme Shein en ligne, existait déjà, mais il y a donc fallu qu’un magasin lui ouvre ses portes à Paris, qu’il déroule son tapis rouge au groupe chinois pour que l’on décide un certain nombre de mesures, au moins symbolique, pour essayer de contrer le groupe Shein et même de le sanctionner.

Un groupe dont on sait très bien qu’il ne respecte pas les normes européennes et qui est symbolique du rouleau compresseur de la machine à exporter chinoise en Europe Une machine s’est encore accéléré avec la fermeture en partie du marché américain.

Il faut préciser que Shein n’est pas vendue en Chine. Le marché chinois est en effet hyper saturé par toutes les plateformes d’achat et présente des capacités de consommation limitées de la part de la population. Les ateliers sont donc implantés dans le pays, mais leur objectif est bien d’exporter dans les pays développés notamment. Shein donne ainsi du travail à des dizaines de milliers de petits ateliers.

Il faut rappeler que de nombreuses populations en Chine survivent de petits ateliers familiaux sans grande qualification, de mauvaise qualité et qui sont très différents des ateliers des grandes marques étrangères ou chinoises, à la renommée internationale.

Il faut bien comprendre que la République populaire de Chine est un système politique et économique bien particulier, très soutenu par l’État, avec des méthodes et des pratiques commerciales dans l’objectif est de conquérir massivement les marchés, et d’atteindre un monopole, on l’a vu dans le solaire, l’éolien ou la voiture électrique

On a donc une économie, à savoir la croissance et les emplois qui continuent d’être fondés sur la surproduction. On produit, on produit, cela génère de la croissance et on exporte. Le marché extérieur est de plus en plus important et permet aux entreprises qui ne peuvent pas se contenter du marché chinois de s’en sortir. On est bien face à un rouleau compresseur qui a déjà très largement détruit tout ce qui est industriel bon marché en Europe.

L’Europe aurait d’ailleurs dû faire comme Taïwan, le Japon ou la Corée du Sud dans leur région, qui ont délocalisé leur production en chute. Mais le faire plus près sur le continent africain, ce qui aurait contribué à son développement.

On a aujourd’hui en Chine une puissance de production énorme face à des marchés ouverts et à une impuissance de l’Europe.

Cependant, il ne faut pas oublier que Shein répond à un vrai besoin en Europe et en France, la consommation est une forme de distraction. Jadis, on a acheté un manteau de bonne qualité tous les 10 ans, ce n’est plus le cas. Shein est totalement liée à ses consommateurs, parfois sans emploi, en mal de distraction, et Shein leur offre ça, consommer pour assouvir ce besoin de distraction avec des produits extrêmement bon marché, relayés par des influenceurs sur Tik-Tok qui entraînent une consommation addictive. On ne pourrait pas acheter des pulls à 20 ou 50€ tous les 3 jours.

Shein témoigne ainsi d’un mal profond de nos propres sociétés.


Le point de vue de Valérie Niquet. Le Dauphiné Libéré. 16/11, /2025


5 réflexions sur “Que révèle Shein de nos sociétés

  1. bernarddominik 17/11/2025 / 17h52

    Dans les vêtements il y a toujours eu des enseignes à bas prix: tati nicoroi stokomani… la différence c’est la pub que les médias font à Shein avec l’image de la mode à bas prix. Mais Shein c’est tati relooké.

  2. raannemari 17/11/2025 / 18h57

    Il ne faut pas oublier que l’industrie de l’habillement a délocalisé la production vers des pays à faibles revenus, où les conditions de travail des travailleuses et travailleurs sont indignes.
    Et Shein ne progresse que grâce aux con-sommateurs.
    Pour paraphraser Coluche : si nous ne l’achetions pas, ça ne proliférerait pas !

    • Libres jugements 18/11/2025 / 10h37

      Merci, A-M R., pour cet avis que je partage.
      Pour autant, faut-il parler de Shein ou des délocalisations permises par des gouvernements successifs laissant désindustrialiser la France, l’abaissement du pouvoir d’achat, d’avoir autorisé les importations par des accords à sens unique… (le mercosur…)
      Autrement dit : faut-il faire le Buzz autour de cette enseigne sans parler des causes anciennes et bien plus profondes de la communauté, lui permettant d’exister ?

  3. rené thibaud 17/11/2025 / 23h19

    Délocaliser l’appareil productif de l’Europe en Afrique… en voilà une idée de course à l’échalote avec la Chine, avec arrière goût de colonialisme !

    • Libres jugements 18/11/2025 / 10h44

      Oui délocaliser les productions industrielles en Afrique ressembleraient à de la colonisation, mais n’est-ce pas ce que pratique dejà quelques sociétés françaises internationales – Les petroliers, Bolloré par exemple. D’autre part ne sommes-nous pas « colonisé » par la Chine entre autre et actuellement, par X demain…
      Vaste sujet. Cordialement. Michel

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