Ça ferme…

Dans nos neuf départements, plus de 7 % des officines ont disparu en 20 ans. On en comptait précisément 1538 sur notre territoire fin 2004 contre 1427 en septembre dernier. Soit 111 de moins.

Une érosion au rythme constant depuis une accélération en 2013, sur notre zone de diffusion comme dans toute la France. Car le phénomène est national, et joue sa part dans la dégradation de l’accès aux soins.

En 2016 (données les plus anciennes connues), 2,89 % des Français vivaient dans une commune à 10 minutes ou plus d’une pharmacie, un des trois critères qui définit un désert médical selon la Drees.

En 2024, la situation s’était aggravée, à 3,6% de la population, soit un demi-million de personnes en plus, passées du mauvais côté du seuil.

Cette tendance à la désertification pharmaceutique des petites bourgades, on la trouve aussi chez nous. Mais dans certains départements seulement. Ainsi, la population habitant une commune située à plus de 10 minutes d’une pharmacie a bien augmenté en Drôme et en Ardèche, comme en Isère. Par contre, elle a stagné dans le Vaucluse, et au contraire même baissé dans les deux Savoie, l’Ain ou les Hautes-Alpes.

Car si le nombre d’officines baisse partout sans exception, chez nous, une bonne partie de ces disparitions à lieu dans les grandes agglomérations ou les villes de taille respectable. Près de la moitié (63 sur 127) des pharmacies ayant fermé depuis fin 2004 se situait dans des villes de plus de 10.000 habitants.

Pour comprendre les raisons de cette érosion, nous avons interrogé Laurent Sauvé, le président de la Fédération des syndicats des pharmaciens de France de la région Rhône-Alpes. Selon lui, pas vraiment de raison d’espérer un rebond du nombre d’officines dans un futur proche.

« Beaucoup de petites pharmacies ne peuvent plus vivre de leur travail », déplore-t-il. « Les prix des médicaments sont imposés. Prenez le Doliprane. Il y a 20 ans, il était à 2,21 C. Aujourd’hui, il est à 2,18 C. Sauf qu’entre-temps, il y a eu l’inflation. Les salaires ont dû suivre, tous les coûts aussi. Vous voyez bien qu’il y a un effet ciseaux ».

Comme de nombreux représentants de la profession qui font part de leur colère depuis cet été, le pharmacien de Sainte-Foy-lès-Lyon (69) nous l’a réexpliqué : les marges des pharmaciens fondent sur les ventes de médicaments.

Des prix qui baissent, des marges qui fondent

En cause : une baisse des prix administrés par le CEPS (Comité économique des produits de Santé) sur de nombreux produits. « D’une manière générale, le budget de la sécurité sociale est serré, l’enveloppe reste fixe. Or de nouveaux produits entrant sur le marché coûtent très cher. Je pense par exemple à un traitement pour la mucoviscidose, ou certains anticancéreux qui peuvent coûter plusieurs milliers d’euros par mois. Une dizaine de médicaments représentent la moitié des dépenses. Alors pour compenser, ça incite à baisser les prix des autres médicaments remboursés, pour que la Sécurité sociale ne dépasse pas son budget. Et on en souffre dans nos marges. Beaucoup de petites structures ne peuvent pas faire face et ferment ».

Malgré son modèle économique très spécial, la pharmacie n’en est pas moins soumise aux mêmes problèmes que les autres petits commerces. Grande ou petite, chaque catégorie de commune comporte ses défauts. « Dans les villages et les petites villes, les pharmacies subissent le même phénomène que les cafés, les restaurants, les petits commerces : ces zones deviennent des cités-dortoirs, soupire le représentant. La population est là, elle gare sa voiture le soir, là reprend le matin. Mais elle ne vient pas se servir à la pharmacie. Si elle n’est sur le village que le samedi et le dimanche, le pharmacien ne peut plus vivre. » Mais il le souligne également, les villes posent aussi parfois un problème.

Certains quartiers mutent pour ne plus accueillir que des bureaux. « Et puis il y a les travaux, les zones piétonnes, l’absence de parking », énumère le professionnel. Des problèmes d’accès qui contribuent à inciter au regroupement d’officines.

Enfin, le risque de burn-out plane. Vaccinations diverses, renouvellements d’ordonnances, dépistages, tâches administratives : de nombreuses opérations ont été rajoutées à la charge de travail des pharmaciens ces dernières années. « Et elles incitent encore à fusionner les officines. Quand vous devez vous isoler 15 minutes avec un patient, vous ne pouvez pas laisser le guichet vide, alors diviser les salariés sur plusieurs sites est compliqué. On bosse une cinquantaine d’heures par semaine minimum. C’est compliqué humainement ».


Batiste Kolene. Le Dauphiné 23/11/2025


Une réflexion sur “Ça ferme…

  1. bernarddominik 23/11/2025 / 15h42

    La sécurité sociale accepte des prix démentiels pour certains médicaments, dont parfois l’usage n’est pas lié à la santé (comme la preps) et sur d’autres médicaments a une politique de compression des prix insupportable pour les pharmaciens. Le problème c’est que c’est plus l’idéologie que la santé qui dicte l’action du ministère de la santé

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