Airbnb remplit d’abord les poches des actionnaires, ensuite celles des propriétaires, mais éloigne de plus en plus les travailleurs des métropoles, créant un désert locatif.
À Marseille, Benoît Payan vient de remporter son bras de fer contre un syndicat de professionnels de la location meublée. Pour ce faire, il a pu compter sur la loi Airbnb votée à l’assemblée en novembre 2024, véritable boite à outil à disposition des maires.
Jetez un œil autour de vous : elles sont partout. Dans les couloirs, les halls d’immeuble, devant les portes d’entrée, aux barreaux des fenêtres des rez-de-chaussée… Et si vous en croisez une près de chez vous, aucun doute, l’un de vos voisins est un salaud de capitaliste. Vous l’avez ?
On vous parle des boîtes à clés. Vous savez, ces petits coffres-forts de rue qui permettent aux locataires de courte durée d’accéder aux logements qu’ils louent en l’absence des propriétaires. Le symbole ultime de la prédation du géant californien Airbnb sur les centres-villes, stations balnéaires et bourgades à clocher.
Une prédation qui fait exploser les prix de l’immobilier pour les résidents permanents et les relègue souvent aux périphéries, et contre laquelle se sont insurgés plusieurs maires de France.
À Marseille, Benoît Payan vient de remporter son bras de fer contre un syndicat de professionnels de la location meublée bien décidés à faire du fric sur le parc immobilier.
La justice l’a confirmé : le maire de la cité phocéenne a bien le droit de forcer ceux qui souhaitent louer leur appartement sur Airbnb à « compenser » en proposant un autre de même nature à la location de longue durée.
Lobbying à tous les étages
Pour ce faire, l’édile a pu compter sur un nouvel arsenal juridique à disposition des élus locaux, soit une loi de novembre 2024 « visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale ». Grâce à ce texte, les maires peuvent désormais mettre en place une règle dite de « compensation », même en dehors des zones tendues.
Prenez Mme Michu. Cette octogénaire multipropriétaire veut faire son beurre en inscrivant sa résidence secondaire – un joli trois-pièces avec vue sur mer sur les hauteurs de Biarritz – sur le site d’Airbnb. Pour cela, elle doit déposer une demande de changement d’usage pour son bien. Oui, mais à Biarritz, les règles sont encore plus strictes qu’à Marseille.
Ici, il ne suffit pas de compenser en achetant un autre bien destiné à la location de longue durée. Il faut pouvoir mettre sur le marché un bien qui n’est pas encore un logement : transformer un bureau, une dépendance, un garage en appartement. Dur, dur.
Et que Mme Michu n’envisage pas de faire construire : « la loi permet aux municipalités de décider dans leurs plans locaux d’urbanisme que toute nouvelle construction de logement sera à usage exclusif de résidence principale », explique à Charlie Malika Peyraut, porte-parole de l’association basque Alda, engagée contre la spéculation immobilière et l’emprise d’Airbnb dans la région. Entre certains maires et Airbnb, la guerre est déclarée, donc.
En revanche, pour d’autres élus, pas question de se fâcher avec la plateforme de location. « Il est vrai qu’il existe des maires réactionnaires complètement inféodés à Airbnb », ajoute Malika Peyraut. La plateforme n’a d’ailleurs pas l’intention de se laisser faire.
Que ce soit au niveau européen, national ou local, Airbnb mène un lobbying particulièrement soutenu… et malin. « Petit exemple ordinaire, il y a peu, la plateforme a lâché des billets pour la rénovation d’une église à Biarritz, et quand on est une multinationale et qu’on s’appelle Airbnb, il n’y a jamais de mécénat gratuit. Il faudra toujours tenir la digue », poursuit-elle.
Yovan Simovic. Charlie Hebdo. 11/06/2025