Une réaction sur une loi…

Elisa Rojas, avocate et militante pour les droits des personnes en situation de handicap, est opposée à la proposition de loi sur la fin de vie.
Elle dénonce une vision dangereuse et validiste du texte.

  • Vous êtes opposée à la proposition de loi sur la fin de vie, qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans ce texte ?

Je suis en effet opposée à ce texte depuis le début car il est inutile et dangereux. Le fait de lier suicide assisté, euthanasie et soins palliatifs, en affirmant qu’ils peuvent coexister, est une manipulation grossière de la part de ses défenseurs. Provoquer la mort n’est pas un soin, puisque le soin vise, au contraire, à améliorer, maintenir et protéger la santé physique ou mentale.

Mélanger les deux sujets dans le texte de loi visait, en outre, à empêcher ceux qui ont des doutes sur l’opportunité de légaliser « l’aide active à mourir » de voter contre sans risquer de mettre en péril le financement des soins palliatifs. La scission des deux textes a donc le mérite d’offrir plus de clarté.

  • Certains défendent cette loi au nom de la liberté de choisir et de la dignité.
    Que leur répondez-vous ?

Être de gauche, il me semble, c’est avoir conscience que sans égalité, il n’y a pas de réelle liberté de choix quel que soit le domaine. La liberté ne peut pas s’apprécier de façon abstraite mais au regard des rapports de force qui traversent la société. Or, ces rapports de force sont très défavorables aux personnes malades. C’est dans ce cadre que l’on prétend leur donner le choix de leur mort ? Quant à la dignité, la maladie, la dépendance et le handicap ne sont pas des indignités et il n’y a pas de mort qui soit plus digne qu’une autre.

  • Pensez-vous que cette loi viendrait créer une forme de pression sur les personnes vulnérables ?

Il est évident que sont à craindre des pressions multiples, notamment médicales ou familiales, pour les convaincre d’avoir recours au suicide assisté et à l’euthanasie, alors qu’elles ne veulent pas réellement mourir mais n’ont plus les moyens de vivre ou souhaitent simplement mettre un terme à des souffrances auxquelles on pourrait remédier.

De plus, il existe déjà une pression sociale qui conduit les personnes malades et handicapées, à croire que leur mort est toujours préférable à leur maintien en vie. La loi ne va donc pas créer cette pression, mais l’amplifier et la légitimer. Elle constituera une véritable incitation au suicide pour les personnes malades et handicapées, particulièrement les plus fragilisées.

  • Dans une perspective anti-validiste, quelles autres réponses pourraient être apportées à celles et ceux qui souhaitent un accompagnement de fin de vie ?

D’abord, il faudrait informer davantage la population sur le fait qu’il n’y a pas de vide juridique en matière de fin de vie. Les lois Claeys-Leonetti donnent déjà aux malades au pronostic vital engagé à court terme une réponse équilibrée, ce que peu de gens savent. Elles prévoient le droit au refus de l’acharnement thérapeutique, le droit à la sédation profonde jusqu’au décès et la possibilité de prévoir des directives anticipées à ce sujet.

Ensuite, tous les efforts devraient se concentrer sur l’amélioration, la qualité et le financement à hauteur des besoins des soins palliatifs, comme de tout ce qui contribue à soulager la douleur. Le rapport de la mission d’évaluation des lois Claeys-Leonetti de 2023 a d’ailleurs confirmé que lorsque les malades étaient bien pris en charge, ils ne demandaient plus à mourir.

  • Cette loi vous semble-t-elle répondre à des demandes sociales réelles ou plutôt une posture politique ?

La mission d’évaluation des lois Claeys-Leonetti de 2023 a conclu que les textes actuels répondaient à la majorité de cas de personnes en fin de vie, et que les situations qu’elles ne couvraient pas, à savoir les personnes dont le pronostic vital n’était pas engagé à court terme et souhaitant mettre fin à leurs jours, étaient minoritaires.

La demande pressante de la part des malades, agitée par les défenseurs du texte, n’est pas documentée, mais simplement illustrée par des témoignages individuels choisis et subjectifs qui, aussi poignants qu’ils puissent être, ne peuvent pas fonder une politique publique de santé aux conséquences aussi graves.

Cette loi ne répond à aucune autre urgence que celle imposée par Emmanuel Macron. Elle se présente comme « humaniste » alors qu’elle n’est que le prolongement logique d’une action destructrice en matière sociale.

  • De nombreux élus de gauche soutiennent cette proposition de loi. Est-ce, selon vous, une rupture avec leurs valeurs sociales ?

Certains refusent de reconnaître qu’en matière de handicap, il est question de domination et d’oppression d’une majorité (les personnes valides) sur un groupe minorisé (les personnes handicapées). Elle n’analyse rien sous le prisme du validisme, ce qui la conduit à soutenir le projet de loi fin de vie de façon absurde et dangereuse en occultant le contexte social dans lequel il s’inscrit.

Cette position est non seulement une rupture et une trahison, mais aussi un renoncement à proposer des perspectives d’espoir et d’amélioration des conditions de vie des personnes malades (y compris en fin de vie) et handicapées. Elle assume n’avoir aucun autre horizon à leur offrir que la mort. C’est terrifiant.


Julie Debray-Wendeling. Source


Une réflexion sur “Une réaction sur une loi…

  1. bernarddominik 23/05/2025 / 9h41

    Les calotins comme Élisa Rojas se cachent derrière tous les prétextes pour imposer leurs vues. Mais personne n’oblige personne au suicide assisté. Son argument est donc absurde.

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