Macrounet a envisagé, mardi (13/05/2025) lors de son intervention télévisée sur TF1, de taxer moins le travail et davantage la consommation.
Un vieux projet, qui risque de le demeurer.
Emmanuel Macron a ressuscité l’Un des plus vieux et plus résistants serpents de mer du débat politique français : la TVA sociale. Le financement de la protection sociale « repose beaucoup trop sur le travail », a-t-il expliqué, mardi soir dans l’émission « Les défis de la France » sur TF1, en référence aux cotisations sociales sur les salaires, payées par les salariés et les entreprises. Il a plaidé pour que ce financement repose « davantage sur d’autres facteurs, en particulier la consommation ». En clair, sur une hausse de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) que nous payons à divers taux sur tous les produits que nous achetons.
La dernière résurrection du serpent remonte à 2012 : le président Nicolas Sarkozy avait fait voter un projet de TVA sociale en toute fin de mandat, en janvier 2012, que son successeur François Hollande s’était dépêché d’abroger. Mais c’était pour en créer une sous une forme un peu différente : des baisses d’impôts sur les entreprises financées par une hausse de la TVA — le CICE, ou crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. À noter que François Hollande avait envisagé la piste alternative d’une hausse de la CSG, aujourd’hui suivie par les patrons de l’U2P.
Pas de majorité
La TVA sociale a le soutien des organisations patronales (Medef et CPME) et donc du président.
- L’argument principal demeure : les entreprises françaises sont davantage taxées que leurs concurrentes, notamment sur le travail — les cotisations patronales pèsent 22,5 % de l’ensemble des prélèvements en France, contre 19,2 % dans la zone euro et 17,4 % en Allemagne, selon le site de finances publiques Fideco
- L’autre argument est que la baisse des cotisations sociales permettrait d’augmenter les faux salaires, selon Fipeco, elle conduit à terme à une baisse du salaire réel.
- Le sujet du financement de la protection sociale a cependant été mis au menu du « conclave » sur les retraites, à la demande du Medef.
- La CFDT est d’accord sur le principe (« la protection sociale repose trop sur le travail », dit sa secrétaire générale Marylise Léon), moins sur la piste de la TVA.
- La CGT est franchement contre, son représentant Denis Gravouil dénonçant une « vieille lune » et « l’impôt le plus injuste qui soit ».
- Reste l’obstacle principal à un éventuel projet de TVA sociale : l’absence de majorité au Parlement. La gauche est contre, Parti socialiste compris, le Rassemblement national également, qui ne veut pas « augmenter encore un impôt, le plus injuste ».
La question devient alors : combien de temps va durer la résurrection du serpent de mer ?
Francis Brochet. Le Dauphiné. 15/05/225