… celui de politique générale.
L’écran de fumée de Lecornu
Pour se sauver, le premier ministre a accepté d’ouvrir la voie à une possible suspension de la réforme des retraites jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Mais en se gardant d’en préciser les modalités. Il renonce également à l’utilisation du 49.3. Un recul minime qui a, pour le moment, l’aval du Parti socialiste qui annonce une âpre bataille autour du budget.
La menace d’un retour de flamme austéritaire
Reste que cette suspension ne sera pas sans coût pour les Français, à en croire Sébastien Lecornu qui a laissé planer la menace d’un retour de flamme austéritaire. « Je veux être très clair : je n’endosserai pas n’importe quoi, a-t-il détaillé, haussant le ton. La suspension coûtera 400 millions d’euros en 2027 et touchera 3,5 millions de Français. Elle devra donc être compensée par des économies. »
« Le miel aujourd’hui avec la suspension annoncée de la réforme des retraites. La ciguë demain avec un budget 100 % austéritaire : blocage des pensions, gel des prestations sociales, non-indexation de l’impôt sur le revenu sur l’inflation », dénonce le sénateur et porte-parole du PCF, Ian Brossat.
La parole au Parlement
Sébastien Lecornu, sous pression, a promis une nouvelle méthode de gouvernance respectant le travail parlementaire et évitant le 49.3, tandis que la gauche doit maintenant trouver un moyen d’inverser les décisions budgétaires du gouvernement, face à des outils autoritaires toujours en vigueur.
« Il faudra des discussions préalables, des compromis, le souci du détail et ne jamais refuser la technicité et l’âpreté du débat. La loi se fera ici, pas à Bercy, a promis le premier ministre. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. »
« Partager le pouvoir avec le Parlement, c’est une rupture. Gouverner sans tenir compte des oppositions, ce n’est plus souhaitable », a encore annoncé le chef du gouvernement, reconnaissant ainsi les pratiques antidémocratiques du pouvoir macroniste depuis 2017. « Sans 49.3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot, nous devons lui faire confiance, nous ne devons pas en avoir peur. La démocratie représentative n’est pas morte », a-t-il ajouté.
« Les débats sur la fiscalité, sur le niveau des dépenses publiques, sur le déficit public : chaque parlementaire se prononcera, a-t-il ensuite promis. Les débats sur les moyens à allouer pour l’écologie, la sécurité, l’éducation, le logement, les collectivités locales, nos services publics : chaque parlementaire s’en saisira. Cette fois, son vote dictera la copie finale. On verra la position de chacun sur la dette et les impôts, sur les dépenses et les économies. Chaque vote sera un acte. »
« En vous entendant parler d’innovation démocratique lorsque le Parlement vote et qu’il est respecté, je me dis combien nous étions, nous, habitués à avoir une démocratie malmenée », a raillé, en réponse, l’écologiste Cyrielle Chatelain. « Quelle ironie de vous entendre parler de responsabilité, de compromis et de stabilité, a lancé Mathilde Panot, cheffe du groupe insoumis, à l’adresse de Sébastien Lecornu. Le compromis consiste à rallier votre position comme si vous étiez le centre de gravité du champ politique. »
« Si nous sommes tous attachés à la République, il nous faut faire ce pari de donner un budget, un budget juste au pays, un budget qui protège les plus fragiles et fait contribuer les plus fortunés. Nous serons vigilants à ce que vos mots se transforment en actes », a menacé le socialiste Boris Vallaud, soulignant le caractère « insupportable » du projet proposé par le gouvernement ce mardi, pointant le gel des pensions de retraite et des prestations sociales, ainsi que le doublement des franchises médicales.
La censure s’éloigne (pour l’instant)
« Votre budget limite les options de la gauche et favorise celles de la droite et de l’extrême droite », a déclaré Stéphane Peu, affirmant que la politique du gouvernement n’est pas « seulement nuisible, mais aussi dangereuse », marquée par un « mépris social » total.
Il cite comme exemple les « 29 taxes et impôts pour les classes moyennes » dans le budget 2026, contre une seule pour les plus riches (2 % sur le patrimoine des holdings), avec de nombreuses exonérations possibles.
La gauche souhaite rééquilibrer la situation par des amendements. Ces négociations budgétaires montreront, selon Boris Vallaud, qui est « du côté du peuple » et « qui protège les milliardaires qui financent leurs médias et leurs politiques », visant ainsi le RN.
Si deux motions de censure doivent être discutées et votées ce jeudi à 9 heures, l’une déposée par le Rassemblement national (RN), qui a réaffirmé, dans l’Hémicycle, sa volonté de censurer en précisant ne pas être « dupe », et l’autre par les députés insoumis, communistes, écologistes et ultramarins, la menace de chute semble s’éloigner. Sauf surprise.
Un total de 24 dissidents dans les groupes du « socle commun », des socialistes ou de Liot suffirait pour que Sébastien Lecornu soit poussé à rendre son tablier.
S’il a obtenu un sursis avec la seule concession faite sur la réforme des retraites, mais aussi la plus petite possible, nul doute que le danger de censure peut rapidement refaire surface. Surtout si la Macronie renoue avec ses certitudes et son entêtement à les imposer par la force.
D’après Anthony Cortes. L’Humanité. Source original
L’avis de B. H.
On verra si la gauche est vraiment sincère à ses amendements.
Jusqu’à maintenant elle n’a jamais demandé que les dividendes soient taxés à la source avec un taux unique.
Ce qui permet aux grandes fortunes et aux GAFA de ne payer que 5% sur les dividendes grâce aux holdings qui résident dans des paradis fiscaux.
Ainsi lorsqu’un petit actionnaire paie 30% de taxes M. Arnault et Amazon ne paient que 5%. Ni le PCF ni LFI ni EELV ni le PS ne se sont élevés contre ce système scandaleux.