Quel patriotisme ?

Depuis que la Révolution française a rendu la patrie une et indivisible, le patriotisme consiste à subordonner l’intérêt particulier à l’intérêt général. La haute bourgeoisie et l’oligarchie l’ont toujours refusé.

Leur drapeau ne flotte qu’aux vents des spéculations et des possibles profits. Leur civisme se cache derrière les portes blindées des coffres des paradis fiscaux. Leur sens du partage se noie dans l’égoïsme de la propriété lucrative. Leur attachement à la nation se résume à leurs gémissements auprès des gouvernements : baisse d’impôts et hausses des aides publiques, destruction des droits des travailleuses et les travailleurs, qui sont les seuls véritables producteurs de richesses.
Ceux-ci, dans leur diversité de métiers et d’engagements, restent eux fidèles à leur patrie. Ce même attachement les porte à défendre les atouts nationaux, les services, la vie de régions entières quand ils agissent courageusement contre des délocalisations, des licenciements ou la rapacité de fonds financiers faisant main basse sur des filières industrielles.
Ils n’hésitent pas à devenir maîtres de leur entreprise en bâtissant des coopératives de production.
En général, main dans la main, ministres et propriétaires capitalistes s’y opposent.

Le « patriotisme économique » dont ces derniers nous  rebattent les oreilles n’est qu’un rideau de fumée noire pour cacher la nature apatride du capital.

Pourtant, les grandes sociétés capitalistes n’existent que grâce à l’accumulation obtenue en pressurant la force de travail de générations de travailleuses et de travailleurs. Le développement de ces groupes devenus multinationaux n’a été possible que grâce aux équipements et infrastructures réalisés par la nation, aux aménagements de zones industrielles réalisés par les collectivités territoriales, à la fourniture d’électricité à tarif préférentiel… De mille façons déguisées le ruissellent des aides publiques ponctionnées sur leurs détestés « prélèvements obligatoires ».

Ces mêmes groupes n’hésitent pas à essorer les petites et moyennes entreprises sous-traitantes dont les travailleurs font, eux aussi, la fortune des donneurs d’ordre et des institutions financières.

Le prétendu « patriotisme économique » récité par l’élite du capitalisme et ses suppôts n’est qu’une fable. Les quarante grandes entreprises cotées en bourse ne réalisent qu’à peine le tiers de leur activité là où elles pompent les bases de leur accumulation, c’est-à-dire sur notre sol national. […]

Quel révoltant spectacle !

Après avoir englouti ces dix dernières années un milliard d’euros de crédit impôt-recherche, sans avoir été capable de fournir un vaccin pendant la pandémie et liquidé un million d’emplois, Sanofi va « investir au moins 20 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2030 » tout en cédant le Doliprane au fonds américain CD&R.

« Nous allons considérablement développer notre flotte battant pavillon américain » se vante, sans regrets ni scrupules, le grand manitou du transport maritime mondial CMA-CGM dirigé par M. Saadé, propriétaire également de La Tribune et de BFM. Ainsi, il a promis au président américain d’investir 20 milliards de dollars et de créer 10 000 emplois au pays de l’oncle Sam. Pendant que le groupe ne paie pas au fisc français d’impôt sur les bénéfices et bénéficie de l’exonération de la taxe sur les tonnages transportés. Ce qui équivaut à un cadeau de 10 milliards d’euros. Les médias qu’il détient peuvent ensuite expliquer à quel point les « prélèvements obligatoires » et les « dépenses sociales » dans notre pays sont trop élevées.

Autre fleuron français, Schneider Electric, spécialiste des solutions numériques d’énergie et des automatisations pour l’efficacité énergétique et la durabilité, annonce investir au moins 700 millions de dollars aux États-Unis jusqu’en 2027.

Le géant des matériaux Saint-Gobain annonce injecter 40 milliards de dollars dans la construction d’une usine dans l’État de New-York.

À l’heure où l’impératif de la sortie des énergies carbonées tape du pied dans les airs et les océans, le géant du pétrole TotalEnergies signe un accord avec le groupe américain de gaz naturel liquéfié (GNL) NextDecade pour l’achat de 1,5 million de tonnes par an sur une durée de 20 ans. […]

Et, pour renforcer ses capacités de production de voitures électriques, Stellantis investit 4,1 milliards de dollars aux États-Unis. […]


Patrick le Hyaric. Source (Extraits – Lecture libre)


Une réflexion sur “Quel patriotisme ?

  1. bernarddominik 26/05/2025 / 9h09

    L’oligarchie issue de l’ena à confisqué le pouvoir par le contrôle des candidatures et des médias. Elle est au service d’une idéologie qui sert d’abord les grosses fortunes. La diminution de la classe moyenne aisée, qui s’appauvrit lentement, sera à terme une catastrophe pour notre système social car c’est elle qui paie tout.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.